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Raspail : Dirge

Auto-production, 2016

Funeral Black Doom Metal, Italie

Album CD

On ne sait finalement que très peu de choses sur Raspail, hydre à trois têtes venue de Rome et dont les membres s'affichent le visage volontairement caché. Mais son origine italienne apporte toutefois un indice précieux quant à la nature d'un art qu'on devine ténébreux, cryptique même, cette terre ensoleillée servant d' humus à une noirceur souvent caverneuse, que l'on songe aux ancêtres Forgotten Tomb, Abhor ou Tenebrae In Perpetuum, véritables peintres des abîmes.

S'il partage avec ceux-ci un goût identique pour les ambiances crépusculaires, Raspail se distingue cependant de ses aînés par ses traits plus funéraires encore et un mot, plus doom. Un doom (forcément) mortuaire mais rongé de l'intérieur par de nombreuses influences, death, black et son enfant bâtard le shoegaze. Cette palette riche de nuances constitue tout le sel de ce Dirge séminal et néanmoins déjà totalement maîtrisé.

Que celui-ci soit le fruit d'un long processus créatif ne surprend guère tant il est évident que tout dans cet opus a été pensé, élaboré, dans les moindres détails, de l'artwork, superbe, à cette lente progression dont on sent qu'elle n'est pas le simple agrégat de compositions mises bout à bout mais qu'elle se veut au contraire la trajectoire bien définie d'un récit pétrifié. Corollaire de cette construction  en plusieurs actes successifs, Dirge se doit d'être appréhendé comme un tout, un bloc indivisible auquel une approche morcelée ôterait une bonne part de la magie qui l'habite.

Si le spectre d'Esoteric le recouvre de ses tentacules démesurés, notamment pour cette expression d'une sinistre luxuriance extrêmement marquée sur l'inaugural The Wanderer, cependant que certaines lignes de guitares encroûtées par une tristesse obsédante, comme sur la pièce éponyme, l'arrime au death doom ancestral (Ver Sacrum), l'opus possède toutefois un caractère presque aérien (One Step More To The Void), à des années lumière de la puissance aussi abyssale que cosmique du maître britannique. Ne s'enfonçant jamais aussi loin dans les profondeurs telluriques que Greg Chandler, le chant de Ianus, quoique caverneux, reste davantage à la surface d'une terre meurtrie qu'il creuse néanmoins tel un burin érodé par un douloureux désespoir. Etirant un tapis évanescent, les claviers nimbent ces longues pistes d'un suaire quasi romantique mais un romantisme sombre, écrit à l'encre noir d'une vie tragique. A la manière d'un fragile pinceau, la guitare de Israfil tisse des notes qui résonnent comme un ressac infini charriant une beauté sourde et déchirante (We Should Not Grieve).

Sonnant parfois presque trop mélodique pour les plus ténébreux, Raspail n'en égrène pas moins un spleen rocailleux qui suinte le long des parois vertigineuse d'une cathédrale dont les fondations sont minée par une faute impardonnable...

Childeric Thor - 7/10