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Drakonhail : Le sentier

DRAKONHAIL - Le sentier

Autoproduction, 2011

Black metal, France

Tape

Drakonhail est un groupe français, plus exactement un one man band, puisque l'unique membre du groupe se nomme Dunkel et c'est très bien ainsi : son personnage se résume dans ses créations, une musique de pure facture black metal comme on l'aime. Oscillant dans un black plus ou moins doom/funeral, il évolue dans ce dernier album vers des tempos parfois plus rapides, mais surtout des morceaux beaucoup plus aboutis et plus travaillés. De tout ce que j'ai pu entendre jusqu'à présent de cet artiste, LE SENTIER devient ce que j'ai le plus apprécié.
Toujours sur son support favori, la cassette, l'oeuvre est distribuée en auto-prod et tirée à 30 exemplaires, encore une de ses caractéristiques, c'est-à-dire revenir à l'essentiel de ce qu'est notre passion, le monde souterrain. Huit morceaux nous sont offerts, dont deux très longs de vingt minutes, lanscinants, tantôt mélodieux, tantôt true BM, primaire, tournés vers une répétition morbide de riffs hypnotisants, la durée totale de l'album excédant les 80 minutes. La réverb des guitares fait mouche à chaques fois pour travestir une réalité en objet royal, intenses moments où on reste pétri de langueur et de nostalgie. La boïte à rythme, très basique et primaire s'accorde à merveille avec le style du groupe, glacée et lourde, nul besoin d'autre chose. Les morceaux dans leur ensemble ont la caractéristique pérenne de s'inscrire dans des accords mordants et lugubres, tout est fait pour rendre l'écoute inquiétante.
Drakonhail, c'est çà, le tourment d'un monde perdu que l'on retrouve le temps d'une écoute ; c'est le monde de la nuit, des forêts, un univers spectral et angoissant. Mon intérêt est surtout capté par le second morceau, intitulé \"Hululements dans la nuit la plus froide de l'année\", celui qui m'a le plus touché, le plus enveloppé dans ma neurasthénie latente. Titre lent qui débute par une série d'arpèges annonçant plus loin le thème principal, qui sera repris de multiples fois mais dont je ne me suis toujours pas lassé. La programmation de la batterie est plus que jamais simpliste ce qui décuple l'affiction de la mélodie, l'amertume et le spleen des accords.
L'ensemble de l'oeuvre s'inscrit dans cette voie, un lieu sépulcral et endolori, fascinant objet bilieux, dans lequel des notions comme le désenchantement et le désabusement prennent tout leur sens.
L'enveloppe et les photos sont faites maison sauf la jaquette il me semble, on peut y distinguer plus que des arbres et des chemins forestiers puisqu'ils lui sont très familiers, c'est son environnement. Je connais peu de personne qui vont se ballader seul à deux heures du mat' en forêt avec du BM dans les oreilles, par un froid d'hiver à se peler les miches. J'ai rarement vu quelqu'un vivre la flamme noire comme lui et ce que j'apprécie sans doute le plus reste son authenticité dans le vrai BMUG, il le respire et le gratte jusqu'au bout des ongles.

monnös - 9,5/10