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Deus Ignotus : Hexapterygon

III Damnation Productions, 2016

Black Metal, Grèce

Album CD

Vous l'aimez comment, votre black metal ? Léché ? Non. Torturé ? Non plus.  Bien caverneux et copulant avec son frère bâtard, le death qui sent bon les entrailles ? Oui ? Alors Deus Ignotus est fait pour vous !

La bête (forcément) malfaisante a vu la nuit en Grèce il y a bientôt dix ans et Hexapterygon est son second méfait, quatre ans après le séminal Christmation. La présentation de rigueur une fois pliée, abordons maintenant ce que cette créature a entre les jambes, cette verge monstrueuse gonflée d'une semence aussi malsaine que venimeuse et que dresse une fielleuse intensité. Si vous attendez de cette paire de musiciens de vains préliminaires, vous en serez bien entendu pour vos frais. Ainsi, ce menu tendu comme le vît du grand bouc, écarte ses cuisses velues avec The Symbol dont la frénésie est à même de faire saigner les muqueuses, exhalant les remugles fétides d'un rituel blasphématoire.

Certes orthodoxe et irrigué par une brutalité épidermique, l'art noir que forge Deus Ignotus mérite pourtant mieux que cet apparat bas du front car entre deux saillies exécutées à un rythme halluciné (Bone Hexapterygon), le groupe a le (bon) goût de la perforation vicieuse, du lourd coup de boutoir, comme l'illustre ce The Myrrh That Blinds Us dont la pesante crevasse qui en déchire l'hymen à mi-parcours, loin d'en atténuer la force, lui confère au contraire une dimension plus ténébreuse encore. De ces failles béantes suintent des émanations d'une brutale négativité (Venom Of Abhorrence).

Plus proche d'un death metal cryptique, le chant plonge l'ensemble dans un gouffre vertigineux au fond duquel bouillonne le mal absolu, témoin ce Doctrines Of The Perfect Ones dont le tempo implacable se conjugue à des riffs chargés d'une haine aussi souterraine que déchaînée. En huit cérémonies incantatoires, Hexapterygon ouvre les portes conduisant aux cercles de l'enfer. De fait, à sa mesure, certes modeste, Deus Ignotus parvient néanmoins à capter cette pure essence diabolique en répandant avec une fureur viciée, damnation et fornication. Au bout de cette petite - mais suffisante - trentaine de minutes, la messe est dite dont on sort exsangue, les orifices poissés de sang.

Mais on en redemande tant ces Athéniens ont finalement tout compris, émissaire dévoué d'un art séculaire tel qu'il devrait toujours être et qui survit dans les profondeurs d'une crypte qu'aucune lumière n'atteint. 

Childeric Thor - 7/10