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Mesmur : Mesmur

mesmur st

Code666 Records, 2014

Funeral Doom, USA / Australie / Norvège

Code666 Records

Ce qu'il y a de chouette avec la technologie d'aujourd'hui et la dématérialisation, c'est que des musiciens localisés en divers points du globe peuvent tout de même se réunir et monter un groupe !

Tel est ainsi le cas de Mesmur, formation qu'on peut donc qualifier d'internationale, dont les membres sont basés aux Etats-Unis, en Norvège et en Australie ! Pourtant musique sombrement organique, le Funeral Doom que forge cette nouvelle entité ne souffre ni de l'éclatement de ses ressources humaines ni du pedigree finalement assez obscur de ses géniteurs.

Au contraire car ce premier essai éponyme s'impose même d'emblée comme une des plus vertigineuses - et donc aussi une des plus réussies - offrandes que cette chapelle doloriste nous ait offert depuis longtemps, à tel point que celui-ci semble être l'oeuvre de prêtres chevronnés ayant le doom funéraire chevillé au corps. Or ce n'est pas le cas. Le mérite de Mesmur n'en est donc que plus grand.

L'album est de ceux qui se vivent, se ressentent plus qu'ils ne se décortiquent (vainement) dans les moindres détails. Face à cet opus aux allures de bloc austère, sa genèse, sa conception, importent assez peu, pétrifiant sur place le pèlerin qui ose s'aventurer dans ses terrifiantes arcanes. L'oeuvre tire une bonne part de sa réussite de sa pureté. Pureté de traits que ne parasitent jamais aucun kystes extérieurs. Pureté de ton que mine une mélancolie aussi belle qu'absolue.

Entre EVOKEN et MOURNFUL CONGREGATION, Mesmur reste en définitive fidèle à une vision du genre classique, aux frontières d'un death doom rocailleux. Ce qui ne signifie absolument pas que son art soit daté car, grondant d'une véritable puissance souterraine capable de faire trembler les murs. L'opus déroule un menu aux lignes sévères et épurées qu'incarnent cinq longues plaintes dont le pesant monolithisme est brisé, ici par une cendreuse accélération ('Deprivation'), là par de discrètes notes de piano fantomatiques et néanmoins mélodiques ('Abnegate').

Malgré la triste beauté d'une toile enveloppante que tissent les guitares ('Descend'), peu de lumière ne filtre cet impénétrable rideau de brume qu'étend chant d'outre-tombe et rythmique en apnée. Mesmur est comme une marche funéraire sans espoir de retour, plongée dans l'indicible d'une force granitique, route menant à une cathédrale de désespoir dont les parois, froides comme la roche en hiver, s'abîment dans les profondeurs de la terre.

Childeric Thor - 8/10