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Qu'est ce qu'un " beauf-goth " ?

Musique

Pour définir le " beauf-goth ", ce blog annonce immédiatement la couleur : « Vous détestez les goths sans vraiment savoir pourquoi ? Ici, nous vous donnerons des raisons de le faire, les moyens de différencier les bons des cons et, si vous y tenez, des informations pour devenir un vrai beauf-goth ! »

1 - Définir un beauf-goth : les racines du mal
Salutations à tous, et spécialement aux Suisses Romands, bien que la notion de beauf-goth soit internationale (ou du moins va le devenir) !

Le beauf-goth fait partie de ces notions qu'il est souvent plus aisé de définir par ce qu'ils combattent que par ce qu'ils représentent. Le préfixe "beauf" n'étant pas ici à prendre au pied de la lettre (le beauf gras du bide, buveur de bière affalé devant un match de foot) mais plutôt comme synonyme de "anti". Nous y voilà donc : l'ennemi du beauf-goth, c'est le goth... mais pas n'importe lequel !

Il nous faut maintenant faire un bref historique du goth pour recadrer les choses.
Tout d'abord, qui que vous soyez, vous devez absolument savoir : LE MOUVEMENT GOTH, CA N'EXISTE PAS !!! Mais j'anticipe...
Au commencement donc était le punk. Des mecs crados qui prétendaient se révolter (presque les altermondialistes de l'époque, l'aberration politique en moins) en choquant par une musique répétitive et bruyante, des vêtements déchirés et des cheveux colorés. La contestation n'ayant qu'un temps (il faut bien manger, et c'est cool d'avoir du fric), la transition se fit avec 2 courants toujours représentés au sein du pseudo-mouvement goth :

- le Deathrock qui garde les voix criardes et les accords de guitares aigus, ainsi que le côté non-esthétique (crado pourri donc) du punk
- la new-wave dont les Cure est l'emblème et qui s'est construit sur les ruines du punk (avec des transfuges comme Siouxsie & the Banshees) en transformant "No future !" en "Présent de merde !" : le côté dépressif et sombre était né. Ce courant s'appelle désormais Batcave.

Parallèlement, l'évolution de la technique avait amené le synthétiseur. Des groupes de musique éléctronique se sont donc formés (Depeche Mode) sans le moins du monde adhérer à un mode de vie triste et sombre, mais en partageant les clubs alternatifs et le goût du noir vestimentaire (Black is beautiful). Cette proximité, les contacts entre artistes et le développement de la techno sous toutes ses formes ont fini par fondé un courant à part et particulièrement dynamique : l'éléctrodark.
On trouve aussi des admirateurs de musique médiévale (!) originale ou modernisée.
Enfin, il existe un courant appelé Néofolk ou Darkfolk dont la musique est lente, ennuyeuse et répétitive, et dont le principal trait est l'apparente politisation (ou la provocation imbécile et obstinée, on ne sait pas vraiment) des groupes et des fans en référence aux années 30 et à la grandeur de l'Europe. En vrai, ça donne des types en pseudo uniformes noirs qui exaltent les 'valeurs européennes' alors qu'ils n'ont même pas fait leur service militaire... Pathétique ! S'il fallait se référer aux années 30, on pourrait dire que ceux-là se seraient arrêtés au 30 juin 1934 (la Nuit des Longs Couteaux. Revoir "Les Damnés" de Visconti pour en avoir une meilleure idée).

Tous les acteurs ayant été présentés, passons au noeud du problème !
Et oui, quid du "goth" dans tout ça ? On y arrive.
Il s'avère qu'au début des années 90, le duo Barcave/Deathrock était en pleine perte de vitesse, pour ne pas dire en plein marasme (ça ne s'est guère arrangé depuis, rassurez-vous !). On ne sait pas vraiment d'où c'est sorti, tout comme on ne connait pas exactement les origines du virus Ebola ou du SIDA, mais quelqu'un a eu une idée pour sauver ces courants des poubelles de l'Histoire : on allait ré-inventer la fable de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf ! Puisque tous ces courants fondamentalement différents partageaient quand même un style de vie 'alternatif' et des lieux de réunion et de concerts communs, on allait essayer de tous les amalgamer, sans leur demander leur avis, en un seul gros machin dont les Batcave/Deathrock mourants prendraient la tête pour se régénérer : le 'mouvement' goth était né.
Sous cette appellation, ils ont ratissé large, certes ! Non seulement tous les genres musicaux déjà nommés mais également toutes les références culturelles de ceux-ci : aux vampires et cimetières des goths de base (désormais, puisque vous avez été affranchis, l'étiquette "goth" s'appliquera uniquement aux Batcave/Deathrock), on ajoute les films de Tim Burton, le médiévalisme, le romantisme du 19e siècle et son fameux 'spleen' (ou comment justifier historiquement être un dépressif crétin-chronique), les films allemands de l'entre-deux guerre... et aussi toutes les habitudes vestimentaires : si vous mettez du noir, vous êtes catalogué : un goth (HORREUR !!)

Cette phagocitation a accouché d'un monstre: ayant perdu toute spécificité, les différents courants partagent à présent tous leurs défauts dans un pool commun : ainsi, peu importe que vous alliez en soirée éléctro avec une tenue urbaine en camo noir, l'étiquettage "goth" fait de vous des néo-nazis, des dépressifs auto-mutilants, des 'corbeaux', et j'en passe ! Les médias s'y trompent également, dont la dénonciation des courants à risque influe sur l'image de tous.

Etre beauf-goth, c'est refuser cette destinée !
C'est montrer qu'on peut encore s'amuser et sortir pour écouter une musique alternative sans s'embarasser des clichés de la 'scène', sans subir le diktat des vieux batcaves décrêpis et de leurs lèche-bottes juste post-pubères. C'est oser la classe, la couleur, le tape-à l'oeil, l'ouverture culturelle.

2- Définir un beauf-goth : le goth comme antithèse

L'historique ayant été fait, le bon grain a été séparé de l'ivraie : nous pouvons à présent naviguer parmi les différentes dénominations associées aux soirées alternatives et cibler les moutons noirs (darkfolk-néofolk, abrégé DF/NF) et les brebis galeuses (batcave-deathrock, abrégé B/D) du troupeau.
Nous avons vu comment un courant mourant a tenté de se régénérer en en vampirisant d'autres bien plus dynamiques. Nous allons maintenant approcher de plus prés la psychologie individuelle pour voir en quoi le beauf-goth devra se distinguer de ces individus méprisables.

Le goth est sectaire.

Que nul ne s'y laisse prendre à la lecture de l'article précédent ! Les goths ne se sont pas ouverts à d'autres influences pour se diversifier, ils ont juste accaparés leur image dark pour profiter de l'amalgame. En réalité, on pourrait leur appliquer la célèbre citation de Michel Serrault dans Garde à Vue : « Les médiocres se résignent à la réussite des êtres d'exception, mais celle de l'un des leurs, ça les horripile ! » (cité de mémoire)
Ainsi, c'est tout juste s'ils tolèrent l'éléctro dans les soirées 'goth'. Ce courant a beau être l'un des plus vivants, des plus dansants et des plus demandés, il est systématiquement dénigré comme du simple « Boum-boum », une torture pour leurs oreilles habituées aux sanglots longs des violons de l'automne et aux guitare neurasthéniques. Vous risquez l'opprobre publique à demander un bon Suicide Commando en dehors des quelques minutes réglementaires accordées pour pouvoir accoler le label « All styles » à leur soirée.
Rammstein, Evanescence ou Marilyn Manson, eux, sont clairement persona non grata, et ne parlons même pas de Nightwish ou Cradle of Filth, des hérauts de la scène Métal style dark (frauduleusement appelée gothic-métal par les vampirisateurs).
Nos 'amis' NF/DF vont plus loin : pour dégoûter les 'importuns', les soirées deviennent privées, à réservation, ou à dress-code strict digne d'une réception au Lausanne-Palace.

Le goth est anachronique.

Il est anachronique dans le sens « dépassé par son époque ». Cela ressort clairement du paragraphe précèdent et de cette haine de jeunes groupes qui réussissent en sautant par-dessus les frontières établies naguère. C'est encore plus flagrant par l'attitude régnant sur les forums contrôlés par cette engeance : ils suent le mépris de la jeune génération. La jeunesse est un état d'esprit, non une ligne dans l'état-civil, mais nous parlons là de l'arrogance avec laquelle sont renvoyés d'où ils viennent les adolescents dont la passion pour les quelques groupes évoqués ci-dessus les désignent à la vindicte populaire. QUOI, tu ne connais pas Joy Division, Bauhaus, ou Dieu sait quel groupe disparu en 1981 ?!? Peu leur importe que ces groupes mythiques, cultes, phares ou Dieu sait comment il les appellent aient disparu depuis plus de 25 ans (soit bien avant la naissance même des interpellés !!) : qui ne connaît pas par cœur les origines du goth n'a pas droit de cité sur un forum goth, ou alors en fermant sa gueule le temps qu'on leur lave le cerveau en remplaçant Manson par des groupes inconnus et introuvables.

Le Goth est élitiste.

Ca ressort de ce qui précède, bien sûr : pas de nouvelle musique, de nouvelle influence, de nouveaux membres... mais pas seulement ! Le goth s'y croit parce qu'il se croit cultivé. Vous savez ce qu'on dit : la culture, c'est comme la confiture, moins on en a et plus on l'étale ! Alors imaginez un type déjà sectaire et hargneux (hargneux d'appartenir à une race en voie de disparition... Genre la dernière tribu Néanderthal entourée par les Cro-Magnon) et faîtes-lui lire un peu de poésie romantique, un rien de philosophie allemande (Nietzsche, très tendance chez les NF/DF... à tort bien sûr), quelques romans bien écrits (Dracula de Bram Stoker, Anne Rice...)... Vous créez un monstre ! Un monstre d'orgueil et de complexe de supériorité.
On ne sait pas vraiment si cette attitude est la cause ou la conséquence de la gothitude ; en revanche, on sait que c'en est un des caractères-clés. Il se renforce par le goût musical ; quand vous recherchez les groupes les plus underground, quand vous insultez ceux qui aboutissent à la reconnaissance du public (avec cette formule lapidaire : « Ils sont devenus commerciaux ! », le crime ultime), quand vous jouissez d'être 15 ou 20 sur Terre à connaître l'album sorti voilà des années, jamais réédité en CD, et dont le passage d'un morceau sur le dance-floor l'a vidé à part 3 personnes maquillées à la Crow, CA c'est être élitiste (et dans le tout mauvais sens du terme).
L'attitude du goth envers les médias procède du même état d'esprit : une attitude hautaine toute de mépris. C'est simple : leur esprit, borné bien qu'élitiste, ne saurait appréhender le 4e pouvoir. Ne sachant pas se servir des médias (à l'inverse des beauf-goths, passés maîtres en ce domaine), cultivant la peur, la méfiance et le silence à leur égard, ils en deviennent forcément les victimes consentantes et expiatoires. Mais c'est ce qu'ils veulent ! Beaucoup de goths finissent atteints du fameux Syndrome de Massada (voir : Massada), à savoir la faculté de se créer des ennemis imaginaires (les journalistes, les 'autres', leurs propres amis...) et de faire couler l'adrénaline en se croyant dos au mur, seul contre tous ! Hautains envers les journalistes, ils refusent toute interview, tout reportage, bien conscients que la réalité des clichés les décrivant n'échappera pas à un professionnel de l'image et du son. La nature ayant horreur du vide, il est normal que les adversaires prennent la place refusée par les supporters. Et on obtient alors une image sombre (bien goth, quoi !) et péjorative. Le goth, un nuisible à la société ? Non, ce serait lui faire trop d'honneur ; mais on est loin de l'ami des arts et de la culture pour lequel il rêverait de se faire passer.

Le Goth est hypocrite.

L'hypocrisie du goth, à l'image de son ego, est surdimensionnée. Elle s'exprime de différentes manières : prenons déjà cette histoire de clichés médiatisés ! Chaque communauté musico-culturelle est vue par la majorité silencieuse sous un prisme qui fait ressortir ses traits les plus marquants. Ainsi, les métalleux sont vus en priorité comme de grosses brutes avinées beuglant et souvent sataniques. S'en plaignent-ils ? Que nenni ! Au contraire, entre les t-shirts où une miss s'enfile un crucifix en s'exclamant « Fuck me, Jesus ! » et ceux sur lesquels des vikings à doubles haches proclament fièrement « Rejoins la guerre contre le christianisme ! », le métalleux se tape de son image. Le punk aussi. Le rappeur prend souvent comme une fierté de passer pour une racaille. Mais le goth dans tout ça ?
Les clichés sur les goths abondent et on en a passé certains en revue. Pour le reste, le Crobard vous renseignera (leur lien gothique). Ca vous fait rire ? Seulement jusqu'à ce que vous reconnaissiez vos connaissances dans le tableau des pathologies (certains cumulent d'ailleurs !). En quoi ces clichés goth sont-ils donc différents ? Tout simplement parce qu'ils les nient totalement, ne voyant souvent dans ceux-ci qu'un acharnement des médias à leur égard (C'est plus Massada, c'est Caliméro !). Et pourtant... Un tour rapide sur le forum gothisant le plus proche vous le confirmera, les threads « Film préféré », « Livres préférés », « Balades préférées » vous fourniront toujours les mêmes réponses : Underworld, Entretien avec un Vampire (et on se déchire pour savoir si le film vaut le bouquin), Dracula, du Anne Rice, du Poppy Z. Brite, et je garde donc pour la bonne bouche l'innénarrable « Moi, j'aime bien aller lire le dimanche dans un cimetière » qu'une fille ne manquera pas de sortir... Automutilation, attirance pour Satan : sacrebleu, ça abonde ! Quelque modérateur plus malin tente alors de les museler 'pour éviter la mauvaise réputation'. Trop tard !
Le comportement est à l'avenant : assoiffés de romantisme mais se désaltérant à l'alcool, cette pseudo-noblesse termine immanquablement par vomir ses tripes, et en général partout sauf aux toilettes (ce qui donne : dans le lit des hôtes de l'after, dans votre voiture quand vous le ramenez...). Ah, qui dira le plaisir immonde de contempler un wannabe dandy en chemise et cravate se roulant dans sa propre gerbe... Dégueulasse !
Et bien sûr, le sexe : élément essentiel de la vie, des soirées, des fêtes s'il en est ! Oui, sauf que la version officielle est que ce n'est plus comme avant, quand on faisait la cour, qu'on utilisait des mots raffinés, alors que désormais, ce n'est plus que le « T'es bonne toi ! » et cie du hip-hop... Les Marquises de Pompadour et autre Valmont et Merteuil de bas étage s'en tiennent-ils à leurs propres règles ? On les voit au contraire, encombrés par leurs frou-frous, patauger dans les 3cm de pisse des toilettes exigües d'une salle alternative pour tirer un coup rapide.
Tout un chacun aime s'amuser et est passé par là, tout cela ne porterait donc pas tant à critique, on l'a bien compris, si les élitistes ne souhaitaient incarner une version supérieure de la jeunesse qui s'amuse. Au contraire, ils en incarnent les pires travers. Qui veut faire l'ange fait la bête ! Des hypocrites au dernier degré...
Et ne parlons même pas des NF/DF ! Arborant symboles sur symboles controversés (des jolies runes, une cravate classe avec une croix de fer...), ils n'osent revendiquer ce qui se cache derrière, prétextant la provocation gratuite. « Dans une ville, il vaut mieux savoir compter sur quelques personnes dévouées que d'avoir la confiance de la foule versatile » disait le Führer à la conquête du pouvoir : il ne pourrait plus compter sur personne de nos jours, Dieu merci ! Leurs dénégations frénétiques à la moindre publicité les montrent pour ce qu'ils sont : des asticots se vautrant dans le pus et fuyant lorsque le scalpel médiatique ouvre l'abcès où ils se cachent.

Le Goth est un pseudo-intellectuel.

Qu'est-ce qui diffère un pseudo-intellectuel d'un vrai ? Le faux se contente de quelques morceaux choisis, souvent des clichés, dont il use et abuse pour se faire mousser en société. En revanche, il se révèle incapable de soutenir une vraie conversation : aucune profondeur. Ou alors on sent poindre la mythomanie derrière des récits étonnants mais volontiers outranciers. Pas étonnant avec ça que la moyenne d'âge n'augmente pas en soirée : quand on prend de la bouteille, ça saoule (sans jeu de mots) de passer des études d'avocats la semaine aux idiots déguisés le week-end. Ne reste plus alors, au-delà des teen-agers, que les vieilles araignées accrochées au batcave, les dragueurs creux, les mythos... et parfois un nouveau venu, attiré par la façade culturelle, et qui s'en retournera assez vite d'où il vient, une fois fait le bilan de ce qu'il a trouvé.

Le Goth est triste.

Répétons-le une fois encore : nulle mention dans cet article de tous les joyeux drilles qu'on peut rencontrer en soirée dark ! Nous parlons bien de la sous-sous-culture B/D : des clowns tristes, dont les regards torves en disent long sur ce qu'ils pensent des 'envahisseurs', de ceux qui, croient-ils, trahissent leur idéal culturel sectaire et élitiste. Traînant avec eux la mélancolie chronique de certaines années 80s, ils sont une inspiration sans bornes pour des ados qui confondent causes et conséquences d'être dark : ainsi s'engendrent année après année les nouvelles générations de nécrogoths, le terme qui décrit les hanteurs de cimetières, ceux qu'on voit prostrés dans leur coin en soirée, ceux qui croient que la dépression amène à la créativité, que l'élitisme doit se nourrir de la misanthropie, qu'une douleur intérieure doit s'exorciser avec une douleur physique... Ainsi, la plus pure expression du Goth pourrait être cette mascotte d'un de leurs sites que j'ai rajoutée en photo : accroupie dans son coin, l'air dépressif avec sa bouche stylisée en cicatrice d'auto-mutilation (manière de dire : Je ne vais pas l'ouvrir pour vous parler...). Franchement, ça donne l'image d'une envie de faire la fête ? On dirait plutôt une réclame pour une émission de télé-réalité dénonçant à juste titre les ravages de la goth-attitude sur des esprits jeunes et encore impressionnables.
Tout l'inverse des beauf-goths donc !

NDR : KILL THE GOTHS !!!!

Autocratôr