Bitume Prods, 2025
Black Metal, France
EP CD
Derrière Arbre-Dieu se cache ADZ, artiste complet et musicien maison du label Bitume Prods qui héberge tous ses projets. Ceux-ci sont divers, errant entre funeral doom à la finlandaise (Kaamosmasennus), black indus (Thy Apokalypse) ou atmo (Reflecting The Light), témoignant du (bon) goût du bonhomme et d’une inspiration affranchie de toute barrière au sein d’un ensemble créatif toutefois cohérent et complémentaire.
Référence à la carte du Tarot de Marseille, La Maison Dieu, Arbre-Dieu répond à une pulsion noire, à un besoin de capter – plus que de dompter - une énergie primitive, une force chaotique venu des tréfonds de l’âme, évoquant des peurs ancestrales sur lesquelles on ne peut mettre un nom, un mot. Un maux. Le relief, tumultueux et obsédant, rugueux et viscéral, sied parfaitement à cette essence obscure, ce stupre primordial. Tout comme l’est également le format court imposé à ce premier signe de mort qu’on n’imagine pas plus long, tant ces dix-huit minutes se suffisent à elles-mêmes.
Davantage que l’agrégat de quatre morceaux, "Nuit Noire" doit être appréhendé comme un seul et unique rituel dont les chapitres sont comme les étapes d’un périple intérieur, rageur et crépusculaire. Si l’étiquette raw et occulte sous laquelle elle se présente, pourrait laisser penser qu’on a affaire à un art noir bas du front, (bêtement) satanique et éjaculé en moins de temps qu’il n'en faut pour le dire, l’œuvre se veut en vérité bien plus nuancée et sournoise que cela, sinistre et bouillonnante (‘La vieille femme et le soleil’) certes mais surtout aussi sinueuse que vicieuse. "Nuit noire" peut se répandre dans une brume hypnotique voire presque psyché et imprimer peu après une cadence convulsive en un grand huit étrange et halluciné (‘Graines de folie’), dresser la hampe d’un black metal supersonique et néanmoins parfois brisé par des instants de mort (‘Tourbillon chaotique’) ou arborer des atours instrumentaux, tout en lignes de basse obscures et nimbés d’effets (‘Mort et renaissance’).
Avec finalement assez peu, le musicien solitaire et reclus parvient à faire suinter de ces reptations une ambiance véritablement unique, fiévreuse et primordiale, à inoculer un mal dont la sève mélodique n’est pourtant jamais asséchée. Il en découle un méfait séminal grouillant d’une poésie lugubre et abrasive, portant la marque d’un artiste entier et passionnant à suivre.