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LILIUM SOVA : Tripartite Chaos

LILIUM SOVA - Tripartite Chaos

Cal of Ror Records, 2008

Noise expérimentale jazzy, Suisse

Album CD

Jeune con que je suis, je n'aime que ce que je connais (ou je ne connais que ce que j'aime?). Comprenez par là que... je l'avoue, l'ouverture musicale n'a jamais été une vertu essentielle pour moi. J'ai besoin d'être rassuré quand j'écoute un album, j'ai besoin de savoir ou je mets les pieds, or là... ce trépied gagnant s'est amusé, méticuleusement, à effacer tous les repères qui, habituellement, me permettent de juger si j'aime, ou non, la musique. La première écoute de cette galette s'est révélée difficile, bien trop difficile. Ça a été un peu comme un de ces tableaux d'art contemporain: je perçois qu'il y a du travail de fait et de la réflexion produite mais... en vain!, ça ne me parle pas. Quel est donc d'abord ce curieux instrument à cuivre qui perturbe mes conduits auditifs? Un saxophone? Autant pour moi... c'est un modèle BC Rich ? Oh et puis merde quoi! C‘est vrai, je m‘y connais rien en jazz! Né-o-phyte! À quoi reconnaît-on un « bon riff » de saxo, hein?! Et pourquoi qu'il n'y a pas de grosses guitares électriques boostées à la MZ2 d'ailleurs? Et depuis quand y‘a du blast dans le jazz, hein?! Font chier ces Suisses là pour le coup... pouvaient pas nous pondre une galette de Hard dans les normes, sans aller s'aventurer je ne sais où?! (repensez au « jeune con » abordé en exergue de chronique, vous verrez ça aide...) Je vais leur montrer de quel bois je me chauffe: et hop, v'là le CD tout en bas de la pile de galette à écouter/chroniquer, ça vous apprendra à nous pondre autre chose que du « Couplet1-Refrain-Couplet2-Refrain-etc. » avec je ne sais quel curieux instrument diabolique!
Cette histoire aurait pu s'arrêter là... après tout, avec la masse de galette qui sort chaque semaine: une de perdue, une tour entière de retrouvée. Mais non, l'affaire Lilium Sova n'en était qu'à ses prémisses. Préparant soigneusement mon petit planning de concert de Hard pour la fin de l'année, le sourire au coin de la bouche, l'impensable se produit: Concert Grind/Mathcore/Crust avec les malades de Yog , de Coït et de... Lilium Sova! C'est quoi cette merde? Ce sont tous mis à la « lounge music »? Affolé, j'ai ressorti l'album... et merde y'a de quoi aussi! Putain j'ouvre le livret, et la moitié de la scène suisse de Hard est cité dans les remerciements! Mieux, Miksthur (l'indétrônable chanteur/compositeur du non moins indétrônable impure Wilhelmina ) et El Nabo (la grosse voix sur LSP , c'est lui!) participent à ce premier full-length! Serais-je donc si con que ça? Possible.
J'ai écouté ce « Tripartite Chaos », plusieurs fois et j'ai compris (enfin!) que cet album ne s'appréhendait et ne devait pas s'appréhender comme un album « normal ». Les premières écoutes m'ont demandé de l'attention, beaucoup plus qu'à l'accoutumé... mais au final, une fois que l'auditeur a trouvé les clefs pour comprendre et interpréter la musique de ces trois affreux, c'est juste du bonheur. Il y a une alchimie (quasi) parfaite entre les trois membres et leurs instruments, une osmose aussi puissante que dépendante! Je m'explique: pour reprendre la métaphore citée supra, dans cette formation, tel un trépied, aucun instrument ne peut et ne doit faillir dans son rôle de composition, sans quoi c'est tout l'ensemble qui s'effondre! Continuellement sur le fil du rasoir, la tension est palpable tout au long de ces 11 titres. Si les émotions qui émanent de ce disque sont, après/avec réflexion, proche de ce que j'ai l'habitude de ressentir à l'écoute d'autres formations, les moyens pour y arriver différent. Mais c'est cette singularité qui apporte ce quelque chose qui fait que Lilium Sova n'est pas une énième formation.
Expérimental, assurément; jazzy, assurément; totalement barré, assurément et sombre... assurément même si je ne suis plus sur de rien à présent. Cet album est le style d'album qui ne peut que vous permettre d'élargir votre champ musical, de sortir de vos sentiers battus pour des terres inconnues... et mine de rien, ça fait du bien!
Ne (re)perdez pas de temps à (re)chercher les influences, ça fait des semaines que je suis dessus. À la rigueur, vous pourrez (PEUT ÊTRE) ressentir ce que vous avez ressenti la première fois que vous avez écouté le «  Calculating Infinity  » avec ces « influences » jazzy... pour le reste, c'est le « Noir » (V) total!

Caedes - 7,5/10