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Le pogo, combat de coq des métalleux

Musique

Existe-t-il une pratique encore plus débile que le "stage-diving", pratique qui a été précédemment flétrie sous ma plume dans ce "Gueularium" ? Assurément, puisque nous avons emprunter le "pogo" à la scène punk ! En quoi cela consiste-il?
Dans sa forme idéale, c'est à-dire la plus violente, les candidats se poussent et se cognent entre eux dans un espace restreint, entouré par la foule qui les regarde soit médusée soit amusée, aidant parfois les plus maladroits à se relever, ou repoussant sans ménagement les "pogoteurs" qui leur tombent dessus sans retenue ! Punk is punk ! Dans le métal, le lieu de déroulement du pogo est également la fosse, ou le devant immédiat de la scène. Pourquoi donc ? Car ce combat de coq à la "sauce métal" répond en fait à plusieurs règles de fonctionnement bien précises :

La fosse remplie le rôle de l'arène sous l'Empire romain : un lieu ou se font et défont les réputations de gros méchants que l'on souhaite se donner. Les plus faibles y seront mis à terre, et les plus forts resteront debout, au maximum avec quelques ecchymoses. Ainsi est la dure loi du pogo. Les candidats pogoteurs se jaugent d'abord entre eux, au début du show ou pendant les titres lents. Certains utiliserons comme prétexte une forte chaleur pour ôter leur T-shirt au logo illisible et exhiber ainsi fièrement leur tatoo de pentacles, serpents et autres femmes nues sur leurs biceps luisants face à ses futurs adversaires...D'autres resserreront un peu leurs poings à clous modèle trois rangées - tête allemandes achetés la veille à grand frais sur internet...Bref, la tension monte, ça va chauffer !

Dans ce choc titanesque, il importe donc d'être vu par le reste du public, pour épater non seulement les potes de lycée, mais aussi séduire cette sublime gotho-pouf que vous reluquez depuis votre arrivée et qui est sûrement la femme de votre vie (même si elle ne le sait pas encore). Le pogo n'est totalement inutile car les groupes sur scène peuvent ainsi jauger la réactivité de la fosse envers l'ambiance violente de certains de ses riffs. C'est le pogo qui participe sûrement au calibrage des set-lists des groupes qui font de la scène de manière professionnelle ! D'ailleurs, avant une reprise hystérique, le front-man demande souvent au public de "foutre à donf' le bordel" ou de "mettre la salle à feu et à sang" ; nul doute que le pogoteur a parfaitement compris la mission, qu'il devine lui être dévolue d'office !

L'équipement, lui, est bien plus accessible au candidats pogoteur que celui des antiques gladiateurs : une bonne paire de rangers ou de docs permettra à vos pieds de ne pas gagner involontairement quelques pointures par écrasement répétitif de vos orteils. Un ou deux bracelets de force feront bien l'affaire pour jouer les caïds. Les poils du torse que vous bombez outrageusement emporterons le respect des imberbes les plus téméraires. Rangez breloques sataniques, montres et appareil photos, tout peut-être broyé dans cet exercice aussi périlleux que nécessaire pour asseoir une réputation de teigneux, d'autant qu'à la maison c'est maman qui gouverne : si on a un peu de liberté les soirs de concert, autant en profiter pleinement !

Dans le pogo, le défoulement est total, spontané et enivrant. Où pourrait-on faire cela ailleurs sans être puni par papa ou mis en retenue par le C.P.E. ? On pousse, on tire, on prend une tête dans la gencive par-ci, un poing à clous dans l'estomac par là...Surtout quand un gros skin bien gras débarque dans le pogo, mieux vaut raser les murs et se fondre dans la foule : là, les malheureux kids qui osent pousser le gaillard seront bientôt à ramasser par terre, avec les gourmettes, briquets et autres lunettes brisées qui seront éparpillés autour de son corps vautré dans la fosse ! On m'a rapporté le cas d'un metalleux téméraire qui est ressorti de la fosse avec une paralysie semi-faciale pendant plusieurs jours.... Parfois, la musique est trop intense, ou l'ambiance mauvaise, les coups d'épaules sont bien souvent plus malsains. Je me souviens de cette ordure qui m'a défoncé le coup en me tombant dessus sciemment et par derrière, ou de ces racailles qui boxaient en même temps dans le flot des corps qui constituaient le pogo. Le pire que j'ai vu est à un concert de grind : sur Cannibal Corpse, on se foutait sur la gueule pour de bon ! Et Nornagest (Enthroned) de regretter finalement cette belle époque des années 1990 (voir son interview dans La Horde)...

Pourtant, le code d'honneur du parfait pogoteur métalleux est clair : on se bouscule dans la bonne humeur et sans coups en douce. On relève sympathiquement son voisin après l'avoir foutu par terre sans ménagement. Même l'affable Tom Araya (Slayer) demande à la foule, sur le live "Decade of Aggression", que chacun garde un œil sur son voisin et le relève en cas de chute...sympa...puis il enchaîne avec sa voix de tueur : "it's a song called...WAR ENSEMBLE !!!" Et le pogo géant repart de plus belle....

Si vous prenez un mauvais coup dans les valseuses ou vous ressemblez plus à Quasimodo qu'à Marc Lavoine après un passage dans la fosse, je vous proposerais de vous lancer dans une autre activité plus solitaire et moins dangereuse qui n'est pourtant pas la masturbation : le head-banging. Fichtre ! Quelle belle invention métallique que le head-banging ! C'est même la seule, finalement. Et surtout, ce sera le prochain sujet sur les mœurs métalliques pratiquées en concert !

Autocrator