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Pour ou contre le piratage de musique ?

Musique

CD

Le gravage de CD est tantôt dénoncé comme un fléau qui coulera les labels, les groupes et par la même toute la création artistique, ou à l'inverse, comme une occasion bénie d'écouter avant d'acheter, ou de faire rendre gorge aux vilains labels qui s'en foutent plein les poches...Que penser ?

1 - Un peu d'histoire pour replacer les choses dans leur cadre, et comprendre comment on est arrivé à cette crise majeure de la galette ronde argentée :

Après la deuxième guerre mondiale, des maisons d' éditions sont montées en Europe par les musiciens qui ont percé, pour aider à lancer d'autres amis musiciens qu'ils trouvent talentueux. Passion et respect des artistes président, alors que le " directeur artistique " supervise la production musicale. Parallèlement, Columbia invente le disque vinyle en 1948, mais la fameuse galette noire n'est pas encore vue par la firme comme un produit de consommation de masse tel que l'on peut l'avoir connu : les premiers artistes qui enregistrent des disques vinyles servent en fait... la publicité !

Dans les '70s, l' " industrie " naissante de la musique, appuyée par le vinyle, puis par la cassette, moins encombrante et moins fragile (dont le brevet déposé par la firme hollandaise Philips) qui a écrasé les prototypes concurrents, voit l'arrivée d'une nouvelle génération de boss non-musiciens, mais toujours passionnés par la musique et soutenant à bout de bras leurs artistes. Les innovations techniques se succèdent, avec le développement de la stéréo, auquel la musique du groupe Pink floyd se prête parfaitement. Et la recherche scientifique essaie de mettre au point le son numérique à l'appui du codage binaire récemment mis au point.

Et en 1983, Philips sort le 1er Compact Disc (C.D.), support qui intéresse vite le gros label Sony. Le CD s'impose commercialement dès 1985, de part sa qualité de son exceptionnelle, malgré son coût plus élevé que ses supports concurrents. Un nouveau cycle commence : l'ère du CD ; Dire Strait en est d'abord le groupe emblématique, avec la recherche de sons appropriés à ce support dans leur musique. C'est la chute commerciale du vinyle et de la cassette, malgré quelques nostalgiques et labels indépendants qui pensent pourvoir survivre.

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2 - Mais derrière le succès du C.D., l'industrie de la musique cache difficilement ses immenses tares :

- Laconcentration excessive des labels. Beaucoup attirent l'attention sur le coût d'un CD :
Galette plastique vierge : 1 E
coût fabrication total (pressage, livret) : 2-3 E
Prix moyen de vente: 20 E
Ce prix est illogique à plusieurs titres : alors que le coût de production est moins élevé que celui d'un pressage vinyle ou d'un montage K7, il demeure plus cher que ceux-ci à la vente, malgré sa démocratisation, qui voudrait que son prix chute (après la phase de lancement et les économies réalisée par les effets de synergie) ! Et ce n'est pas tout : les artistes sont rémunérés dans la même proportion, alors que les ventes de CD s'envolent. Une seule conclusion s'impose : les bénéfices des maisons de disques sont énormes ! En effet, la création de " majors ", à la faveur d'un grand mouvement de concentration de l'édition musicale est un phénomène inédit : les indépendants, ruinés par la concurrence féroce vendent (Barclay, Carrère, Johnny Hallyday, Sheila) Par exemple, Eddie Barclay, est le fondateur de Polygram, qui appartient dorénavant à Philips (qui est une industrie électrique, à la base !), elle-même devenue Universal. C'est donc la fin des petits disquaires passionnés.... En 1992, 5 " majors ", dépendant de groupes de communication mondiaux réalisent 80 % des ventes de compact disques.

- Et de là naît un deuxième problème : lastandardisation de la production musicale. La musique n'est absolument pas le métier des majors : elles sont plutôt orientées vers la pub, ou même d'autres industries, qui n'ont absolument AUCUN rapport avec la musique ! Une simple histoire d'O.P.A. & fusion-acquisition ont abouti à cette situation ubuesque ! C'est donc la fin du " directeur artistique ", remplacé par le " chef de produit " : autant dire que la musique en tant qu'Art prend un coup mortel... Elle n'est plus qu'un produit supplémentaire alimentant la société de consommation par une production de masse: la création devient uniforme et asseptisée.

- En découle une aveuglecourse au profit. Le développement du réseau de distribution, avec le débouché des grandes surfaces porte l'explosion des ventes : zique n'est plus qu'un pur produit marketing fait pour toucher une " cible " et remporter des " parts de marché " ! Marché juteux de 40 Md de $, d'ailleurs... Paradoxalement, la part de la zique produite par français augmente : de 50% à 67% actuellement. La loi Toubon sur la défense de la culture française gonfle peut-être artificiellement ce succès commercial : les groupes étrangers vendant en France alimentent une taxe qui revient de droit aux compositeurs français, pour les " aider " à la création ; conclusion : Cannibal Corpse ou Death rémunère les gros et gras J.J.Goldman et Francis Cabrel, aussi incroyable que cela puisse paraître !!! L'artiste devenu un produit de consommation, avec une image façonnée (La virginité de Britnney Spouf, la bisexualité de Mylène Farmer, le vampirisme de Cradle of Filth...), une côte, avec obligation de résultat, risque l'éjection en cas d'échec. Actuellement, seul M. Nègre, président de Universal, essaie de sauvegarder une image de producteur proche de ses artistes, prêtant même quelques millions à son ami Florent Pagny, dévalisé par ces méchants fonctionnaires des Impôts, peinant à payer son immense domaine en Patagonie... La bande des 5 majors, surnommée les " 5 M " se lance dans une lutte fratricide et par là même suicidaire: course aux parts de marché, débauchage d'artiste entre elles.... Elles sont totalement aveugles face à la percée de l'informatique et de ses immenses potentialités...Elles croient leur marché solide, puisque l'on que l'on aborde la phase de maturation du CD...

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3 - Malgré son succès initial fulgurant, les tracas commencent pour le CD à la fin des années '90 : Des " hackers " (=pirates), souvent jeunes, renseignés sur tous ces impardonnables défauts n'ont alors aucune vergogne à graver et télécharger illégalement de la musique. D'autant que les progrès fulgurants de l'informatique le leur permettent sans limite :

En 1997 est mis au point le " codage perceptuel " : le principe est de compresser la musique sans en dénaturer le son, éliminant juste quelques données dispensables pour l'oreille humaine. Elle est stockée sous leformat MP3. Et un allemand, le professeur Brandenburg mène des recherches pour passer la musique dans les fils téléphoniques : il est la risée de la communauté scientifique... jusqu'à ce qu'il y parvienne !

Puis le 1er logiciel de partage de disque, créé en 1999 a fait le reste : nomméNAPSTER, et mis au point par un étudiant, il se répand très vite : il comptabilise 70 millions d'usagers à son apogée : il suffit de posséder une connexion internet ; on peut comparer Napster à un juke box mondial, mais sans rémunération aucune des artistes ! Choquant pour ce dernier aspect, les majors US obtiennent sa condamnation et sa fermeture en 2001.

Mais cette victoire est déjà inutile, avec la naissance du" peer to peer ": l'échange de musique gratuite par de nombreux logiciels, sortes de " petits frères " du feu Napster. Le principe en est simple : ces logiciels favorisent un lien direct d'ordi à ordi. Aussi scandaleux que Napster sur l'aspect du pillage des droits d'auteur, force est d'avouer, à sa décharge, que le " peer to peer " constitue la seule offre de musique sur le web ! En 2001, des sites de téléchargement tels que Kazaa, Morpheus, etc. gagnent même des procès contre les majors ! Le téléchargement devient même un argument publicitaire des fournisseurs d'accès à la toile mondiale ! Une statistique avancée par Universal : le téléchargement 5 disques par mois est le seuil à partir duquel une personne n'achète plus du tout de CD.

Philips, de son coté, décide curieusement de flinguer sa propre innovation : le CD ! La multinationale liquide ses parts dans l'industrie de la musique et lance lepremier graveurde salon, permettant la copie souple (choix des pistes, etc...) de CD sur des CD enregistrables (Le " Compact Disc Recordable ", plus couramment appelé, le CD-r audio) : Le graveur est une porte ouverte au pillage des droits d'auteur, mais la loi est claire : la gravure d'UNE copie dite " de sauvegarde " est légale : il est donc normal de posséder une CDthèque de CD gravés, à condition d'en posséder également les originaux. Dans la pratique, impossible de vérifier, un peu comme pour la redevance T.V. , à moins de lancer des descentes de police chez tout le monde ! Une loi du 1er ministre Jospin taxe donc les CD-r audio, faisant doubler leur prix (10FF à 20 FF en moyenne) rendant du coup la gravure un peu moins attractive. De plus, le graveur de salon, un peu coûteux et encombrant, se laisse vite détrôner par les graveurs d'ordinateurs, internes ou externes, toujours plus performants, et fournis en série, alimentés par des CD-r moins chers (1 à 2 E pièce).

Les majors, engluées dans leurs combats fratricides ont singulièrement manqué d'esprit visionnaire pour louper le coche de la révolution télématique mondiale ! Elles ont cru que le marché du CD était leur chasse gardée, et qu'elles n'étaient astreintes à aucune innovation pour maintenir leur rang...La baisse du marché du CD frappe les majors de plein fouet, avec les effets conjugués du téléchargement et de la gravure illégaux. Quelques chiffres :

Période
2001-03
Année 2003
1er trimestre 2004
Chiffre d'affaire de l'industrie du disque
- 30%
- 14%
- 20%
En valeur absolue, le C.A. de la musique, initialement de 40 Md de $, a chuté de 4 à 10 Md de $ selon les années... Seules les stars préfabriquées et médiatiques (Boys bands, Lofteurs, ...) maintiennent artificiellement le nombre moyen de vente. Les petits labels, eux, disparaissent toujours plus, sans tapage médiatique.

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4 - Face à la catastrophe financière annoncée, la contre-offensive des majors se déclenche, d'abord de manière trop brouillonne et réactive, sur le terrain juridique :

- Protection sur le CD même, avec l'inclusion d'un logiciel de verrouillage pouvant gêner l'écoute sur certains postes ; hypocritement, les majors refusent de considérés les ordinateurs en tant que lecteur CD, uniquement comme lecteur de Cd-rom ! Cette mesure fait naturellement dresser le poil aux associations de défense des consommateurs, très puissantes aux USA, qui les assignent en justice et l'emporte pour vis de forme et entrave a la vie privée.
- Offensive aussi contre les internautes, les pirates, avec un intense lobbying: 276 procédures aux USA, surtout contre des adolescents : l'effet en est immédiat : - 40% d internautes sur les sites pirates ; mais l'image des puissantes majors s'acharnant sur des gamins laisse un goût amère au public...
- Enfin, offensive contre les fournisseurs d'accès web pour bloquer le " peer to peer " ; les majors les accusent de fermer les yeux sur le piratage pour attirer de nouveaux accès sur le web, avant l'établissement de règles contre le piratage par les fournisseurs eux-mêmes, pour tirer à eux le bénéfice de la création musicale, même si l'industrie légitime du CD se meurt...Beau scénario ! Mais les fournisseurs d'accès sont également très puissants et ne se laissent pas faire.... Une négociation en position de faiblesse est inévitable pour les majors...

Elles cherchent enfin des solutions crédibles, comprenant qu'il s'agit essentiellement d'une crise du contenant et non du contenu musical, l'offre et la demande musicale étant toujours aussi forte de part le monde :
- lancement du DVD, sans résultat.
- Campagnes de communication pour redonner confiance aux consommateurs, et faire oublier la mauvaise image de l'industrie du disque, suite aux procès retentissants qu'elle a mené et surtout perdu.
- Et proposer de services concret sur le net : création d'un " peer to peer " légal regroupant les catalogues des 5 majors : retour d'un Napster légal, avec abonnement : détermination d'un juste prix fixé par informaticiens (Apple) : 1 titre est acheté 45 cents au major, et revendu 99 cents ; ce partenariat contenu/contenant est peu aisé, à l'avantage du contenant : la zique est simple produit d'appel pour les fournisseurs d'accès. Mais cela porte ses fruits : en 2004, les plate-formes de téléchargement légal fleurissent partout dans monde.
- Mais les majors refusent de baisser leurs marges sur la vente de CD, prévoyant la fin de la rémunération des artistes si tel était le cas ! Et la chute des indépendants du fait du rôle prétendu de locomotive des majors ! Mais ou va donc le gros du bénéfice, alors ? Ce débat est d'ailleurs le même pour de nombreux autres produits, comme les fruits et légumes en France...
- Parallèlement, les labels indépendants se servent du web comme espace de pub non commerciale pour leurs groupes...Ceux qui disparaissent sont de toute façon remplacés par d'autres qui tentent leur chance. L'hyper-spécialisation sur des segments délaissés par les majors car jugés non rentables (Les styles underground) semble être la solution pour survivre.

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CONCLUSION :

Arguments POUR le piratage:
- Une écoute préliminaire est maintenant possible : c'est donc un moyen publicitaire efficace pour les groupes de qualité, qui devrait booster leur ventes.
- On ne peut pas tout acheter, pourquoi ne pas graver les groupes que l'on achèterait pas de toute façon ? On se rattrape parfois en consommant leur produit dérivés : place de concert, tee-shirt...
- Pirater seulement des disques de majors ne détruit que la musique commerciale, destinée aux radios, boites et grandes surfaces. Les majors sont incompétentes et seuls les indépendants méritent notre soutien.
- La loi Toubon soutient déjà les gros bonnets français grâce à un fond alimenté par des taxes prélevé sur la musique étrangère (même indépendante comme le métal) importée sur notre sol.
- Les majors ne sont pas à plaindre, elles ont fait et font toujours d'énormes bénéfices : le CD est trop cher pour ce qu'il est : un vulgaire petit bout de plastique.
- Le CD est un support moderniste jeuniste de merde : rien de vaut le bon vieux vinyle et la bonne vieille cassette, chargés en souvenirs, avec un son plus vivant. Je ne pirate jamais mais chute du marché du CD me réjouit.
- la mort du CD est inéluctable ; un cycle nouveau se profile et c'est à l' industrie du disque de s'adapter aux nouveaux modes de consommation de la zique : MP3, CD-r, DVD... en système capitaliste, le client est roi.
- La crise du CD est avant tout imputable au manque de clairvoyance des majors, luttant pour leurs bénéfices au détriment de la qualité.
- Le piratage est un style de vie, une forme de refus d'un système quasi-monopolistique qui raquette légalement, au même titre que la redevance TV, la vignette, les parcmètres, la TVA et la hausse des cloppes. Chacun lutte pour sa survie à son échelle.

Arguments CONTRE le piratage:
- Les majors ne peuvent plus se concentrer sur des groupes plus variés, à petit volume de vente, du fait de la baisse drastique de leur trésorerie. L'uniformisation de la zique vient aussi du piratage.
- Le piratage est du vol pur et simple, autant du point de vue éthique que légal. On ne peut graver légalement qu'un exemplaire de chaque CD.
- Le téléchargement légal est assez bon marché, puisque les fournisseurs d'accès ont récemment mis à genoux les majors sur le web.
- Les indépendants sont également frappés de plein fouet (Adipocere, ...) ce qui est injuste, car ils sont souvent musiciens et/ou passionnés dans leur style. Ils font vivre l'underground.
- Le piratage engendre le chômage des gens vivant de près ou de loin de l'industrie du disque (Chaîne O'CD, pressage, studios, employés des labels, intermitents du spectacle...)

Maintenant, agissez selon votre propre philosophie, grace à ses quelques pistes ! Tous les chiffres sont tirés d'une émission de ARTE "la fin du disque ?".

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Autocrator - août 04