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Saison De Rouille : Déroutes sans fin

SAISON DE ROUILLE - Déroutes sans fin

Necrosom, Kaosthetik, Ocinatas, Seventh Crow, Désordre Nouveau, 2014

Industrial Noisecore, France

12'' LP

Injustement méconnu sinon incompris, DANISHMENDT s'est éteint dans une indifférence similaire à celle qui a bordé sa vie. Bien qu'à des années-lumière l'un de l'autre, Saison De Rouille, nouveau projet de Karl Sugin, son chanteur, a sans doute peu de chance de connaître un accueil plus favorable, illustrant bien malgré lui les galères que nombre de formations hexagonales au talent inversement proportionnel à leur audience, subissent malheureusement trop souvent, rongées à petit feu par d'épuisants démarchages de labels, de concerts...

Enfin, malgré lui, c'est vite dit car ce groupe ne fait vraiment rien pour brosser le public dans le sens du poil, objet musical non (encore) identifié que certains, toujours à la recherche de repères rassurants, confortables, ont rapproché du metal indus alors que son art va en réalité bien au-delà de cette appellation. Le chant de Karl, souvent plus proche de psalmodies rageuses que de lignes vocales classiques et les paroles en français, ne facilitent en outre pas une pénétration douloureuse.

Mais ce qui lui ferme des portes confère pourtant à Saison De Rouille, dont le nom est tiré d'un livre de Pierre Pelot (un signe de bon goût), une bonne part de sa valeur, en même temps qu'une forme de respectabilité. Car se dessine en filigrane de cet apparent hermétisme une volonté farouche de s'affranchir des codes, des étiquettes. Ce qui est tout à son honneur. E

nvisagée à l'origine comme un projet éphémère autour du tandem établi par Karl et Sébastyén D. de Opium Dream Estate, l'entité s'est mué après la sortie de Caduta dei Gravi en un trio avec l'enrôlement du bassiste Laurent B (ex La partie du cerveau). Déroutes sans fin , son successeur, profite de cette dimension plus organique, plus dynamique, opus taillé pour le live. Moins Indus que leurs devancières, ces macérations suent la décrépitude, la désolation terminale. Bitumeuses, elles ont quelque chose de dérelicts sonores, épaves ferrugineuses dérivant vers une issue qui ne peut être qu'une impasse, terrain vague que peuplent les silhouettes inquiétantes de monstres d'acier, mausolées mécaniques d'un monde à l'agonie.

Plus que jamais, la puissance textuelle de Saison De Rouille explose à travers un vocable de ruines et de routes, métaphores mortifères d'une vie en panne, peinte aux sombres couleurs du désespoir. Chaotique et bruitiste et pourtant bizarrement Rock, un Rock déglingué suintant la souffrance, Déroutes sans fin est une oeuvre viscérale qui laisse une trainée malsaine dans son sillage. Ces quelques lignes ont finalement assez peu parlé de musique, brossant le portrait d'un album au style indescriptible, capable autant de repousser que de magnétiser, un magnétisme vicieux et pollué, il va sans dire...

Childeric THor - 7/10