Auto production, 2026
Black Metal, France
Album Digital
Après une première plongée remarquée ("L’acier victorieux"), Tombeaux de fer reprend la mer avec "Le convoi de la mort". Celui-ci ne se présente pas comme un album ni même un EP, contrairement à son prédécesseur, mais comme une compilation, forme curieuse pour un projet encore tout jeune. Au vrai, cela n’a pas tellement d’importance, son intérêt principal se nichant ailleurs, dans les boyaux métalliques de ce black metal belliciste et sévère, bouillonnant d’une sève ferrugineuse.
Pour ceux qui ne le connaitraient pas, sachez que Tombeaux de fer est l’expression de la singulière passion de son créateur, le seul Morkhor (Narbarion), pour les U-Boots. Singulière mais pas incohérente, ni avec le genre pratiqué dont la noire brutalité se prête à une thématique guerrière, ni pour elle-même, tant il est permis d’être fasciné par ces monstres de ferraille et la vie qui s’organisait dans leurs entrailles. Car la guerre et son exaltation n’est pas le propos du musicien qui cherche bien davantage à capter à la fois la majesté martiale de ces titans des profondeurs et le quotidien des hommes serrés dans ces prisons de fer, leur courage, leur fierté, leur peur aussi.
Cet univers dicte à Morkhor un black metal abrasif qui tout du long tabasse, emporté dans un tourbillon oppressant, hurlant du son des sirènes. "Le convoi de la mort" est édifié dans à peu près la même carcasse que "L’acier victorieux", blockaus aussi trapu que tendu dans le ventre duquel s’entassent des blitzkriegs survoltés répondant au nom de sous-marins allemands (U-123…) et qu’achève une immersion instrumentale aux allures de bathyscaphe désolé. S’enchaînant les uns aux autres à la vitesse d’un V2, les titres semblent n’en former qu’un seul, descente dans les abîmes sans espoir de retour à la surface. Musicalement, Tombeaux de fer navigue dans les eaux agressives et radicales du meilleur Hate Forest (‘U-183’), grondant de haine mais parfois hypnotique dans sa mélancolie obsédante (‘U-Bunker’). Parce qu’au fond de ces coursives avalées par les ténèbres suinte toujours une espèce de beauté sourde et obscure qui rend le tout presque mélodique dans son âpreté furieuse.
Prélude à un prochain EP ("Les spectres de la guerre"), "Le convoi de la mort" confirme autant la particularité de Tombeaux de fer que son habileté à faire rugir un black metal trempé dans l’acier.