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Bell Witch : Stygian Bough : Volume II

Profound Lore Records, 2025

Funeral Doom, Etats-Unis

Album CD

En 2020, Bell Witch s’associait avec Aerial Ruin (en fait un one-man band entre les mains du seul Erik Moggridge) le temps de "Stygian Bough : Volume I". Les trois musiciens se connaissent bien puisqu’Erik est déjà apparu sur certains albums du tandem Dylan Desmond et Jesse Shreibman. La musique que façonnent les deux projets n’en est pas moins différente, funeral doom massif et sévère pour Bell Witch, folk mystique pour Aerial Ruin qui, dans l’esprit peut se rapprocher de Nechochwen voire du cascadian black metal, en moins extrême évidemment.

C’est de la volonté de mélanger justement leurs différences qu’est née cette première collaboration. Le mot a son importance car, écrit et gravé à six mains, "Stygian Bough" était vraiment le fruit d’un travail commun, donnant l’impression d’être l’œuvre d’un groupe à part entière, d’une entité qui dépasse la simple addition de Bell Witch et de Aerial Ruin. Cinq ans plus tard, les trois Américains se retrouvent donc pour ce second volume.  

Ceux qui n’auraient pas écouté son prédécesseur ou qui ne connaîtraient que les monstrueux "Longing", "Four Phantoms" ou "Mirror Reaper" de Bell Witch, risquent d’être un peu décontenancés, déçus peut-être même, par cette création dont seules le format imposant des compositions (entre 11 et 19 minutes) et une contrition austère rappellent le funeral doom de Bell Witch. Dominé par un chant clair d’une pureté émotionnelle, "Stygian Bough : Volume I" pourra surprendre par sa douceur intimiste, sa délicatesse osseuse, au service d’une musique qui n’a de doom que son rythme engourdi. Une écoute attentive révèle pourtant toute la force souterraine de guitares taillées dans la roche qui ont quelque chose d’arcs-boutants pétrifiés dressant une cathédrale de désespoir.

Du haut de ses presque 60 minutes (réparties en quatre titres seulement, aux variations discrètes par ailleurs), l’album se mérite, chemin de croix dont la lenteur extrême qui le rend trompeusement immobile masque des trésors de beauté et d’émotion.  Comment ainsi ne pas être bouleversé par l’immense 'Waves Became The Sky' où chant et lignes de guitares sont à l’unisson d’une inexorable tristesse sur un tempo prisonnier d’une épaisse croûte terreuse. Rien ne semble se passer et pourtant, volontairement répétitif et ankylosé à tel point qu’il pourrait s’étirer à l’infini, ce morceau fourmille de détails qui affleurent peu à peu jusqu’aux dernières mesures, déchirantes.

Tous les titres cheminent, agonisants, dramatiques, formant les faces successives d’un édifice funèbre mais non sans nuances. 'King Of The Wood' emprunte une sente plus sinueuse qu’il n’y paraît, livrant au terme d’un long périple une fin de parcours toute en percussions bourgeonnantes. Sous ses airs de respiration boisée aux arpèges fragiles, 'From Dominion' prend lui aussi tout son temps, drapé dans le suaire de claviers hanté et irrigué par des lignes guitares obsédantes dont la présence ne s’impose là encore que par petites touches. Grondant d’une tension rentrée durant presque 20 minutes, 'The Told And The Leadened' est un bijou dont la trame s’enrichit peu à peu, voyant se greffer ces guitares comme toujours  belles à pleurer.

Face à un tel monument d’ambiance et de progression, on en vient même à penser que "Stygian Bough : Volume I" est ce que Bell Witch a enfanté de plus achevé. Et on se prend à rêver d’une troisième collaboration...
 

Childeric Thor - 8/10