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Ion Dissonance : Cursed

ION DISSONANCE - Cursed

Century Media, 2010

Hardcore technique et brutal, Canada - Québec

CD

Hardcore . C'est devenu un terme bien générique. Presque aussi générique que metal, à bien y réfléchir : entre les mosh-parts gentillettes de HATEBREED, les envolées prog d'ISIS et l'agression sonore décérébrante d'un BURNING SKIES, les incartades Black Metal/punk-HxC de KVELERTAK et le marasme sonique de CONVERGE, y a pas photo. Ion Dissonance est une autre brique dans le mur. Mais pas n'importe laquelle. Il y a de ces albums qui prennent à la gorge, pas au mollet. Qui n'évoquent que la violence, et sans avertissement, encore. Cursed est l'un de ceux-là, un album dont les Québécois n'ont pas à rougir. D'ailleurs ils paraissent si loin de ces civilités.

Si loin au-dessous.

Oui. Au-dessous. Car sans pratiquer la nécrophilie auditive d'un KICKBACK, Cursed se tient loin d'AS I LAY DYING et des riffs plutôt convenus d'un CARNIFEX. Si ça ne fouille pas très large au niveau de la palette sonore, il faut reconnaître que même en niveaux de gris, cette galette est brutale. \"La brutalité désigne généralement le caractère de ce qui est violent et soudain\", source Wikipedia. A l'écoute de Cursed , les contributeurs du site auraient certainement eu une petite idée d'exemple sonore pour illustrer leur définition.

Dans un monde parfait, Cursed serait la bande-son de ton assassinat. Et ton agonie dure 35 minutes. « Maudit »... Tu ne pourras pas dire que tu n'as pas été prévenu. L'intro a à peine le temps de te rappeler dans quelle galère tu t'es embarqué que You People Are Messed Up déferle sur tes canaux auditifs un peu trop proprets au goût des Québécois. Les guitares tronçonnent leur espace avec un son métallique as fuck histoire de graisser tout ça, maîtrisées plus que correctement par le duo Sébastien Chaput/Antoine Lussier. Véritables leçons de rythmique, de l'épileptique chaotic HxC à la lourdeur pachydermique de certains breakdowns , tout y passe. Oui, tu as de la chance finalement ! Le riffing de ton assassinat est foisonnant... et talentueux. On a à peine le temps de se hasarder à comprendre ce qui s'est passé qu'un nouveau riff vient remettre en cause les lois de la gravité. Les chansons défilent, comme autant de sévices infligés à ton corps. No Care Ever te distribue mandale sur mandale. Impossible de dire quand ça va s'arrêter. Les blasphèmes rythmiques martelés par la batterie et une basse sub-sonique jonchent la chanson comme autant de plaies infligées à la batte de base-ball. We Like To Call This One... Fuck Off semble ensuite apporter un moment de répit dans la douleur. L'introduction est la première bouffée d'air qu'on arrache à Cursed depuis la début. Après les six premières pistes passées en apnée, on commence finalement à y voir plus clair. Car cette brutalité n'a d'égal que son homogénéité, et le tout n'est pas si indigeste si tu parviens à oublier le goût légèrement nauséeux du sang qui remonte depuis tes poumons jusque dans ta bouche.

La douleur physique laisse finalement place à la douleur mentale. Ce qu'il y a de pire? Je te laisse juger. Kevin McCaughey hurle son dégoût et son mépris comme un damné sans lendemain, comme si chaque phrasé était une sentence de mort. Il est le bourreau et le condamné à la fois. La folie de ces coreux s'exprime à travers une noirceur suintante, d'un noir de jais. Chaque double-croche rappelle un peu plus que tu sombres dans une folie abyssale avec eux, toujours plus bas. Tu t'y sens déjà mieux... This Is Considered Mere Formality et This Feels Like The End ne font que confirmer ce que tu savais déjà. C'est bientôt terminé.

Tu profites de ton agonie qui finit lentement pendant l'outro They'll Never Know pour remplir une dernière fois tes poumons de l'air vicié de cette cellule où on t'a tout fait subir pendant 35 minutes. Sur le point de perdre conscience une ultime fois, tu exprimes un dernier ricanement à cette idée, un peu stupide mais terriblement appropriée : cet album ferait headbanguer un mort. Haha. Ca tombe plutôt bien pour toi.

Azentrius - 9/10