LEBENSNACHT : Apathologie

AGAEL - Apathologie

Naturmacht Productions, 2012

Depressive Black Metal, Allemagne

CD

Partagé par deux projets maison du modeste mais estimable label Naturmacht, ce split s'avère à la fois une découverte et une confirmation.

Une découverte d'une part, celle de LEBENSNAHCT que les plus observateurs auront facilement identifié comme le propre jardin secret de Robert Brockmann avec lequel se confond l'écurie germanique. En quatre complaintes, l'homme esquisse un art noir engourdi par une hivernale mélancolie, certes sans surprise mais non sans charme car, bien qu'il ne manque pas d'aligner tous les invariants en vigueur au sein de cette chapelle dépressive, pataugeant dans cet humus burzumien qui nous est si cher, de la lancinance monotone du tempo aux riffs grésillants sans oublier un chant de gargouille hurlé, il sait faire suinter de ses compositions un inexorable désespoir, tableau sinistre de paysages boisés paralysés par le froid.

"Im Käfig" et surtout "Lebensnacht" sont deux gemmes noirs et pétrifiés prouvant encore une fois que le Black Metal n'est pas une question de raison mais de foi et de sensibilité. Sans rien inventer, l'Allemand capte cette tristesse immense qu'irradient ces étendues forestières plongées dans une nuit éternelle. Moins à son avantage dans le registre Ambient, il est dommage que le misanthrope achève sa participation avec l'inutilement long "Dem Endz Nah", plus de 8 minutes bercés par le chant des oiseaux.

Une confirmation d'autre part, celle du talent, mineur mais envoûtant d'AGAEL dont l'offrande séminale nous a enchanté il y a déjà trois ans. Celui qui prête également son nom à ce one-man band (quoi d'autres ?) se déleste lui aussi de quatre créations, plus personnelles et quasi instrumentales que leurs voisines de rondelle. C'est le cas notamment de "Vom Nichtsein" qu'illumine un solo étonnant car des plus mélodiques ou de "Remorphose", titres qui témoignent des progrès accomplis depuis Hybris .

Moins Ambient, plus aérée, moins sombre peut-être, l'écriture d'AGAEL s'est encore enrichie et ce faisant, est devenue plus atmosphérique sans effacer une personnalité que l'on décèle dans l'introductif "Offenbarung" qui vibre de ces couleurs propres au romantisme allemand. A l'instar de LEBENSNACHT, on regrettera toutefois de sa part une conclusion maladroite, ici dans un registre True Black plus quelconque qui lui sied moins sans pour autant grever la bonne tenue de ce disque à quatre mains.

A l'arrivée, si, nous devions déclarer un vainqueur de cette confrontation cohérente de deux projets au style pas si éloigné l'un de l'autre que cela, AGAEL aurait notre préférence quand bien même Apathologie permet à LEBENSNACHT de sonner le branle d'une discographie déjà enrichie de deux albums supplémentaires en l'espace de quelques mois.

Childeric Thor - 7/10