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Malasangre : Lux Deerit Soli

MALASANGRE - Lux Deerit Soli

I, Voidhanger Records, 2012

Black Doom ésotérique, Italie

CD

Plus les années passent et plus Malasangre semble vouloir larguer les amarres vers un univers toujours plus suffocant. Plus personnel aussi. Tout d'abord architecte d'un Black Metal lesté du plomb Sludge, brouillon à l'époque de A Bad Trip To... (2002), les Italiens, en enrichissant leur art d'une approche maladive voire presque psychatrique aux confins de la mort, à partir du split Church Of The Flagellation , ont gagné en identité. La structure des compositions a suivi cette évolution, passant peu à peu du format court à des durées s'étirant de plus en plus. Déjà à l'oeuvre sur Inversus il y a presque quatre ans déjà, on peut affirmer que Lux Deerit Soli a désormais achevé cette lente maturation.

A l'image de la folie qui gangrène son Black Doom déglingué, Malasangre a cette fois-ci perdu la raison, explosant les frontières et les dernières barrières qui le corsetaient. Le fait que la majorité de ses membres ont mis ces quelques années de silence discographique pour partir explorer des contrées encore vierges et plus barrées encore par le biais du projet CAPUT LVIIIm dont la récente collaboration avec UMBRA NIHIL, JÄÄPORTIT et AARNI ( Yogsothery - Gate I : Chaosmogonic Rituals Of Fear ) n'a pas fini de laisser perplexe le malheureux qui oserait s'y aventurer, n'est peut-être pas étranger à l'engourdissement d'une écriture qui tente de repousser les limites de la lenteur catatonique, d'aller là où aucun autre groupe de Doom n'a essayé de se rendre.

Deux plaintes de plus de trente minutes chacunes sont le cadre de cette exploration aux relents incantatoires dont on ne sort pas indemne. \"Na Ma\", le premier segment, multiplie les coups de boutoir pesants, que souligne avec ses traits épais le chant de gargouille enrouée de ME-OO, avant de se voir percer par des stigmates Ambient. Monolithique et écrasant, le titre suit une trajectoire funeste qui vous engourdit, entre chiantise et oppression, exercice d'équilibre au bord d'un gouffre seulement à demi réussi.

En revanche, \"Sa Ta\", son faux-frère jumeau, s'il épouse une même aride et peu accessible ossature, touche son but, notamment grâce à ses riffs gangrenés par une lèpre obsédante au goût de rouille, qui le traverse tout du long. C'est toujours aussi pétrifié, englué dans la terre d'un charnier mais, dans son jusqu'au-boutisme, Malasangre trouve alors un sens à son art franchement effrayant, bien davantage dans tous les cas que bien des étrons chiés par des satanistes de pacotille.

Malgré ses faiblesses, corollaires d'une structure qui n'échappe pas toujours à l'ennui mais sans laquelle il ne serait pas ce qu'il est, Lux Deerit Soli est une oeuvre exigente, peu aisée à pénétrer car aucune beauté même fugace ne vient en polir la surface. Avis aux amateurs...

Childeric Thor - 6.5/10