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Edge Of Sanity : Crimson II

EDGE OF SANITY - Crimson II

Black mark, 2003

Death metal, Suède

Album CD

Cela faisait bien longtemps que je n'avais eu le bonheur d' entendre une ouvre inédite du sieur Dan Swano, lequel semblait singulièrement absent de la scène metal internationale depuis le split de son groupe principal (celui dont nous nous occupons aujourd'hui), la mise en veilleuse de ses nombreux projets (PAN-THY-MONIUM, NIGHTINGALES, etc., etc..), et surtout ses adieux à la profession de producteur, profession qui, à travers une pléthore de disques légendaires, forgea son renom. Jugez donc : des formations aussi anecdotiques que Dissection, Marduk, Dark Funeral, Sacramentum, Opeth enregistrèrent leurs premiers méfaits sous la houlette de ce magicien de la console qui d'ailleurs, en quelques années, devint une des figures les plus incontournables du revival metal extrême scandinave. C'est dire mon émotion lorsque j'ouvrai délicatement mon paquet de Noël pour y découvrir ce \" Crimson II \" ! Car Dan Swano, plus encore qu'un technicien du son surdoué, est un compositeur d'exception. Et plus encore lorsqu'il évolue au sein d'Edge Of Sanity. Pour ceux qui ne connaissent pas encore ce groupe culte, je ne peux que les encourager à se procurer d'urgence leur discographie, un must pour les fans de Death suédois et un grand bol d'air frais pour ceux qui déplorent - à juste titre - la désespérante uniformité d'une grande partie de la production extrême en Scandinavie. Car Edge Of Sanity n'a jamais rien fait comme tout le monde. Cette indépendance d'esprit culmine en 1996 avec la sortie de \" Crimson \", petit chef d'ouvre conceptuel, un album d'autant plus avant-gardiste qu'il n'hésite pas à mêler Death lourdingue, black metal, grandes plages acoustiques survolées de chant clair, passages doom, ambiances gothiques, le tout servi par une production évitant tout le clinquant et la pompe des grosses usines américaines (ou suédoises, suivez mon regard, elle commençaient tout juste à tourner en ces temps bénis.). Ah oui, j'oubliais : \" Crimson \" est la seule chanson du disque, un morceau aux proportions proprement dantesques, puisque s'étalant sur plus de 40 minutes ! Hormis le défi artistique que ce type d'exercice peut représenter pour des musiciens, même aguerris, on saluera l'absence délibérée de tout considération pour le confort d'écoute de l'auditeur, à qui il est demandé de prendre un peu de son temps et de jeter aux orties ses détestables habitudes de \" zappeur \", et pour cause : pas moyen de naviguer d'index en index, il n'existe qu'une seule plage ! Le genre de disque, donc, qu'on évite d'insérer dans des soirées picole, mais que l'on écoute avec un respect quasi religieux, de peur d'en louper une miette. D'autant plus qu' incapable de rééditer l'exploit, Edge Of Sanity splittera deux albums (médiocres) plus tard. Qu'en est-il donc du come-back, et surtout, qu'en est-il du remake ? Tout d'abord, on peut remarquer qu'il y a du changement dans la composition d'E.O.S., qui s'affiche ici clairement comme le \" one-man-band \" de Swano. Monsieur joue de la batterie, de la basse, de la guitare, chante, uniquement épaulé par deux grogneurs (Roger Joahnsson et Jonas Granvik), deux guitaristes solistes des plus émérites (l'énormissime Mike Wead et Simon Johansson), et un parolier, Clive Nolan (du groupe de rock progressif ARENA), dont on soulignera l'étonnant travail. Dan Swano sait donc s' entourer, mais sait-il encore écrire des ouvres majeures ? La réponse est oui, sans l'ombre d'un doute. \" Crimson II \" parvient même à égaler son prédécesseur, voire à le dépasser. Plus digeste, plus mure, mieux produite (à l'exception de la batterie, aux sonorités par trop artificielles), cette nouvelle livraison est tout simplement sublime. Les fans regretteront peut-être l'aura de ténèbres, qui, planant obstinément sur le premier épisode, se fait ici moins épaisse ; Dan Swano semble aujourd'hui préférer donner libre cours à ses penchants progressifs. Les riffs de guitares n'en sont donc que plus techniques, plus mélodiques, toujours emprunt néanmoins d 'une pointe de mélancolie qui confère à l'ouvrage une indéniable densité poétique. On remarquera également que le clavier se fait plus présent que par le passé, sans toutefois dénaturer l'ensemble. Le chef d'orchestre de cette titanesque chanson de près de 43 minutes (divisée en 44 plages - zut, cette fois-ci, on peut zapper) a également eu la bonne idée d'exhumer un chapelet de riffs de \" Crimson I \", pour les intégrer avec un goût exquis à son successeur. Dans ce florilège du bon goût, il n'y a donc absolument rien à jeter : tout est parfait. Un véritable leçon de Death progressif sombre et intelligent, qui se paie même le luxe d'envoyer aux fraises des soit-disant ténors du genre (IN FLAMES et SOILWORK par exemple), incapables me semble-t-il de rivaliser ne serait-ce qu'une seule seconde avec cette boucherie de tous les instants. Immédiatement rentré dans mon top 3 de l' année 2003, j'ai la nette impression que ce \" Crimson II \" restera encore bien des années accroché à ma platine. Ne passez donc pas à côté de ce joyau. NB : Pour les collectionneurs, Black Mark vient de presser un double vinyle contenant \" Crimson I & II \". L'occasion de se faire un petit plaisir, non ?

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