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Lueur Morte : Perdu dans le néant

Jusquiame Productions, 2012

Black Ambient, France

EP Tape

Lueur Morte figure parmi les multiples projets de F. Desolation, musicien prolifique qui erre depuis longtemps entre black metal et (dark) ambient, un spleen tenace toujours chevillé aux notes. Sous cette obscure et lointaine bannière, seules cinq créations ont été enfantées entre 2011 et 2012. "Perdu dans le néant" n’est donc pas nouveau. Ayant d‘abord vu la nuit de manière artisanale il y a quinze ans sous la forme d’un CD-r limité à 50 copies, cette démo séminale a ensuite été rééditée en 2021 par Jusquiame Productions cette fois-ci en cassette et au tirage plus confidentiel encore. C’est dire si l'objet suinte l’underground, le secret connu d’une petite poignée.

Comme souvent avec le maître des cérémonies, esprit solitaire et tourmenté, la musique vagabonde dans un territoire mouvant et brumeux, à la lisière du black metal et de l’ambient, sans réellement appartenir à aucun des deux. Du premier, il puise les guitares osseuses trempées dans la désolation ainsi qu’un chant pollué venu des ténèbres,  du second, une atmosphère prégnante et immobile qui avale toute trace de rythme. L’approche se veut résolument minimaliste, épurée, décharnée même.  De ces arpèges squelettiques que drapent à intervalles irréguliers des voix fantomatiques et tout aussi écorchées s’écoulent un fluide suicidaire. F. Desolation n’a pas besoin de plus que cela pour épandre un mal être qu’on devine absolu comme si demain ne devait plus exister.

Bien que trois pistes le composent, "Perdu dans le néant" semble en vérité ne former qu’un seul bloc, tertre aux limites floues. Volontairement répétitif, l’ensemble a quelque chose d’une errance infinie à travers un brouillard désolé où guitares et chant  résonnent comme les manifestations d’une âme esseulée, transe obsédante qui a la capacité rare d’avaler la lumière et de plonger l’auditeur dans les abymes d’un cosmos funèbre.

Lueur Morte ne s’explique, il se ressent et s’écoute presque religieusement dans sa contrition sévère. Le (re)découvrir si longtemps fait penser à ces astres morts dont la lumière nous parvient alors qu’ils se sont éteints depuis des temps immémoriaux… 

Childeric Thor - 7/10