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Honoré Fragonard, le sculpteur de morts

Arts noirs

Tout le monde connaît, au moins de nom, le peintre Jean-honoré Fragonard. Mais combien ont déjà entendu parlé de son cousin germain, contemporain au brillant peintre, Honoré Fragonard, fondateur et directeur de l'École vétérinaire d'Alfort ?

Née a Grasse en 1732, Honoré fit de études afin d'exercer la profession de chirurgien puis exerça comme professeur à l'université de Lyon, où il commença a réaliser des pièces anatomiques. En 1765 il parti pour Paris où Louis XV lui demanda de fonder une école vétérinaire. Celle ci s'implanta en définitive à Alfort. H. Fragonard, anatomiste, s'était spécialisé dans la conservation des corps, a des fins scientifiques et tout particulièrement à des fins pédagogiques, pour illustrer ces cours d'anatomie. Il aura traité plus d'un millier de sujet à sa mort, et seulement quelques dizaines nous seront parvenues en état, dont une vingtaine au musé d'Alfort.

Fragonard - Foetus Dansants

F?tus Dansants

H Fragonard préférera aux techniques de la cire, papier mâché ou formol celle du montage de corps deshydratés injectés de résine pour la création de ses "écorchés", cadavres dépourvus de peaux.

Si la nécessité de disposer d'exemples réels peut être facilement compréhensible pour la démarche scientifique, là où l'interrogation se fait est quant à la nécessité des pauses que Fragonard donne à certains de ses écorchés, des pauses théâtrales, dramatiques, effrayantes. Quand Fragonard, découpe, modifie les muscles, afin de leur donner un aspect plus esthétique. Il s'éloigne alors de la démarche purement scientifique, en témoignent les impressionnants Cavalier de l'Apocalypse et L'Homme à la Mandibule .

Fragonard - Cavalier de l'Apocalypse

Le Cavalier de l'Apocalypse

Le premier est une évocation du tableau du même nom de Dürer, il faut imaginer ce cavalier tenant la bribe d'une main, un fouet de l'autre et entouré de préparations de f?tus montant des cadavres de moutons, telle est la scène que Fragonard aurait réalisé... plutôt effrayant.

Fragonard - L'Homme à la Mansibule Le second, L'Homme à la Mandibule , aurait bénéficié d'une mise en scène tout aussi agressive. Certaines parties du corps (nez, lèvres) auraient été retravaillées afin de donner une impression plus forte dans cette adaptation de Samson contre les Philistins. De telles dispersions ainsi que de nombreux conflits avec Claude Bourgelat conduiront à son renvois de l'école vétérinaire d'Alfort. Il continuera cependant la production d'écorchés, pour des cabinets privés, amateurs de son talent. Apres la revolution, où il fut actif, il fut nommé directeur des recherches anatomiques à l'ecole de Santé de Paris et y mourut en 1799.

Après avoir voulut effacer jusqu'a son passage, l'école vétérinaire d'Alfort réhabilita Fragonard, et c'est en son sein que l'on peut trouver le musé Fragonard où réside la plus importante des collections d'écorchés qui nous soient parvenus. Ce musé autrefois réservé aux étudiants en médecine est aujourd'hui ouvert au publique. On peut y découvrir a coté des vingt et un écorchés d'autres préparations, masques mortuaires, ou anomalies physiques congénitales ou dégénératives.

Fragonard - Adam

Adam

La fascination que peut exercer H. Fragonard vient avant tout de la matière qu'il a travaillé. S'il serait déjà choquant aujourd'hui pour bien des gens de faire de telles préparations, imaginons alors ce que pouvaient en penser ses contemporain a la fin du XVIIIème siècle ! Il y a aussi bien sur les rumeurs, en particulier sur la provenance des corps utilisés facile a l'époque en particulier sur celui du cavalier de l'apocalypse. Celui ci aurait été celui de la fille d'un épicier d'Alfort dont les parents aurait refusé le mariage avec Fragonard. Rumeurs démenties (dans le cas du cavalier, le corps avait un pénis et il était relativement plus aisé qu'aujourd'hui de se procurer des corps a cette époque) qui contribuent à l'aura sulfureuse de l'homme. Mais cette fascination tient surtout aux écorchés eux-mêmes, regarder un écorché, c'est voir le monstre qui se cache sous l'apparente beauté, contempler un écorché, c'est contempler le reflet de sa propre mortalité.

Pour en savoir plus :

Musée Fragonard
7 rue de général de Gaulle
94704 Maisons-Alfort

Par Alachan, fev 04