Norma Evangelium Diaboli, 2026
Electro Martial Industrial, Suède
Album CD
On connaît Daniel Rostén comme chanteur de Marduk et de Funeral Mist (dont il est l’unique membre), moins comme graveur de sonorités électroniques avec DomJord. Comme l’ont démontré "Sporer" puis "Gravrost", il a pourtant des choses à exprimer et des belles, dans ce registre froid et désincarné au frontière duquel l’art noir a souvent et depuis longtemps baguenaudé, confer les travaux de Burzum, Mortiis, Neptune Towers et bien d’autres encore.
Néanmoins après six ans de silence, que ne peuvent prétendre justifier les activités de Marduk et Funeral Mist, elles-mêmes peu intensives ces dernières années, il était légitime de s’interroger sur l’avenir de DomJord dont le sommeil ne semblait pas vouloir s’interrompre de si tôt. Ce troisième opus que nous n’attendions plus (ou pas) n’en a donc que plus de valeur.
Comme son artwork et son sous-titre (« Laus Industria, Canabula Ardens Exitii – part I ») le laissent aisément deviner, "Morgonglöd" se veut une méditation sur la Révolution industrielle comme matrice de l’extinction programmée de l’humanité en cela qu’elle a métamorphosé puis défiguré un équilibre millénaire et toute une organisation tant géographique que sociale, façonnant peu à peu la société telle que nous la subissons aujourd’hui. Cette réflexion pessimiste inspire au Suédois une partition martiale qui puise sa puissance dans les entrailles des bassins houillers, dressant un paysage sinistre et encrassé de hauts fourneaux, d’architectures inquiétantes aux allures de cathédrales d’acier d’un nouveau temps, celui des machines, des fumées noires, des villes de béton…
L’album gronde d’un pouls à la fois mécanique et organique, peinture d’un monde torturé déjà prêt à glisser dans les horreurs de la Première Guerre mondiale et les traumatismes qui en ont saigné. D’une emphase hypnotique sur l’amorce ‘Kol’ (en tous points sublime et déchirant), puis martelé de pulsations industrielles comme les battements de cœur d’un malade en phase terminale (‘’Eld’), "Morgonglöd" glisse, dérive, peu à peu vers un ambient minimaliste et quasi mystique (‘Rök’) mais toujours autoritaire (‘Blåsbälg’). Mises bout à bout, ces plaintes forment une transe aux motifs répétitifs (‘Masugn’) et aux textures mélancoliques et décharnées (‘Stål’).
DomJord signe un concept-album remarquable qui a quelque chose d’un bloc sévère et obsédant, symphonie métallurgique pour une humanité en voie de destruction dont les mélopées sombres et pulsatives creusent de profondes plaies dans la chair et brûlent le cerveau.