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Kiborg : False Humanism

KIBORG - False Humanism

Utgard Records / 2yt4u Records, 2007

ThRACsh-metal-hardcore, Russie

CD

Un soir, je rentre du boulot, crevé. La journée a été dure et je me laisse tomber sur un strapontin tout fatigué. Dans la rame, quelques spécimens de la France d'aujourd'hui : un vieux en cravate, perdu dans ses pensées, un type au nez épaté et à casquette mal posée qui écoute de la musique - probablement quelque rap infâme -, une nana quelconque habillée en petite taylorette, deux fashions-tecktonic qui discutent bruyamment et un petit blanc en chemise, le col dégrafé, qui écoute du metalcore. Ce petit blanc, c'est moi. Vidé de mon énergie et suant dans l'atmosphère poisseuse du mois de juin, il n'y a rien que j'aime plus, là, qu'une bonne dose de riffs et un batteur acharné qui décapent convenablement les oreilles. Ce soir, la galette qui me sort de ma sueur s'appelle \"False Humanism\" et elle vient d'un groupe russe nommé Kiborg.

Ah, c'est bon !
Après un album de BM tout à fait correct du nom de \"Pagan Land\", Kiborg est revenu avec \"False Humanism\", joué dans un style beaucoup plus orienté hardcore. Malgré ce changement dans la direction musicale, Kiborg s'est amélioré. \"False Humanism\" constitue un album plus que correct : batterie carrée, gratte aux riffs décapants, ça ne fait pas dans la dentelle. Surtout au niveau politique. En effet, ce groupe est constitué de russes fiers d'être russes, c'est-à-dire russkii (russe de sang et de culture) et non rossiayinin (russe de papier). Ca, ils ne le cachent pas, et, le chanteur le gueule à fond avec des cris à claquer les bien-pensants. Même sans comprendre le russe, on sent que la musique forme un tout unifié, aussi ravageur qu'acéré. Européen avant tout, le groupe a d'ailleurs choisi de titrer ses chansons dans la langue de Shakespeare, histoire de partager l'esprit politique qui l'anime avec les européens.
Le premier titre, \"No to rossiyanin\", va tout de suite à l'essentiel. Des riffs à réveiller un mort, des lyrics dont la fin se comprend sans peine (\"Slavoy Russkii, niet Rossiayinin !\"), ouvrent bien la voie pour les titres suivants. Après, la recette est toujours plus ou moins la même, les mélodies ne changent pas tant que ça, ce qui laisse un sentiment d'ennui au bout de plusieurs écoutes. L'album est peut-être un peu trop long : les 14 titres qui l'animent auraient pu être condensées en 10, de manière à obtenir plus de variété d'un titre à l'autre, mais le résultat global est satisfaisant. Chaque musicien joue bien son rôle, la cohésion est parfaite entre guitare et batterie (chose rare dans les groupes UG), dommage que les rythmiques soient si répétitives. Après plusieurs écoutes, on a tendance à zapper certains titres. Heureusement, l'album se laisse écouter, envoyant son lot de nitroglycérine à cordes dans mes oreilles de mec fatigué.
La ressemblance des différentes compos est heureusement atténuée par certains détails qu'on découvre ici et là : \"Evpatyi Kolovrat\" avec ses incursions de guitare sèche et ses choeurs féminins, \"Ancestors\" avec ses lignes de basse (très audibles, ce qui laisse deviner un mixage réalisé avec soin), ainsi que le génial \"World is coloured, not brown\", jouissif autant pour son propos ostensiblement malpensant que pour la ténébreuse énergie qui s'en dégage. Eh oui, les identités existent, et si t'es pas content... * bras d'honneur * ! Tel est le propos de ce titre, dans la même veine que le tout premier. Quand ça touche à l'identité, Kiborg fait du bon boulot : comment ne pas apprécier ?
Les titres qui suivent offrent un metalcore convenable, bien joué sans être transcendant, qui se termine sur un hommage aux \"lads\" russes.

J'arrive à destination : je n'ai pas vu le trajet passer, tout à mon petit plaisir musical. Le type à casquette me regarde, je lui renvoie son regard et je descends, tranquille. Tant d'énergie dans un album, ça fait plaisir ! Avec ça, j'ai largement de quoi rester éveillé jusqu'au coucher, plus qu'avec un bol de café le matin.

M.O.I. - 6.5/10