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Blood Of The Black Owl : Light The Fires !

BLOOD OF THE BLACK OWL - Light The Fires !

Bindrune Recordings, 2012

Black Doom rituel, USA

CD

Annoncé depuis des mois, Light The Fires ! est enfin là. L'attente est terminée. Oh, non pas que Blood Of The Black Owl soit avare de son art, à près tout A Banishing Ritual ne remonte qu'à deux ans, sans compter le récent split avec son faux frère jumeau AT THE HEAD OF THE WOODS, seulement voilà, l'entité se révèle être un tel univers de mystère que chacune des ses offrandes est accueillie de manière presque religieuse par la poignée de fidèles qui le vénèrent, trop heureux de détenir un trésor connu d'eux seuls.

Bien qu'il marque un retour à un schéma plus classique, celui de A Feral Spirit par exemple, après un dernier album uniquement composé d'une seule piste de plus de quarante minutes, Light The Fires ! , du haut de son heure et quart de musique, n'a pas pour autant gagné en facilité d'accès, c'est le moins que l'on puisse dire. Poussant à son paroxysme sa dimension transcendentale, Blood Of The Black Owl ne craint pas d'ouvrir l'écoute avec un long rituel chamanique (\"Caller Of Spirits\") qui capte l'esprit et la magie du peuple indien qu'aucun autre groupe n'est parvenu à si bien retranscrire car sa sincérité et sa connaissance du sujet sont incontestables. Reste qu'il faut traverser ce rite initiatique de plus de 13 minutes pour ensuite pénétrer le coeur de cette foisonnante forêt.

Loin du dédale hermétique entre Black Ambient et Doom incantatoire de A Banishing Ritual , Light The Fires ! empreinte ensuite un chemin étonnant aux confins d'un Rock psychédélique mâtiné de Folk progressif dont le plus bel exemple demeure \"Rise And Shrine\", lente pièce d'une beauté élégiaque et acoustique trempée dans les années 70. Baignant dans des relents d'orgue et éclairé par des notes de guitares doucereuses, \"Wind Eye\" se pare néanmoins de cette aura charbonneuse qui ne déserte jamais vraiment l'album. \"Two Ravens In The Tree Line\" incarne ainsi la symbiose totale entre art noir et déambulation onirique. Sur un socle fait d'une terre psyché, rôde un chant obscur et cendreux, aboutissant à une plainte étrange qui avance tranquillement à un rythme contemplatif, comme suspendu dans le temps.

Il faut attendre en définitive le terminal \"Disgust And The Horrible Realization Of Apathy\" pour que Light The Fires ! s'enfonce franchement dans les méandres d'un Black Metal néanmoins lancinant dans sa dimension ésotérique. Ne cherchez pas d'accélération fiévreuse, vous n'en trouverez pas chez Blood Of The Black Owl, homme médecine d'un art qui n'appartient qu'à lui, plus posé que brutal, ce qui n'altère en rien sa noirceur séculaire.

Plus que jamais, il demeure cette création insaisissable. A l'instar de ses aînés, cet opus se mérite. En parvenir à bout réclame patience et dévotion, mais ceux qui connaissent et apprécient ses auteurs, devinent toute la valeur qu'il secrète.

Childéric Thor - 7/10