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UHL : Habitant des tempêtes

Auto production, 2024

Black Metal, France

Album CD

Malgré ses déjà dix-sept ans au compteur, UHL demeure encore relativement méconnu au sein de la chapelle black metal. Sans doute, cette confidentialité n’est pas pour déplaire à un groupe qui cultive depuis toujours un certain mystère et ne fait rien pour s’extraire des soubassements du genre. Il y a en effet chez les Français quelque chose de froid, de radical, une espèce de sévérité qui puise peut-être son origine dans la terreau géographique et culturel qui les a vu naître.

Le nom de ce duo suffit déjà à intriguer, à la fois énigmatique et abrupt. Le fait qu’il s’associe le temps d’un split à des formations toutes aussi singulières tels que Lichens ou Karcavul participe également d’un microcosme obscur connu que d’une poignée d’initiés. Enfin, si le chant, rugueux, est assuré par une femme, la guitariste Cécile, cela ne s’entend guère et ne commande de toute façon aucune délicatesse particulière. Elle et son comparse Johan ne sont que des silhouettes, des créatures qui évoluent dans une nuit noire. Pourtant par son refus de tout compromis et de cette volonté farouche de demeurer inféodé aux ténèbres, UHL se veut furieusement black metal dans l’âme et dans l’esprit. Son art est à l’avenant, glacial et orthodoxe, nocturne et obsédant, et auquel les textes en français confèrent une négative à la fois poétique et philosophique.

Précédé par de nombreuses démos, splits, EP et un premier LP ("Velchans"), "Habitant des tempêtes" a été publié il y a bientôt deux ans. De fait, cette chronique arrive un peu tard. Ce n’est pas grave car, pour toutes les raisons évoquées plus haut, UHL a le temps long pour lui. Reste qu’il aurait été dommage de passer à côté de ce second méfait, concentré d’un black metal souterrain aux morsures grésillantes. Coupé en deux par un instrumental ambient et sinistre (‘Ceux qui t’atteignent’), le menu se répand par l’entremise de cinq pulsations la fois rampantes et torrentueuses. Toutes sillonnent, râclent les profondeurs dont elles extraient une semence abrasive. Mid-tempo ferrugineux qui s’emballent cependant (‘La foudre entre ses mains’) et marée noire rapide (‘Neuf nuits’) remplissent cette caverne dont les parois suintent un sourd désespoir (‘Ainsi tombait le feu du ciel’).

Mais comme toujours UHL est difficile à cerner tant il demeure attaché à une expression faussement basique, directe tout en étant reptilienne, véloce tout en tentaculaire. Ce qui ne le rend pas moins culte dans son genre. 

Childeric Thor - 7.5/10