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Reverie : Isolation

REVERIE - Isolation

Kampas Records, 2007

Black metal atmosphérique, Etats-Unis

CD

\"Isolation\" porte bien son nom. Il est issu d'un projet musical peu connu, Reverie, et n'en est que la première (et unique) production. Il vient des US, de distros mystérieuses où nous autres européens n'avons pas l'habitude de commander. Et quand on le reçoit, tout dans l'objet donne un sentiment d'isolation. En guise de packaging, quelques photos de grands paysages américains. Des arbres, des montagnes, une forêt ou une plaine. Seule construction humaine, une fermette cachée derrière le CD, petite maison de bois noir au milieu d'un champ de blés mûrissants.
Pour parachever ce sentiment qui transpire de la galette, il y a \"Unknown\", étrange inconnu et seul musicien aux manettes du projet.

Et la musique ? Elle suit. Totalement. Une intro acoustique de quelques minutes fait plonger l'auditeur dans une vague mélancolie, similaire à celle qu'on ressent lorsqu'on est tout seul au milieu d'un paysage beaucoup plus grand que nous. Peut-être la méditation de l'homme isolé... Lentement mais sûrement, on s'y enfonce, jusqu'à ce qu'une grosse gratte vienne nous tirer de notre torpeur.
Reverie joue un black atmosphérique tout à fait majestueux. Les tempos varient : ils sont souvent lents, hypnotiques, vaguement mystiques mais peuvent tourner au martèlement frénétique (notamment sur les deuxième et quatrième titres) ou s'effacer complètement pendant les parties acoustiques. Un vrai batteur accompagne le tout, ce qui nous change des B.A.R. mal programmées dont se contentent beaucoup de projets UG, et donne à Isolation une profondeur insondable. Des riffs atmos, tantôt lents, tantôt accrocheurs, lorgnant parfois sur le heavy, une batterie au jeu varié, quelques aigüs discrets : les instruments sont peu nombreux, mais Reverie en tire le meilleur parti et tout fonctionne parfaitement. On s'y laisse prendre.
Dans le premier titre, \"The day I left\", la guitare acoustique commence et achève ; le deuxième, \"Illusional escape\", commence de manière assez doom avant de tourner à une sorte de speed déchiré... Le nom des titres correspond bien à leurs atmosphères. Reverie joue une musique dense sans être lourde, contrastée par des passages acoustiques plus légers.
Ecoutée le soir, cette galette prend tout son sens. Que l'auditeur soit triste, calme, amusé, il suffit d'être dans une atmosphère nocturne, ou dominée par un ciel bleu infini, et on s'imagine facilement dans la fermette close au dos du CD, enfermé dans la petite maison de bois, elle-même cernée par un immense champ...

Tout dans \"Isolation\" n'est pas forcément méditatif. On y trouve un aspect particulier, qui laisse rêveur et accroche sans agresser. Pourtant, c'est bien du black ! Les passages bourrins, atmos, acoustiques se suivent parfaitement et forment un tout qui ne lasse pas. Ajoutons-y un absence de sens, aucune référence à un terrain connu, rien que l'absence d'objet concret mis en avant : Reverie ne laisse pas à l'auditeur le temps de penser à autre chose, il capte l'attention, emmène dans un lieu mystérieux... jusqu'à la fin de l'\"Isolation\" !
Dans la mesure où ce CD vient des Etats-unis, il est difficile de se le procurer dans nos contrées, à moins que vous ne soyez prêt à banquer pour les frais de port. Si vous avez l'occasion de le commander en distro européenne, précipitez-vous. C'est une perle de l'UG qui vaut vraiment le coup.

Geodaxia - 8.5/10