NAASTRAND : Chants d'Europe

NAASTRAND - Chants d'Europe

Sabbath's Fire Records, 2006

Black metal, France

CD

Voilà un album-concept comme on aimerait en voir plus souvent. "Chants d'Europe", première sortie d'une obscure formation nommée Naastrand, contient uniquement (outre l'intro) des chants traditionnels, militaires ou autres, repris à la sauce black metal. Le répertoire est sympathique : quinze chants, dont les ambiances ou l'objet diffèrent de l'un à l'autre. Ca va du "vin gaulois", bonne vieille chanson fêtarde, aux illustres "Lansquenets" en passant par le tragique "Chant des marais" dont le sujet est douloureux puisqu'il a été chanté pour la première fois dans un camp de prisonniers de la seconde guerre mondiale. L'essentiel est constitué de chants milis ("Les commandos", "Les hussards de Bercheny", "Les dragons de Noailles"...) ou tradis ("La butte rouge", "Le verger du roi Louis"...).
Avouez-le, un tel répertoire, ça a de quoi mettre l'eau à la bouche !

En bonne formation UG, Naastrand ne vend pas ses CD dans le premier disquaire venu et il faut se donner de la peine pour trouver leur musique. J'ai dû galérer quelques semaines, le temps de trouver quelqu'un qui connaissait quelqu'un qui avait, etc.
Une fois les morceaux entre les mains, j'aurais pu écouter le CD du début à la fin, comme tout chroniqueur qui se respecte. Ici, le concept était trop particulier pour ne pas me tenter. J'ai donc commencé par les "Lansquenets" (septième sur la tracklist). Des riffs ébouriffants se sont invités dans mon casque (bien fait pour moi, j'avais qu'à commencer par le début comme sur n'importe quel album normal...), avec une guitare ultra-speed, pilonnée par une B.A.R. à fond la caisse, dans un style un peu thrash. Ca ne dure pas : la musique se calme, puis la mélodie bien connue des "Lansquenets" se fait entendre et une voix grave entonne les premières mesures ("Ce monde vétuste et sans joie, Faïlala/Croulera demain..."). Rien à redire, beau chant clair, mélodie respectée avec des petits breaks tout à fait corrects. J'écoute le titre une seconde fois. L'air au début décoiffe, surtout qu'il n'a rien à voir avec la mélodie originale, mais il offre une intro sympathique à ce chant. Après le chaos, l'ordre triomphe !
J'ai écouté les autres morceaux de la même façon, au coup par coup, selon que je connaissais déjà tel ou tel chant - contrairement à d'autres qui m'étaient inconnus. Finalement, il a fallu attendre un an pour que je me décide à tout écouter d'un coup, histoire de faire une chronique pertinente.
La guitare bénéficie d'une qualité de son correcte. Rien de très novateur dans ses riffs, mais les chants en sortent bien portés. La B.A.R. est plus ou moins efficace, parfois ça va, parfois moins (notamment "Le vin gaulois" dont la fin est gâchée par une B.A.R. mal gérée). Naastrand aurait fait beaucoup mieux avec un vrai batteur, même si certains titres s'en sortent très bien (comme le martial "Dragon de Noailles"). Niveau chant, c'est assez inégal. La voix claire est grave et profonde, avec une belle amplitude. On dirait le chant d'un ténor, en plus dur. Cette voix-là donne un relief certain aux chants où on l'entend ("Les hussards de Bercheny", "Les Lansquenets", "Les commandos", "Les chacals"...). Mais, malgré un talent sûr, le chanteur manque de maîtrise. L'amplitude de sa voix fait défaut à certains moments. Et je ne parle ici que de la voix claire, car le chant grogné ressemble à un beuglement de film d'horreur des annés 70. Inutile de dire que ça gâche un peu les titres : au lieu d'exprimer l'horreur d'un verset en appuyant ses paroles, elle lui donne un côté risible...
"Chants d'Europe" se caractérise par un certain amateurisme. Ca a son charme. Sortis des tréfonds de l'âme européenne, ces chants ne pouvaient pas être interprétés selon des critères académiques : seule une interprétation underground pouvait leur donner leur aspect clandestin, discret pour le commun des mortels et exaltant pour les autres. Cela, Naastrand y arrive pas mal, et c'est surtout grâce à un chant clair de bonne qualité qui fait à la fois populaire et "ténoresque".

Si vous espérez mettre la main dessus, il faudra vous armer de patience : le CD est difficile à trouver ! Il faut bien que l'UG soit un peu inaccessible de temps en temps. Sinon, elle ne serait plus l'UG. Heureusement que le téléchargement vous tend les bras, car pour un album-concept comme celui-là, Odin (ou Satan pour les laveyistes) vous pardonnera de n'avoir pas mis la main au porte-monnaie cette fois-ci.

Geodaxia - 7.5/10