Night Terrors Records, 2026
Death Doom, Espagne
Album Vinyle
Entre deux splits (dont ceux, remarqués, avec God's Funeral ou Mouflon), EPs et autres démos, autant de petites croûtes dont sont friands les groupes barbotant dans les profondeurs de l'underground, Bocc régurgite enfin un deuxième crachat (pas si) longue durée, quatre ans après "Dolça mort en els llims del Rec Comtal". Au menu, ce bon vieux death doom des familles auquel le trio catalan nous a habitué, gras comme cassoulet, et aux forts remugles de cadavres en décomposition. Bref, du grumeleux, du visqueux, du qui attire les mouches. Du déjà-entendu donc aussi.
Mais les trois garçons bouchers, croisés dans A Tomba Oberta ou Lords Of Bukkake (tout un programme !) s'en foutent comme de leur premier slip sale, cherchant moins à rénover un genre qui, de toute façon, ne se prête ni à l'audace ni à l'originalité, qu'à faire trembler les murs de leur cave à gros coups de riffs putrides, de gargouillis glaireux et de rythmique lente comme un escargot shooté au Valium par boîte de douze. Ce qui ne signifie pas que Bocc soit dénué de toute identité, laquelle réside finalement moins dans les éclaboussures crust qui souillent parfois son death doom ('Escorxador') que dans le chant en catalan qui, loin de le vider de sa moelle morbide, l'enrobe plus encore d'une couenne fétide, résidu d'un folklore obscur dans lequel il puise de le thème de ses chansons.
Rarement véloce, à l’exception relative de ‘Calvari (Dels Condemnats)’ dont le tempo rappelle un peu la course frénétique de zombies dans un film italien de série Z bien qu’il s’abîme à mi-parcours dans une bauge pestilentielle, "Demolarium" reste embourbé dans la terre, le frein à main fiévreusement serré. Peu nombreux, les titres affichent une durée certaine (entre six et neuf minutes en moyenne), qui renforce encore davantage l’atmosphère viciée qui s’en répand comme une marée noire après un dégazage sauvage. Avec le pétrifié ‘4227’, on atteint même des sommets de death doom (à moins que ce soit l’inverse) suffocant, chemin de croix dont les timides tentatives d’accélération sont avortées par la chape de plomb qui l’écrase.
Il n’y a là rien d’indispensable mais les Espagnols, dont la sincérité et l’absence de prétention sont aussi louables qu’évidentes, savent ouvrir les vannes d’une putréfaction néanmoins presque obsédante dans sa nécrose funèbre.