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Le stage-diving, minute de gloire des abrutis?

Musique

Tout metalleux normalement constitué a forcément assisté un jour à un concert de sa musique préférée. Entre "pogos", "headbanging", "mosh" et "pas gothiques", tout métalleux a forcément aussi été témoin d'une pratique née dans le milieur hardcore, le " stage-diving", c'est-à-dire d'un bain de foule après un saut de la scène.

Qu'en penser ? En soi, l'idée est plutôt amusante : qu'il s'agisse de braver le service de sécurité qui tente de vous empêcher de monter sur scène, de montrer triomphant sa sale tronche au public venu avant tout voir un groupe, mais aussi de quémander son accueil pour éviter de manger le sol à l'atterrissage, et enfin de se faire porter le plus longtemps possible dans la foule, jusqu'au fond de la salle...tout cela est bien rock'n'roll ! et chacun mériterait sa minute de gloire, selon Andy Warhol, le célèbre artiste new-Yorkais! Mais à y regarder d'un peu plus prêt, le stage-diving peut vite devenir gonflant pour tout le monde :

Qui est le candidat-type au stage-diving? Quelqu'un qui est forcément en quête d'un public qu'il n'a pas ailleurs et qu'il vole quelques secondes au groupe présent sur la scène: il monte sur la scène sans voir qu' il déconcentre (et là, je reste poli !) les musiciens, se prend parfois les pieds dans les fils, ou fait tomber le micro, gâchant parfois la vidéo qui est en court de tournage ! Je me souviens d'un métalleux NS qui avait fait manger son micro à Peter Tätgren à Lyon en 2002 ; le célèbre suédois a arrêté son set immédiatement ...Parfois, le public (majoritairement masculin, la parité n'ayant pas encore contaminée le public métal...) a un peu plus de chance, quand une gotho-pouf en manque de tripotage est prête à offrir son corps à la foule ; et là, la foule (masculine) se réunit promptement, comme par magie, pour accueillir la demoiselle prête à sauter ; c'est avant tout l'occasion rêvée pour tous les puceaux de découvrir subrepticement, au milieu de la cohue créée par l'événement, de vérifier sur le terrain quelle forme à réellement un sein, avec la pénombre comme complice. Si la donzelle y revient, c'est qu'elle est à coup sur nymphomane, telle cette nana suscitant l'enthousiasme en sautant 5 fois de suite pendant un set de Samael à Genève ! On a malheureusement plus souvent un cas de figure beaucoup moins sexy, c'est-à-dire un gros gaillard tatoué et bien luisant, mais somme toute sympathique, qui ne cesse de solliciter les mains de la foule pour le rattraper...

Quoiqu'il en soit, la procédure du stage-diving reste la même : le candidat au saut doit monter sur scène, ce qui n'est pas toujours une mince affaire, vue la hauteur de certains plateaux. Le recours à la courte échelle d'un camarade est souvent nécessaire. Une fois arrivé sur le plateau, il ne faut pas se vautrer dans la jungle des fils qui ne manquera pas de parsemer le sol, et cela tout en essayant de filer entre les doigts du gorille de la Sécu, ce qui laisse à peine quelques secondes à notre sauteur ! A ce moment précis, se déroule ce que j'appellerais la "confession métallique" : le candidat au plongeon se doit d'attirer la foule à lui pour se faire rattraper au vol : notons que les nanas peuvent se permettre d'éviter cette cérémonie, leur plastique fraîche constitue déjà un argument de choix. Souvent, il se contente d'appeler la masse informe composant la fosse par de grands gestes, mais le racolage peut être bien plus élaboré : il montre qu'il un est un VRAI mec, en faisant une grimace et croisant ses bras sur sa poitrine en mettant le salut satanique, voire en montrant ses breloques ou la logo de son tee-shirt. A ce moment, si la Sécu ne lui a pas déjà mis un pied au cul pour l'aider à se décider à sauter, le métalleux star d'une seconde peut se faire tomber, avec ou sans élan, dans la vague de bras qui s'offre à lui. Et là, la magie du "stage diving" opère : le poids du sauteur ne compte plus, réparti qu'il est entre tous les bras qui le supportent... qui le supportent...jusqu'à ne plus savoir qu'en faire ! L'espérance de vie du planning en lui-même est très courte ! Les plus longs finissent généralement au fond de la salle, dérangeant les derniers rangs déjà guindés, du coup horrifiés par l'étalage de tant de vitalité sur de la musique si sombre par définition ! (lire à ce propos mon analyse du public métallique en concert). Attention: il existe aussi des candidats kamikazes : trop bourrés ou myopes, ils se jettent virilement dans la fosse sans vérifier s'il le peuple métallique est présent pour l'atterrissage ! Je me souviens de ce gars qui s'est éclaté par terre sur Ancient Rites, se relevant pour boire un coup, l'air de rien, alors que le sang commençait à jaillir sur sa nuque...direction : les Urgences! Mieux, ce skin qui revient sauter avec un gros pansement sur la gueule, juste après avoir tâté le carrelage pendant un set de Benighted...Mieux vaut avoir le crane dur pour être un bon "sauteur" !

Le problème est que les "stage divers" qui y ont goûté sans se fracasser par terre ne savent plus s'arrêter, surtout les kids tous jeunes et tous fous ! Les organisateurs l'ont bien compris et mettent parfois des barrières devant la scène ; le cas ultime est celui Slayer au Z-7 à Pratteln, qui disposait carrément d'un couloir de vigiles devant sa scène ! Pourtant, tous les groupes ne refusent pas le stage diving : on a vu Stephane Buriez (Loudblast) se mettre en colère pendant son show à Annecy en 2004, rappelant à la sécu que le stage diving était autorisé, car notre rédacteur Kharon venait de se faire jeter dehors après s'être battu avec la Sécu sur scène ! Cette pratique fait donc partie des rituels immuables des concerts métal, même si elle gêne le staff technique, la plupart des groupes, et parfois le public non sportif, venu plutôt communier intérieurement en présence de son groupe préféré... et je ne parle pas du pogo... Puisque se sera mon prochain coup de gueule!

Autocrator