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Wedard : Einsamer Winterweg

WEDARD - Einsamer Winterweg

Made with Hate Records / Occultum Productions, 2006

Black metal hivernal, Allemagne

CD

D'abord two-men-band inconnu du milieu UG, Wedard s'est fait une réputation grâce à un BM froid et dépressif placé sous le signe de l'hiver. Beaucoup de splits, quelques EP et albums... Einsamer Winterweg est sorti en 2006, chez Made with Hate records et feu Occultum Productions. Il paraît que c'est \"culte\". Personnellement, je ne vois pas trop pourquoi Wedard serait spécialement \"culte\", d'autant que sur les 500 copies de l'album, toutes n'étaient pas écoulées à la mort du label, c'est-à-dire au bout de trois ans !
Qu'on se rassure : même sans cultitude, Wedard a de quoi en intéresser plus d'un.

Comme son nom l'indique (il signifie \"chemin d'hiver solitaire\" dans la langue de Sternenfrost, le leader du groupe, cependant n'importe quel anglophone aura remarqué le mot \"winter\"), Einsamer Winterweg contient un BM hivernal et enneigé.
Dès les premières secondes, la batterie déroule un rythme lancinant, mid-tempo, tandis qu'un clavier lent s'empare de nos oreilles sur fond de riffs hypnotiques. Si le synthé se fait entendre dès le début, il n'est pas du tout récurrent : ses apparitions, soigneusement dosées, font penser au murmure sans fin du vent dans les bois, ou aux bips lancinants d'une dameuse sur une piste de ski, c'est selon, avec des sonorités tubulaires qui donnent un écho étrange aux moments où il apparaît. Le chant, profond et rauque, se montre lointain. Est-ce la voix de l'hiver ? Est-ce le fantasme du promeneur solitaire qui chemine sous la neige ?
Riffs de guitare ou batterie, tout semble étouffé, mirifique et froid. Les mêmes tempos (mid surtout) ressortent souvent, les mêmes riffs aussi. Pourtant, et en dépit d'une longueur de plus de huit minutes pour chaque morceau, on n'a aucune sensation de répétition. Une fois plongé dans l'univers de Wedard, l'auditeur est dans le même état que celui qui regarde la neige tomber depuis l'intérieur de son chalet. EW est mélancolique, éternel, vaguement bercé d'éternité.
Profond et lancinant, EW n'est ni triste ni glauque, à l'exception peut-être du titre \"Winterdepression\". On n'est pas très loin de Burzum. Mais si les galettes de Vikernes reflétaient l'esprit torturé de leur géniteur, celle-ci serait plutôt le miroir du spectacle de l'hiver. Le vent ou les orages, la voix qui devient parfois si aigüe qu'elle semble se confondre avec des hurlements de loups... A l'écoute, cela donne envie de s'endormir pour sombrer dans des rêves hivernaux.

EW - et c'est souvent le cas chez Wedard - repose sur des variations autour de mêmes riffs. Deux ou trois breaks, quelques moments plus rapides ou orientés lead, viennent conclure les séries de mélodies hivernales alignées par les titres. Avec même quelques surprises à la clé !
Si vous aimez Paysage d'hiver, Vinterriket... il va de soi que cet album va vous plaire. Ou plutôt, que vous le connaissez déjà. Pour les autres, faire corps avec la neige qui s'amoncelle dehors n'a jamais fait de mal à personne. Vous regarderez les sapins d'un autre oeil, vous serez un peu entrés en eux. Bien entendu, tout cela est dépressif à souhait, comme le blanc qui recouvre uniformément les montagnes et les forêts en cette saison. Sans inventer l'eau froide, Wedard nous donne ici une galette d'honorable facture, avec des morceaux bien agencés - la fameuse organisation germanique ? - qui se laissent écouter sans lassitude les soirs d'enneigement.

Geodaxia - 8/10