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Moloch : Horizont

MOLOCH - Horizont

Legs Akimbo Records, 2014

Ambient/Black Metal, Ukraine

12''

Une interrogation pour commencer : Sergiy Fjordsson dort-il ? Mange-t-il ? Va-t-il au petit coin ? Est-il même un être humain ? On peut en effet se le demander quand on contemple la discographie vertigineuse de Moloch qui ne cesse de s'étaler, de bourgeonner, sans compter ses autres projets (SATURN FROM ESSENCE pour n'en citer qu'un) et son label Depressive Illusions au catalogue aussi inégal que pléthorique.

Avec son principal port d'attache, l'homme construit peu à peu, pierre par pierre, une oeuvre monumentale où fourmillent splits et autres EP entre deux véritables albums, une oeuvre qui plonge ses froides racines dans le terreau burzumien. De fait, en disciple sincère de Varg Vikernes, l'Ukrainien partage son inspiration entre le pur Black Metal et l'Ambient solitaire, soit les deux faces d'un même art puissamment mélancolique. Après avoir exploité les traits les plus âpres de Moloch avec le récent Verwüstung , Serjiy en dévoile cette fois-ci les atours les plus hypnotiques avec Horizont , présenté comme un EP mais néanmoins long de 45 minutes.

Si vous aimez les plaintes monotones et immobiles, encloses dans une nuit glaciale, alors cette offrande, vendue sous la forme d'un magnifique picture vinyl, vous est clairement destinée, rêverie glaciale figée par l'hiver à travers ces paysages de Carpates faits de montagnes et de forêts enneigées si chers au musicien qui réussit toujours mieux que quiconque à capter leur sinistre beauté empreinte d'une solitude immense.

Quasi instrumental, Horizont étend son voile brumeux par l'entremise de lancinantes pistes au souffle lugubre. A leur écoute, religieuse et contemplative, on peut presque voir la nuit tomber peu à peu sur ces territoires presque irréels, quand la clarté s'estompe, s'efface tout doucement, avalée par un noir d'encre. Avec quelques notes minimalistes, trame vaporeuse aux allures de suaire glaçant, la musique de Moloch sécrète une tristesse qui semble infinie, qui semble se perdre dans une brume éternelle.

Un seul titre n'est pas instrumental, c'est aussi l'un des plus beaux du lot, ce \"Wenn Die Sterne Nicht Mehr Scheinen\" où se fondent voix féminines qui résonnent comme un écho spectral et riffs pollués cependant que le maître des lieux y hurle tout son désespoir. C'est tout simplement magnifique, déchirant de beauté. Dans cette veine ambient et isolationniste, \"Horisont\" s'impose comme une réussite majeure.

Childeric THor - 9/10