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Chowder : Passion Rift

CHOWDER - Passion Rift

I, Voidhanger Records, 2012

Doom instrumental, USA

CD

Si Passion Rift n'est que son premier album, Chowder n'est pourtant pas vraiment un nouveau venu puisque sa carte d'identité mentionne 1992 comme date de naissance d'un projet qui aura dû finalement attendre 2006 pour enfin cracher une démo puis un EP éponyme. Malgré la maigreur de ses bourses, le groupe n'est donc pas le joujou de quelques puceaux prépubères venant juste de découvrir l'existence de Black Sabbath mais le véhicule de vieux briscards de la scène Doom US, ce qu'est assurément Josh Hart, l'un de ses trois piliers dont la guitare ou la basse s'est promené aussi bien chez EARTHRIDE, REVELATION ou UNORTHODOX.

Tout ça pour dire que les mecs savent jouer et possèdent une vraie connaissance du genre, qui leur permet d'échapper à l'étiquette \"Je fais de l'instrumental parce que c'est à la mode\" que certains auraient été tentés de leur coller sur le coin de la gueule. Car oui, Chowder s'aventure sur le chemin du 100% instrumental. Si ce format, autrefois novateur, ne surprend plus personne depuis l'explosion de la scène Post-Rock (PELICAN, TOUNDRA...), il se fait en revanche bien plus rare au sein de la chapelle du Doom traditionnel dans laquelle prêche le trio de Baltimore. Le recours à toutes sortes de claviers et autre Mellotron comme la durée parfois longue de certaines compositions (pas loin de 20 minutes pour le morceau-titre !) déterminent toutefois une approche assez progressive du genre.

On pénètre Passion Rift grâce à trois titres trapus. Le premier, \"Mysteroid\", nappé de synthétiseurs, baigne dans un climat spatial et psyché du plus bel effet alors que \"The Innsmouth Look\" repose sur des riffs de bûcheron que drapent toutefois des effluves hantées typées années 70. Très différent se veut par contre \"Salt Creep\" dont la virtuosité affichée le rapproche davantage du rock progressif que du Doom proprement dit. Mais quel jeu ! Puis arrive le gros morceau de l'écoute, ce \"Passion Rift\" éblouissant, lente pièce alliant lourdeur du tempo et atmosphères de films d'horreur peintes avec ces couches de Mellotron comme échappées de la bande originale d'une série Z italienne. Retour au cadre classique avec \"Insidious\" et le très court \"Head Full Of Rats\". Plus ambiancé, \"Mazuku\" annonce le second temps fort de l'album, incarné par le terminal \"Custody\", long périple distillant les relents d'un sombre psychédélisme.

Galop d'essai tardif, on tient avec Passion Rift une très solide production. à laquelle on reprochera seulement - et d'une manière très relative - de ne pas vraiment masquer sa vraie nature, presque celle d'une jam entre musiciens réunis pour se faire plaisir, quand bien même on ne saurait retirer à ces titres d'être le fruit d'une précise élaboration, loin de toute improvisation. On sent toutefois qu'avant d'être capturés en studio, ils ont sûrement été des rampes de lancement sur scène, pour laquelle Chowder est avant tout destiné. Cela n'enlève rien à la qualité de cet opus...

Childéric Thor - 7/10