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Kontingent : Au service de nos ancêtres

KONTINGENT - Au service de nos ancêtres

Rebelles européens, 1989

RAC culte, France

CD

Et allez, encore une galette recouverte d'une couche de sulfure...
Comme son nom l'indique, Kontingent 88 ne fait pas dans la dentelle. Actif fin 80's - début 90's, ce groupe est l'un des plus fameux en matière de RAC. Pourquoi chroniquer cette vieillerie, plutôt que d'attaquer un album plus récent et plus convenable ? Eh bien, c'est que Kontingent n'est pas un groupe de RAC comme les autres. Leur première sortie, une démo intitulée Un jour viendra , ne sortait pas de la bouillie skin-NS habituelle : son de mauvaise qualité, beuglement faux pour déclamer des textes à trois francs six sous... Puis, un an après, ils ont récidivé avec un album intitulé Au service de nos ancêtres . Vu la cover, on pourrait s'attendre à la même chose que dans Un jour viendra . Pourtant, à l'écoute, on sent que le groupe a évolué sur tous les plans, et qu'il s'est hissé à un autre niveau.

Les textes, d'abord. Fini les \"libérez Klaus Barbie\" ou \"Mohamed mouche à merde\", maintenant Kontingent présente des textes bien écrits, avec des rimes correctes et sans vulgarité. Le chant, toujours grave, rentre enfin dans les limites de la justesse. Et les instruments ! Le combo guitare/batterie est maintenant tout à fait léché. Kontingent commence même à trouver son propre style. Incroyable, non ? Des textes historiques, tantôt exaltatoires, tantôt carrément provocateurs (notamment \"Le mythe\" qui est jouissif, rien que pour sa manière de refuser en bloc une vérité devenue lassante parce que trop ressassée) ; le ton va de la chanson militante classique aux titres lents et posés, en passant par le contestataire... Tout cela avec un certain cachet. La musique de Kontingent 88 est pourvue d'une certaine lourdeur, profonde, qui voisine volontiers avec le groovy. En écoutant le début de \"Halte\", on aurait presque envie de danser.
Et puis, il y a les solos de lead. Ceux-là valent leur pesant de drapeaux noir-blanc-rouge à eux tous seuls. Au détour d'un couplet, la musique ralentit, elle devient lourde, comme pour mieux sauter le pas, et le lead arrive d'un coup. Complexe, léger, aigü au milieu toute la lourdeur de la gratte et de la batterie. Il y a même du swing là-dedans. Vous savez, ce truc qui existait avec le jazz et qui a disparu vers la fin des années 80...
Kontingent 88 aligne les tubes : \"Guillaume le conquérant\", avec un moment doux qui fleure bon les combats du Moyen-Âge ; \"Le mythe\", aussi corrosif que drolatique ; \"Halte\", qui manifeste avec vigueur le refus du syndicalisme miséreux ; \"Un matin la révolution\", dont la mélodie serait tout à fait adaptée à une valse ; \"Notre après-guerre\" explorant la tristesse et la nostalgie de l'inconnu...
Seules chansons ratées : \"1789\", trop lourde, et \"Unité blanche\" qui sent un peu le réchauffé.

Vous rêvez de rock groovy, mais la chansonnette vous inspire le dégoût ? Vous voudriez être fier d'être blanc, mais vous fuyez comme la peste la stupidité des skins ? Vous êtes métalleux et vous cherchez un peu de revival 80's pour prendre des vacances ?
Alors, n'hésitez plus, Kontingent possède son lot de bonnes perles. Si l'on excepte leur démo bâclée, nos paramilitaires ont contribué à ce que les années quatre-vingt ne laissent pas uniquement derrière elles le souvenir d'un objet de masturbation pour quadras ayant raté leur vie. Et si vous êtes allergiques aux vilains pas beaux qui ont osé goûter à la swastika, décoincez-vous : ceux qui se laissent tenter par le Mal tombent sur de petites leads vraiment à croquer !

M.O.I. - 8/10