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Vacant Eyes : A Somber Preclusion Of Being

Auto production, 2020

Funeral Doom, Etats-Unis

Album CD

Américain de sol, Vacant Eyes se veut en revanche plutôt scandinave de cœur, suédois, plus particulièrement, comme en témoigne "A Somber Preclusion Of Being", son tardif premier album (le groupe est né il y a presque dix ans déjà), toutefois préparé par le EP "The Dim Light Of Introversion" survenu en 2014. Le mastering assuré par l'incontournable Jens Bogren et les glaciales racines dark doom extraites de l'œuvre de Katatonia, pour la tristesse funèbre, ou d'Opeth, pour les velléités progressives, participent notamment de cet ancrage dans les terres septentrionales européennes imbibées d'un éther nocturne et poétique.

Le cadre est ainsi posé, temple d'un funeral doom plus sophistiqué que suicidaire, plus élégant que lugubre. Froidement mélodique donc. Le chant taille des gorges profondes spéléologiques, les guitares, belles et engourdies, tissent une toile obsédante dont chaque fil est une note de désolation, les claviers répandent une brume fantomatique quand ils n'égrènent pas de doux rais de lumière et une voix féminine caresse avec parcimonie une de ces six complaintes. Elève appliqué, Vacant Eyes récite non sans un brio certain et un sens de l'emphase bourgeonnante, un credo mortuaire éprouvé mais ô combien toujours aussi efficace et évocateur.

Les esprits mélancoliques glaneront dans cet opus matière à nourrir leur spleen avec un plaisir aussi délicieux que masochiste. Pourtant, outre une certaine propension à afficher des traits parfois plus mielleux que douloureux (à l'image de ce 'Induced Desolation' au demeurant magnifique), "A Somber Preclusion Of Being" ne possède que deux (relatifs) défauts. Le premier réside dans sa durée pantagruélique. 75 minutes, c'est long, trop long surtout et ce, quand bien même la qualité du contenu ne saurait susciter la moindre réserve tant dans son écriture minutieuse que dans son exécution impeccable. Reste que les Américains auraient sans doute gagné à donner quelques coups de ciseaux à un menu difficile à ingurgiter d'une traite sans en perdre une partie de son précieux suc. Qu'aucun titre ne descende en dessous de la barre des huit minutes n'aide pas non plus à une pénétration que mitent quelques baisses d'attention.

L'autre défaut, par ailleurs complémentaire du premier, tient dans le fait que l'album démarre trop fort par un monumental 'A Colorless Eternity' dont les dix-sept minutes, non seulement justifient à elles seules l'écoute de ce disque, mais résument admirablement l'expression développée par Vacant Eyes, mêlant puissance émotionnelle, virtuosité technique et science de la progression et des atmosphères à la fois délicates et pétrifiées. Une telle entrée en matière place la barre très haute, trop haute sans doute car, nonobstant la très belle tenue des cinq pistes suivantes (dont 'A Timeless Vault' ou  ce 'An Essence Of Anguish', funéraire à souhait), elle a pour conséquence d'écraser quelque peu ces dernières.

Il n'en demeure pas moins que "A Somber Preclusion Of Being" s'impose comme une œuvre brillante dont le péché d'excès dont elle souffre, l'empêche d'être totalement incontournable. Gageons que si les Américains poursuivent sur cette superbe lancée, nous pourrons alors les compter parmi les maitres du funeral doom du nouveau continent. 

Childeric Thor - 8/10