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Evil Spirit : Cauldron Messiah

EVIL SPIRIT - Cauldron Messiah

Horror Records, 2014

Doom Death, Allemagne

Tape

Commençons d'abord par les choses qui fâchent (un peu). Après deux démos remarquées livrées en 2012, nous attendions davantage de la part d'Evil Spirit que cet opus séminal. Non pas que celui-ci soit mauvais, bien au contraire (nous y reviendrons) mais avec sa (petite) trentaine de minutes au jus (ce n'est pas si grave) mais surtout maigre de seulement six titres dont la moitié d'entre eux ne dépasse que de peu les deux minutes (ça l'est déjà plus), c'est à peine rassasiés que nous achevons donc son écoute. Reste que le goût de trop peu qui accompagne sa découverte grève finalement assez peu ce Cauldron Messiah intéressant à plus d'un titre, confirmant en cela la bonne impression laissée par ses deux ébauches.

Pour ceux qui n'auraient pas eu la chance de poser une oreille sur ces dernières et qui ne connaitraient donc pas ce groupe, sachez que Evil Spirit macère dans les boyaux d'un doom death aux relents d'occultisme, style, sur le papier, des plus consommés, auquel ces Teutons offrent une lecture pourtant plus personnelle qu'il n'y paraît. Bien que basés en Allemagne, deux des trois musiciens qui l'animent sont en fait Argentins de sang, origine qui explique peut-être (ou pas du tout en fait) la singularité de leur art qui n'appartient déjà qu'à eux, un art en définitive plus difficile que cela à identifier ni du pur doom metal ni vraiment death et encore moins black mais un peu tout cela à la fois, empruntant à chacun de ces genres certains traits, là des vocalises effrayantes, ici un tempo (presque) toujours pétrifié...

Que le trio ait été signé par l'honorable label italien Horror Records n'étonne pas car sa musique se rapproche justement du doom de la péninsule aussi occulte qu'obscur. L'album déroule un menu des plus curieux dans sa construction, enchaînant de longues pistes et d'autres qui le sont beaucoup moins, tandis qu'il s'achève sur un titre rapide que déchirent des dernières mesures agressives. Le cœur de Cauldron Messiah palpite aux sombres sonorités de trois plaintes, oscillant entre 6 et 8 minutes environ et vers lesquelles va (forcément) notre préférence.

Il s'agit tout d'abord de 'Grey Ashes Of The Reptile', lente déambulation dont le rythme somnambulique cède ensuite la place à une redoutable accélération. Après le court et sans doute dispensable 'Eve Of The Beholder', survient le suffocant 'Let The Dragon Be My Guide', lequel n'est pas évoquer le lointain fantôme de REVEREND BIZARRE, ce qui fait de lui sans doute le morceau le plus doom du lot. Et donc le plus réussi. Enfin, 'Reino Sangrento' séduit par sa lenteur viciée, donnant l'impression de ne jamais vouloir démarrer avec ce chant qui ne surgit en effet que tardivement, presque à mi parcours.

Bien que froid et imparfait et n'allant pas très loin, ce galop d'essai distille une espèce de charme vénéneux un peu malsain lequel, associé à une personnalité singulière en augmente la valeur ajoutée. Bref, il est un de ces petits albums tout à fait recommandable.

Childéric Thor - 7/10