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Préambule à une mythocritique des Bronzés !

Delirium

Vous avez nombreux à réagir aux propos de Maldoror sur le R'N'B ; vous saviez dorénavant quelle musique le faisait gerber. Et bien maintenant, vous allez découvrir sa référence cinématographique ultime: les films des "Bronzés" ! Et attention, le sieur Maldoror ne plaisante pas sur le sujet...un blog est même ouverts sur le sujet ! Laissons-lui la parole :

Pourquoi un blog consacré aux deux premiers Bronzés ? Ne connaît-on pas déjà ces films par cœur, et dans leurs moindres subtilités ? Y a-t-il encore des secrets à révéler sur cette longue suite de répliques cultes et de sketchs éculés ? L'on pourrait, en effet, douter de l'intérêt d'un tel travail, en repensant aux "Vivement Dimanche" spécial Splendid, ou à la pathétique rubrique "Zapping Culte" du torche-cul Entrevue, qui se sont inlassablement appesantis sur les frasques de Popeye ou de Jean-Claude Duce. Mais il semble que ce radotage médiatique n'ait saisi le film que dans ses aspects les plus grossiers, pour laisser un mystère intact. Une question qui, depuis plus de deux ans, taraude les rédacteurs de ce blog : comment cette critique des mœurs d'une époque on ne peut plus précise, la fin des 70's (une époque à laquelle nul d'entre nous n'était né...) a t-elle pu avoir un attrait si durable et si "universel" ? Comment cette saga ultra-datée peut-elle encore séduire à l'heure actuelle ?
25 ans après leur genèse, les deux premiers épisodes des Bronzés demeurent à la pointe de l'humour franchouille, là où les séries des Gendarmes, des Sous-Doués ou des Bidasses (on pourrait même ajouter les Visiteurs à la liste) sont marquées du terrible sceau de la ringardise. Les répliques de Jean-Claude Duce circulent aussi bien dans les cours de récréation, que chez les supporters des Verts ou à un colloque de la Sorbonne. Et l'on s'étonne de voir une banale comédie fasciner la France dans son ensemble, du simple prolo aux grands universitaires.

Mais s'agit-il seulement d'une comédie de mœurs ? Patrice Leconte et le Splendid ont lancé, en 1979, un véritable brûlot, une charge réjouissante contre la beauferie 70's. Cependant les Bronzés, c'est beaucoup plus que cela. L'on croit, en effet, déceler, parmi les gags égrillards et les moments de pure vulgarité gauloise, quelque chose de fort, de puissant, qui expliquerait l'influence durable de ces films sur l'humour et l'imaginaire français. Tout au long de ce qui paraît n'être qu'une satyre, Clavier, Lhermitte et leurs ouailles s'attachent, en fait, à incarner de grandes notions, la grâce (Jérôme), la puissance (Popeye) ou l'angoisse d'être au monde (Jean-Claude Duce), et convoquent pour ce faire les augustes figures de la mythologie antique. Un véritable souffle épique, il est vrai peu perceptible au premier abord, vient alors traverser l'œuvre.
Bien plus que des caricatures, les vacanciers de Galaswinda sont ouvertement inspirés des personnages bibliques et mythologiques. Ainsi Popeye, avatar décadent d'Hercule, multipliant les hauts-faits dans un monde où les valeurs d'héroïsme et de courage semblent tombées en désuétude (mais tout n'est pas si clair, et nous y reviendrons). Le film fait revivre les grands mythes (les 12 travaux d'Hercule, bien sûr, mais aussi le Déluge, la chute d'Adam et Eve...) tout en les écornant. Il semble que Patrice Leconte et le Splendid aient construit, avec cette saga, une mythologie personnelle et décadente, un système théogonique singulier mais toujours cohérent. Des univers d'Ovide ou d'Homère, ils font surgir un héros (ou du moins, l'un des caractères de ce héros) pour le faire évoluer dans le monde moderne, où les valeurs antiques ne sont bien sûr plus de saison. Soumis à cette terrible épreuve, le personnage perd son statut de héros traditionnel, et adopte des traits plus vils, plus contraires à sa nature. Sur l'île de Galaswinda vont alors s'agiter des figures hybrides, prises entre l'archétype et le stéréotype, le dithyrambe et la caricature. Héros ou anti-héros ? L'on ne saurait dire.
Des personnages oxymoriques, à l'image d'un film à mi-chemin entre l'épopée et la comédie. Derrière les hâbleries de Jérôme, ou les piètres exploits de Popeye, c'est la consomption de l'univers épique que Leconte donne à voir. S'il s'agit bien là d'une épopée, ses épisodes se déroulent dans l'âge de fer, l'ère de la démocratie, où la pleutrerie vaut l'héroïsme, la bassesse, la vertu, et l'immondice, la grâce.
Analyser les Bronzés au prisme de la mythocritique n'est pourtant pas suffisant. Une telle lecture n'amènerait qu'une compréhension partielle, et occulterait des aspects essentiels de l'œuvre : le foisonnement de références aux courants philosophiques et artistiques (l'on songe notamment à Jean-Claude Duce et à son imaginaire baroque, à Bernard découvrant l'art brut, ou encore à Jérôme revisitant le mythe du bon sauvage...), mais surtout les parenthèse de pure sensibilité (l'émouvante discussion de Popeye et de Jérôme dans la voiture de ce dernier, dans «Les Bronzés Font du Ski»), qui confèrent une indéniable consistance aux personnages.

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Maldoror