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DE SILENCE ET D'OMBRE : Ascension

DE SILENCE ET D'OMBRE - Ascension

Cruciatus Records, 2009

Black atmosphérique, France

Digipack

Généralement, plus le patronyme d'un projet musical est ronflant, plus celui-ci est mauvais. Seules exceptions notables : Triarii, dans le domaine martial-indus, et peut-être De Silence et d'Ombre dans le black metal. Avec un nom comme ça, un peu goth et un peu romantique, je voyais déjà le projet d'un oeil circonspect. D'autant que sa dernière galette, Ascension, est un repressage de ses deux démos en digipack... Le marché du CD est largement bouclé, et il y a encore un type pour ressortir des démos ? Si encore le type en question avait fait ses preuves, pourquoi pas, mais bon. J'ai quand même fait l'acquisition d'Ascension, produit par l'héritier spirituel de feu Occultum Productions, c'est-à-dire le jeune label Cruciatus Records.

Comme son nom ne l'indique pas forcément, DSEDO officie dans le black cosmique. Ce sous-sous-genre, assez peu connu, possède son lot de bonnes pistes. Après tout, quoi de plus noir que l'espace infini, quoi de plus atmosphérique que son vide concret, quoi de plus sublime que son obscurité sans fin ? Dans l'espace, il n'y a pas de fioritures inutiles, d'apparats et de jolies petites choses dépourvues de sens. Rien qu'un peu de matière égarée et... de l'espace, infini, dépourvu de limites.
Pour coller à ce thème, Ascension est présenté dans un digipack sobre. Trois petits artworks en ornent les pages : un amas étoilé sur la cover, semblable à un test de Rorschach, une sorte de monstre cosmique et une photo de la Voie Lactée à l'intérieur. Ce n'est pas laid du tout, le monstre cosmique est plutôt bien réussi. Sobre, bien réalisé, voilà qui semble étranger au matérialisme spirituel de trop de réalisations. Quand j'ouvre le digipack pour la première fois, un parfum de plastique chaud émane de la galette noire. Résolument spatial !
F., unique membre de DSEDO, compose de longs morceaux (sept minutes par titre) dont il réalise la totalité des arrangements. Les riffs sont efficaces, quoique répétitifs. N'espérez pas y trouver de quoi headbanger : l'atmosphère est froide, glacée, parfois rentre-dedans malgré tout. La B.A.R. est configurée de manière assez minimaliste, mais très efficace. Pas un instant (ou presque) sans entendre son battement sempiternel. Dans le premier titre de la première démo, "From the dark unknown space", la grosse caisse est utilisée de manière intelligente et donne du relief au morceau. Dans le deuxième, celui que je préfère, des battements rapides évoquent l'image d'un immense insecte spatial qui avance sur des milliers de pattes sans s'arrêter. Chapeau à F. pour l'énorme soin apporté à ces rythmiques, très carrées, sans lesquelles la guitare n'aurait pas le même aspect lancinant. Ici et là, quelques sons atmosphériques viennent diluer la solitude évoquée par la musique. Quant au chant, c'est à mon avis le point faible de la démo. Retouché, refroidi, il ne semble pas apparaître de manière cohérente par rapport au reste. Pas assez lancinant. Et puis, quel rôle tient-il : la voix du monstre cosmique ? Celle d'un narrateur omniscient ? L'âme de l'espace, le vide concret ? On ne sait pas trop. Dans le quatrième titre, il ressemble à un cri de vierge effarouchée qui se serait mise à muer, chose assez dommageable puisque le début de ce titre poursuit idéalement la veine du précédent, "Les chants de glace", dont l'atmosphère évoque l'absence de toute vie... D'ailleurs, dans le troisième titre, il n'y a pas de chant. Les morts de "Necroworld" (le quatrième titre) sont donc plus bavards que la glace, ni morte ni vivante mais immortelle dans son être non-pensant ?
La première démo se clôt sur une outro, "Serenity in darkness", qui évoque davantage la solitude que la tranquillité.
Cette démo est intéressante quoique pas tout à fait originale. On dirait du Burzum en version cosmique. Si vous aimez le black ambient et que vous lisez Asimov ou Philip K. Dick, ça peut vous plaire. La seconde démo est déjà un peu différente. La lourdeur des riffs black partage les morceaux avec des airs plus post-rock, assez mélancolique ; les noms des morceaux disparaissent pour laisser place à des numéros, comme chez Der Blutharsch. La B.A.R. percute moins, les morceaux perdent leur aspect cosmique pour devenir plus humains, même s'ils ont toujours ce côté lancinant, dépressif. Niveau chant, ça change du tout au tout. On retrouve un peu de grognements refroidis, mais il y a maintenant des chants clairs. Le premier titre contient un passage chanté suave (!), le troisième présente un autre chant, clair lui aussi, au timbre adolescent. Les quelques grognements cosmiques qu'on entend sont mieux agencés. Curieusement, si cette démo est plus originale, elle est aussi plus expérimentale, moins cohérente. Et puis, le post-rock, c'est bien à très petite dose, pour faire de légers contrastes avec le black. Pas plus. Heureusement, le côté post-rock de cette deuxième démo laisse place à quelques bons moments black, qui ressemblent un peu à celle de la première.

Souhaitons bonne chance à F. et à Cruciatus Records : Ascension a été pressé à 500 copies, soit une quantité industrielle pour un projet UG ! Je ne sais pas si cela valait vraiment le coup d'en faire presser autant. Il n'y a pas une énorme originalité dans l'univers cosmique de DSEDO. La première démo est trop "burzumesque" pour être vraiment originale (ce qui ne l'empêche pas d'être bonne !), la deuxième trop post-rock, glam, comme si les étoiles se maquillaient chez Marionnaud. Peut-être que la froideur commune de ces deux démos donnera naissance à un album intéressant, aussi carré que la première et qui reprendrait le chemin expérimental ouvert par la seconde, en abandonnant le post-rock, ou en le sublimant à quelque chose de plus véritablement éthéré qui ferait oublier sa présence.
Pour un amateur d'ambiant, Ascension se laisse tout de même écouter un petit paquet de fois.

Geodaxia - 7/10