Argonauta Records, 2025
Stoner Doom, Allemagne
Album CD
Duo allemand, Vast Pyre sculpte un stoner doom ultra massif dont les influences font plus qu’affleurer à la surface de processions creusées au burin, telles que Electric Wizard (pour le chant enfumé), YOB ou Monolord. C’est donc du lourd, du pesant, du qui scotche au mur, guitares accordées plus bas que terre, batterie tellurique aux allures de plaques tectoniques en mouvement. Mais pas de basse, ce qui ne s’entend pas. Quant aux visuels empruntés au regretté et torturé Zdzisław Beksińsk, ils ne ne disent pas autre chose d’une musique ferrugineuse, la forme granitique, le fond morbide. Bref, Vast Pyre ne rigole pas vraiment.
Il n’invente rien non plus. Mais ce n’est pas tellement grave car le doom est de toute façon moins une question d’originalité, d’audace, qu’une affaire de puissance souterraine et désespérée. Et dans ce domaine plombé, Alexander (guitares) et Christian (chant et batterie) n’ont clairement aucune leçon à recevoir puisqu’ils ont bien appris la leur. Comme son nom l’indique, "II | Bleak" est leur seconde enclume et la mort l’enserre tout du long. Elle fait surtout mieux que transformer l’essai, retable monumental dont chaque pan brille d’un éclat funèbre. Tout cela pourrait paraître ankylosé dans un monolithisme un peu lassant. Il n’en est pourtant rien car les Teutons parviennent toujours à rendre leur art, immobile par nature, varié et nuancé (toute proportion gardée évidemment).
Ici une accélération, assez timide toutefois (‘The Untold’), là, emphase fantomatique et claviers hantés comme échappés d’un tertre de funeral doom (‘Beneath The Surface’), ailleurs guitares constamment au bord de la rupture (‘Tenebrosy’s Path’) jonchent un menu néanmoins pétrifié dans sa force magmatique. Un chant qui reste finalement assez mélodique et des velléités accrocheuses (l’amorce ‘Begotten’, superbe et marqué du meilleur d’Electric Wizard) ne suffisent donc jamais à entamer la chape de plomb qui s’abat sur nous. Chaque plainte forme une marche successive vers l’indicible jusqu’au terminal et bien nommé ‘Perdition Fatal’, bathyscaphe désolé qui s’enfonce dans les profondeurs des fosses Marianne sans aucun espoir de retour. Dans ses dernières minutes, le rythme se fait tellement lent et engourdi sous les coups de boutoir de cette guitare corrosive accouplée à ces rouleaux de batterie se fracassant dans une nuit sans fin, que le temps paraît suspendu, ultime souffle avant d’être cueilli par le mort.
Osons l’affirmer, "II | Bleak" s’impose parmi les albums de doom les plus orgasmiques de l’année 2025. Peut-être même le meilleur d’entre eux. Encore peu connu, Vast Pyre réussit une entrée fracassante dans la cour des grands.