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Les Chants De Nihil : Les six leçons

Dernier Bastion, 2008

Black metal atmosphérique, France

Tape

Les Chants de Nihil est l'un de ces side-projects issus de membres féconds de l'UG. En effet, Jerry et Mistake, les deux membres du groupe, réalisent aussi la musique de Légion Mortifère et de Blacksphem Pride. On peut penser ce qu'on veut des side-projects à foison : autant de noms creux, d'étiquettes, de parures derrières lesquelles on trouve toujours la même musique... mais celui-ci présente un certain intérêt. Autant Légion Mortifère produit un black old school bourrin, autant les Chants de Nihil sont plus... chantés, ou plutôt clamés.
Après tout, puisque le projet porte un nom avec \"chants\" dedans, il doit bien tourner autour du chant, non ?

C'est (à peu près) ce qui se passe dans les \"Six leçons\". Contrairement à ce qu'on pourrait croire, tous les albums des Chants ne sont pas axés sur le chant, notamment l'EP \"Ma plus douce vermine\" qui est très largement instrumental. Dans les \"Six leçons\", il y a tout de même pas mal de voix, et c'est tant mieux puisque les hurlements de Jerry donnent une réelle patte à la musique.
Les six titres - chacun comptant pour une leçon - sont denses, longs, atmosphériques. Niveau riffs, c'est lourd, sans être excessivement répétitif bien que la durée moyenne des morceaux avoisine les dix minutes. Les \"Six leçons\" sont de ces albums où l'on trouve des atmosphères particulièrement denses, posées sur une B.A.R. au mid-tempo varié. La quatrième \"leçon\" est une jolie pause au piano.
Même si les \"Six leçons\" ne sont pas extrêmement originales, on y redécouvre, ô joie, un art oublié : celui du dithyrambe. Quand Jerry hurle, il chante en parlant. Il déclame. Avec la musique, ses lyrics décalés forment un tout vivant. On y sent la spontanéité de la colère, l'attirance pour le vide concret du néant. Curieusement, cet album rappelle un peu \"...for a new world\" de Ad Hominem. Dans \"...for a new world\", il y a un côté déclamatoire qu'on ne retrouve ni avant ni après dans la discographie de AH. Toutefois, cet album se caractérise par un esprit haineux et brutal qu'on ne retrouve pas ici. Les \"Six leçons\" reflètent plutôt les désirs fous et fantasmés de leurs compositeurs : ce qu'elles enseignent, c'est le dionysisme, la provocation, l'humilité (si, un peu quand même). D'ailleurs, on ne peut pas rater la cover, avec un beau dessin, qui représente un adulte mettant la main dans la culotte d'une fillette à qui il enseigne le piano. D'après Jerry, ce dessin insiste sur la relativité des coutumes, le fait que les choses auraient pu être légèrement autres qu'elles sont. Si on regarde bien, la fillette ne s'émeut pas du geste. Pour elle, cela est normal, et pour l'adulte aussi. Mais l'interdit de l'inceste est un canon de notre société ; rejeter ses fondements dans le néant, n'est-ce pas un véritable nihilisme, désagrégation esthétique des principes qui fait office de prélude au dithyrambe dionysiaque ?

Un univers poisseux, désespéré et cultivé, blasphématoire et atmosphérique, tel est le contenu des \"Six leçons\". Le style BM n'est peut-être pas le même que celui des dithyrambes originels, mais on ne peut pas ne pas le ressentir ici. Si c'est aussi long que du Burzum, la musique y est un peu plus variée, perdant en hypnotisme au profit de la déclamation.
Pour tous les amateurs d'ambiant, et pour ceux qui aiment le second et le premier degré.

Geodaxia - 6/10