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Nosens : The Final Step

NOSENS - The Final Step

Wildness/Lomeanor, 2009

Indus ambiant, France

Numérique

Nosens est un projet musical mystérieux. Si on fait des recherches, il est impossible de savoir qui se cache derrière ce nom ; tout juste sait-on que deux labels, Lomeanor et Wildness, parrainent sa dernière sortie. Et cette sortie n'est que la seule production, car Nosens est encore un projet tout jeune.
Ces deux labels, quasiment aussi inconnus que le projet, ont un point commun : ce sont des \"net labels\", dont les productions sont disponibles en téléchargement et non par CD. Dans le cas de Nosens, la démo intitulée Final Step est en libre téléchargement. Je vous entends venir : comme c'est gratuit, c'est qu'il s'agit encore d'un projet bidon qui cherche à se faire mousser, avec un contenu bâclé et négligé... En effet, c'est souvent le cas, mais pas ici. Car Final Step propose une musique intéressante et difficile à classer.

Etrange, instable, vaguement cauchemardesque, la démo de Nosens repose sur des trames simples mais bien construites. Comment la définir ? Une chose est sûre, c'est que ce n'est pas du metal. Les rares instruments, violons et claviers, se cachent derrière un timbre informatisé et des sons atmosphériques. On pourrait dire que c'est de la musique industrielle. Je dirais plutôt que la musique n'est pas industrielle en elle-même mais reflète l'industrialité.
Final Step est la mise en musique d'un thème précis : la théorie du complot. Chacun des six morceaux porte un nom en rapport avec l'idée de complot mondial, comme le XXXIIIème degré, rituel maçonnique ancien, ou le New World Order dominé par le haut des banques et des lobbies, c'est-à-dire par très peu de personnes malgré un nombre titanesque de rouages aveugles dont chacun fait partie... La musique ne créée pas d'atmosphère. Elle est elle-même l'atmosphère, le quelque chose qui veut régenter. Des notes de piano gouttant ici et là, quelques sons mystérieux, un violoncelle rare : Nosens créée de véritables pièces avec très peu d'éléments. On n'est pas dans le plein mais dans le vide, les circonstances creuses qui peuvent basculer d'un moment à l'autre, et rendre caduque ce qu'il y avait juste avant.
Le voyage commence par \"Novus Ordo Seclurum\", un morceau posé, orchestral, déjà interrogateur et plein d'instabilité. La mélodie n'est pas inconnue à l'auditeur puisqu'elle ressemble au début à un remix du thème de Harry Potter. Puis le remix s'arrête et le no sense commence... Les accords de ce titre sont plus faciles à suivre que ceux des suivants. C'est une sorte de mise en ambiance, de quoi mettre l'auditeur sur la même longueur d'onde que la musique.
Et d'ailleurs... \"Nausea\", le deuxième titre, renvoie à l'individu isolé : le piano qui goutte, le violon informatique reflètent une impression solitaire, peu sûre, qui ne dépasse pas l'esprit d'une monade individuelle.
Dans \"XXXIII Degree\" arrive quelque chose de plus grand. Une sorte de machine secrète, bête agissant dans l'ombre, qu'on entend un peu, et dont on devine qu'elle fait juste assez de bruit pour qu'on l'entende. Exprès. On la sent passer ici et là, mais rien n'est stable...
\"Blue beam\", titre binaire, illustre le cheminement erratique de celui qui cherche une vérité trop précise.
Avec \"N.W.O.\", l'instabilité continue, mais elle prend corps, passe par la guerre (bien réelle) qui elle-même se déroule autant dans le bruit des armes que dans la propagande médiatique assourdissante.
Ce n'est qu'avec \"Haarp\" qu'on retrouve les accords faciles à suivre du début. Le complot se montre, et cette fois, c'est un soulagement, bien que la musique soit ici plus dure. Elle est plus martiale, bruitiste, avec quelques clochetons en sourdine, puis les cris d'un clavier, comme un appel à un monde nouveau dont on ne sait même pas à quoi il pourrait bien ressembler.

Malgré sa jeunesse, Nosens semble être un projet fort intéressant. Final step est la parfaite expression de la théorie du complot, c'est-à-dire autant de la paranoïa de ses adhérents que des entités de pouvoir qu'elle cherche à refléter. Le sentiment de mystère est omniprésent, et plusieurs écoutes sont nécessaires pour en apprécier tous les aspects. Elles se font d'ailleurs sans aucune lassitude.

Geodaxia - 8/10