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Aorlhac : L'Esprit des Vents

Aorlhac - L'Esprit des Vents

Les Acteurs de l'Ombre Productions, 2018

Black Metal, France

CD Digipak et Vinyl 12"

Aorlhac, c'est une formation de black metal français existant depuis 2007, qui a entamé une trilogie d’albums en 2008 avec A la croisé des vents suivit de La cité des vents en 2010 ; cette formation qui après 8 années de pause est venue conclure ce triptyque musical chez Les acteurs de l’ombre productions au mois de Mars avec L’esprit des vents.

Conceptuellement parlant, le groupe souhaite certainement donner l’impression d’être un groupe du terroir : du logo, reprenant la croix occitane, à l’artwork regroupant des éléments rocheux et forestiers évoquant une Auvergne plus sombre et mystique. Tout est là pour qu’Aorlhac devienne le Forteresse français par excellence ! Et ces récits patriotiques prennent la forme de témoignages historiques (Les méfaits de Mornac), et de contes (Infâme Saurimonde), chantés avec fierté (Aldérica), et parfois nostalgie (La procession des trépassés) en Français bien que le groupe se soit aventuré dans l’occitan sur L’ora es vanguda.

Plus qu’un cours d’histoire, Aorlhac c'est avant tout un groupe de musique. Stylistiquement parlant on est donc en présence d’un black metal mélodique aux sonorités épiques, s’apparentant facilement à du Sühnopfer.

On retrouve d’ailleurs sur cet album Ardraos qui martèle à la batterie comme il sait le faire, permettant une liaison entre des moments allant à toute allure et des moments plus posés pour mettre en avant un riff ou un solo comme sur Aldérica. J’apprécie beaucoup le travail d’Ardraos, et avec Aorlhac il démontre une fois de plus que c'est un excellent musicien qui a su s’imprégner du style et de ses instruments, pour proposer des compositions de qualité. On sent d’ailleurs sa patte à certains passages de l’album comme sur Infâme Saurimonde quand il enchaîne un moment mid-tempo avec un blast de dingue sur un hurlement de Spellbound.

Le chant de ce dernier se veut quant à lui varié. Certes il chante majoritairement de façon hurlée, mais il peut laisser transparaître des émotions telles l’amertume ou la fierté et ce, même dans les rires hurlés propres au groupe. On peut aussi l’entendre utiliser un chant plus rauque, parfois même murmurant comme sur La révolte des Tuchins ou encore La procession des trépassés, offrant quelques surprises et mettant en valeur certaines lignes de texte, certaines intonations rappelant un Hreidmarr sur Glaciation comme sur ce ping-pong chant clair/chant hurlé sur la fin d’Infâme Saurimonde.

Tel une composition de Glaciation, cet album est très travaillé au niveau du chant, on peut en effet entendre un doublage quasi systématique des lignes vocales apportant de la puissance et de la crédibilité à Spellbound, comme s’il était possédé par les dieux pour conter le passé. Mais ce n’est pas tout concernant le chant, puisqu’on peut entendre quelques chœurs clairs offrant une dimension un peu plus solennelle, m’évoquant quelques passages de Windir.

Ce qui est certainement le plus important sur cet album, ce sont les parties à la guitare, c'est ce qui fait l’identité du groupe et ce pourquoi on le qualifie de black metal mélodique. Les guitaristes, NKS et Lonn, ont su trouver des mélodies entêtantes comme sur Ode à la croix cléchée, parfois dramatiques comme sur 1802-1869 les méfaits de Mornac, le tout baigné par des nappes d’ambiances obtenues par un jeu au trémolo propre au milieu du black metal. Mais ces guitaristes ne se sont pas arrêtés là puisque des moments purement techniques apparaissent lors de moments de cassures dans la structure des morceaux, laissant apparaître des solos de génie, comme sur Aldérica, rappelant un Windir que l’on peut considérer ici comme un grand frère.

Pour agrémenter cet ensemble déjà complet, travaillé et fort plaisant, s’ajoutent ça et là quelques passages de vielle à roue sur Infâme Saurimonde ou encore quelques breaks à la guitare folk comme sur 1802-1869 les méfaits de Mornac. Même si ces quelques passages peuvent sembler accessoires en vue de l’ensemble de l’œuvre, on en retiendra néanmoins un petit plus au charme de cet album qui est assurément le plus travaillé et le meilleur d’Aorlhac à ce jour.

Pour conclure, Aorlhac est comme un ancien qui face à son patrimoine dit : « tes contes et tes légendes toujours devront être perpétués, car les écrits des anciens ont forgé notre identité  ».

 

Dracula - 9/10