La Horde Noire Webzine metal extrême depuis 2002

Orbis : Ad Astra

Duality Records, 2024

Stoner / Doom Death, France

Album CD

En 2019, Orbis gravait Eternal Absurd Cycle, première enclume d’excellente mémoire, petite par la taille (moins de 20 minutes) mais déjà grande par ses qualités. Le quatuor messin y remuait un stoner doom instrumental gras et bourru. Il aurait pu continuer dans cette voie, ce qui aurait suffi à notre bonheur. Pourtant, contre toute attente et au bout de cinq années d’abstinence discographique, le groupe se rappelle enfin à notre bon souvenir avec Ad Astra, non sans avoir fait toutefois évoluer sa palette. Celle-ci demeure certes toujours aussi rugueuse et riche en plomb mais, garnie de lignes vocales, n’est tout simplement (presque) plus instrumentale.

Pour autant, le changement n’est pas aussi brutal qu’il semble l’être et ce premier vrai LP ne rompt pas tout à fait avec le style de mise sur Eternal Absurd Cycle dont il conserve ce sens de l’accroche pesante un peu à la Electric Wizard ou Witchthroat Serpent (avec lequel le groupe a tourné), témoin ce ‘Ainsi soit-il’ dont la dernière partie tricote au bord d’un gouffre des instants lourdement hypnotiques qui confinent à la transe. De même, ‘Sitting On The Edge The Word’, tout en progression et nimbé de sonorités brumeuses comme échappées d’un orgue Hammond antédiluvien, illustre que les musiciens n’ont pas totalement renoncé à la formule instrumentale.

Il n’en demeure cependant pas moins que le chant du bassiste Théo Marchal, digne d’une foreuse pénétrant la croûte terrestre jusqu’à l’os fait plus qu’assombrir avec une dureté inédite un contenu qui non seulement affole toujours autant le compteur Geiger mais fait surtout plus que s’abîmer dans un marécage patibulaire aux confins d’un doom death  bizarrement fuzzy. Il en résulte un album qui balance entre stoner enfumé dont les racines affleurent nettement à la surface (‘Nebulous Coma’) et dolorisme caverneux (‘Hell Is On Earth’). Les guitares sont à l’image de ce grand écart, tour à tour noyées sous les effets (‘Wormhole’) ou grondant d’une puissance sismique (‘Sovereign’) qui arrache la tapisserie et fait trembler les murs.

Nonobstant la solide tenue du EP Eternal Absurd Cycle, il est néanmoins évident que Ad Astra propulse Orbis dans une autre dimension, à la fois plus hargneux qu’auparavant sans se départir de ce magma psyché voire cosmique que charrient ses veines goudronneuses. En définitive, ce doom (death) nébuleux sied parfaitement aux Français dont on espère qu’ils n’auront cette fois pas besoin de cinq (trop longues) années pour enfanter leur album suivant ! (05.04.2024)

Childeric Thor - 8/10