Purity Through Fire, 2026
Black Metal, Suisse
Album CD
Suivant la bonne habitude prise depuis qu’ils ont décidé d’accoupler leur noire inspiration, Askahex (chant, basse, violon) et V Noir (tout le reste) sont déjà de retour, moins de deux ans après "Weltenzerstörer", période qu’ils ont par ailleurs trouvé le temps de combler séparément, elle avec Ashtar ("The Return Of The Frozen Soul"), lui avec Häxär ("Ich Bin Die Schwärze" puis "Teufelskvlt"). Au risque de se répéter, ce n’est donc pas moins d’une dizaine d’albums qui ont enfantés à eux deux en l’espace de six ans à peine. Corollaire de cette redoutable fertilité, nous pourrions croire et craindre que leur sève commence à se tarir mais il n’en est rien, comme l’illustre encore une fois "Der Schwarzen Flamme Vermächtnis".
Ce quatrième méfait de Ernte confirme surtout que les deux musiciens ne sont jamais aussi inspirés que lorsqu’ils unissent leur force. Et autant l’affirmer de suite, le successeur de "Weltenzerstörer" s’impose comme leur travail le plus jouissif à ce jour, façonnant ce black metal qui n’appartient qu’à eux, à la fois rapide et atmosphérique, primitif et obsédant en un alliage dont la violence belliqueuse ne lui interdit pourtant pas une forme de beauté abrasive et souterraine. Car n’en doutez pas, les vocalises hurlées, quasi bestiales de la demoiselle sont belles dans leur fureur écorchée et polluée (‘Lord Of Ascending Flame’). Frissons garantis.
Ernte c’est le black metal tel qu’il devrait toujours saigner, emporté dans un tourbillon guerrier que brise un mid-tempo lourd comme un panzer (‘Warrior Of The Black Flame’). Vicieuses et grésillantes, les guitares écoulent une semence mortifère à travers les parois glaciales d’un tertre obscur dressé dans les profondeurs d’une forêt que leste une nuit sans fin, captant le souffle de divinités ancestrales et terrifiantes (‘The Rise Of The Older Ones’). Tour à tour torrentueux ou lancinant, passant d’un dark folk rituel et tribal (‘Wo Sie Wandelt’ et ses lignes de violon osseuses) à un black thrash aux riffs lacérés (‘Ritval Pyre’), "Der Schwarzen Flamme Vermächtnis" écarte la fente d’un abîme au fond duquel crépite une poésie sinistre et squelettique (‘To Ashes’). Grouillant d’une décrépitude mélodique (‘Lucifer’), ces morceaux résonnent comme des incantations infernales, exaltant les forces du mal dans ce qu’elles ont de plus pure.
Il y a là quelque chose qui tient de la négativité primordiale que le duo parvient à saisir, à épandre tel une marée funèbre. Ernte se montre impérial tout du long, ne sacrifiant jamais les ambiances froides et cryptiques sur l’autel d’une férocité portant intense et bouillonnante. Du grand art (noir).