L'EFFET C'EST MOI : Tomber en héros

L'EFFET C'EST MOI - Tomber en héros

Forart.it, 2006

Neofolk, Italie

Full-length

Si la musique neofolk vise à interpréter des sentiments de manière subtile avec un style indus et militariste, alors L'EFFET C'EST MOI correspond parfaitement à cette description. One-man-band italien mené par Emanuele Buresta, ancien gratteux black, il n'a pas grand-chose à voir pour autant avec le BM pur et dur. Pas de guitare - c'est fou, le nombre de métalleux qui se mettent au neofolk ! -, presque que du clavier, une jaquette assez kitsch. Le nom du projet vient d'une formule de Nietzsche, selon laquelle l'individu est l'effet d'un processus qui le façonne et de ce qu'il entoure. Que trouve-t-on derrière ce joli nom ?

Eh bien, il faut avouer que L'EFFET C'EST MOI dispose de moyens assez réduits pour mettre ses compositions en musique. Tout ou presque est fait au clavier : les instruments sentent l'ordinateur, sonnent trop régulièrement, leur timbre est trop lisse pour être vrai. Pourtant, si l'on s'habitue à cet aspect "cheap" - qui colle plutôt bien avec la jaquette -, on rentre vite dans les titres. Et là, chaque nom prend sens. Rome capitale de l'Europe , le titre d'ouverture, est divisé en deux parties. Chacune correspond à un moment de l'histoire de l'ancienne Rome : la première est vaporeuse, embryonnaire, crépitante, tandis que la seconde est guindée, plus policée et aussi plus sombre. Rome la conquérante et Rome la décadente ? Distance évoque bien la solitude de celui qui s'est éloigné de ce qu'il aimait, tandis que Retourner au pays s'achève sur un air léger et enthousiaste...
La thématique nietzschéenne est loin d'être usurpée. Sur Tomber en héros , on respire des atmosphères azuréennes, et on sent que cela vient d'un pays méditerranéen. La coloration virtuelle des instruments donne même un côté carnavalesque à l'ensemble, comme si tout n'était qu'une gigantesque farce, même les sentiments les plus réels. Et cela, alors que la batterie, dont j'ai toujours pas parlé jusqu'ici, s'entend aussi souvent que dans n'importe quelle formation neofolk. On sent que ça ne vient pas d'un pays germanique : la batterie accompagne le reste, avec un tempo parfaitement minuté (et artificiel, donc carnavalesque : allez trouver ça ailleurs...), sans exalter de grands sentiments dignes d'un TRIARII ou d'un DER BLUTHARSCH.
Même Mourir à la guerre , titre assez sombre, reste dans le ton de la légèreté.
Aucun pathos ici, donc ; c'est plutôt l'inverse. Il faudra attendre la fin du CD, avec un titre sans nom, pour se faire cisailler les oreilles par une espèce de sirène bruitiste. Et encore, cela non plus n'enlève pas son côté aérien au titre.

Effet unique du caractère méditerranéen et de la pensée de Nietzsche, métaphore d'un Arlequin qui aurait troqué sa scène contre un home studio, Tomber en héros sera parfait pour égayer vos balades sous un ciel bleu, ou pour convaincre vos potes gauchistes que ce genre musical n'est pas réductible à un machin politique. Encore que : la kitscherie détachée avec laquelle Buresta traite le thème de la guerre pourrait être interprétée au premier degré. Oubliez les irrécupérables, donc, et imaginez une Rome ancienne dans laquelle on parlerait français, sous un beau temps qui ne disparaîtrait jamais. Ce serait artificiel? Faux? Sans doute, mais ce serait loin d'être mal foutu... Ainsi est ce full-length, fort encourageant pour un premier essai, même si un peu d'ampleur ne ferait pas de mal aux nappes sonores qu'on entend sur certains titres ( Rituel de sexe par exemple).

Geodaxia - 7/10