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Umus : Voidlit

Aesthetic Death, 2026

Funeral Doom, Russie

Album CD

On ne sait pas grand-chose sur Umus si ce n’est qu’il réunit depuis 2024 trois musiciens, ombres anonymes qu’une simple lettre désigne. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Sont-il réellement des êtres humains d’ailleurs ? La question mérite d’être posée, tant leur art, opaque et autarcique, semble avoir été ruminé depuis les arcanes de l’indicible, fosses abyssales que la lumière ne peut atteindre. En vérité, formé par des membres de Crust et Sönma, le groupe est né dans le permafrost russe, ce qui revient un peu au même en fait.

Deux autres indices précieux aident à cerner davantage la bestiole, à planter le décor, noir et labyrinthique. Evidemment. Le premier est fourni par le nom du label grâce auquel on découvre aujourd’hui ce projet énigmatique, Aesthetic Death, puisque c’est de lui dont il s’agit, charriant une réputation doloriste hautement respectable, peu habitué à signer ni n’importe quoi ni du très abordable. Le second indice tient à la personne de Greg Chandler qui a masterisé "Voidlit" dans l’antre de ses Priory Recording Studios, figure légendaire de la chapelle doom dans son crédo le plus extrême et funéraire. Ce n’est pas un hasard si Umus cite Esoteric (la formation de l’Anglais pour les rares puceaux qui ne le sauraient pas) comme l’une de ses influences, aux côtés d’Evoken ou Ahab.

Vous l’aurez donc deviner, nous parlons là de doom sévèrement mortuaire. Voix d’outre-tombe qui résonnent comme un lointain écho, guitares avalées par l’obscurité, tour à tour grêleuses ou imposantes (‘Oblivion’) et batteur qui a le temps d’aller pisser entre deux coups de caisse claire, ce qui ne lui interdit pas quelques rouleaux venus des abysses, érigent un puissant édifice souterrain que seul un bathyscaphe peut parvenir à explorer, glissant dans ses fentes ténébreuses pour y puiser son suc, précieux et funèbre. Umus cherche moins à révolutionner le funeral doom, qui de toute façon n’en demande pas tant, qu’à en capter l’essence, terrifiante et belle à la fois (‘Voidlit’ et son chant clair et sentencieux).

Peu nombreuses, les complaintes s’étirent toutes au-delà des dix minutes (à l’exception de la dernière d’entre elles, et de peu) selon les tables de la loi qui régissent le style. Mises bout à bout, elles incarnent les marches successives d’une agonisante et pétrifiée descente dans un monde de douleur et de solitude infinies. Mais il est toujours permis de déceler une forme de majesté grondante  dans les replis de ces morceaux d’abîme, à l’image de ce ‘Ghost Of Grief’ aussi monstrueux que vertigineux dont les cavités laissent elles aussi échapper de timides voix claires à la gravité solennelle, râle qui loin de l’éclaircir, l’encrassent plus encore d’un désespoir funèbre.

"Voidlit" est une leçon de funeral doom dans sa définition brutale et viciée, sans pour autant être exonéré d’une beauté distante et lugubre qui le rend en définitive relativement plus accessible que ce que son artwork sinistre et effrayant laissait craindre. Cela doit vous suffire pour plonger dans ses méandres, sans espoir de retour…. 

Childeric Thor - 8/10