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Revue de presse de la pédopholie cléricale

Communion

Religion

Voici une compilation consistante d'articles de presse de diverses sources sur les prêtres pédophiles. Les scandales de prêtres accusés par leurs victimes d'abus sexuels se suivent et ne se ressemblent pas. De plus en plus fréquents, ils éclatent au grand jour. Semaine après semaine, de nouveaux cas arrivent devant les tribunaux, et ce n'est pas fini...
Les publications dans les quotidiens et sur internet ne sont que la partie émergée de l'iceberg. Mais non moins scandaleux est l'acharnement de l'Église pour étouffer ces affaires, cacher et protéger ses ministres déviants. La bête, n'arrivant plus à cacher ses vices immondes, a choisi de les exhiber au grand jour en les dénonçant elle-même. Instinct de survie?


Les directives secrètes du Vatican pour protéger les prêtres pédophiles
Scandale après scandale, l'Eglise catholique s'enfonce à chaque fois un peu plus dans le mensonge et l'ignominie. Les affaires de pédophilie ont révélé depuis quelques années les travers d'une institution qui impose le célibat et la chasteté à ses membres en vertu d'un ordre moral castrateur. Début août 2003, la chaîne de télévision états-unienne CBS a révélé l'existence d'un rapport daté de 1962 destiné à protéger les prêtres pédophiles. Rédigé par le cardinal Alfredo Ottaviani, le document promettait l'excommunication aux personnes qui dévoileraient ces affaires. La responsabilité de ce rapport incombe aux plus hautes sphères du Vatican comme il y a été conservé dans ses archives et qu'il fut probablement approuvé par Jean XXIII.
La pédophilie des prêtres est qualifiée de "pire des crimes" et on mesure mieux le sordide de leur existence quand sont spécifiés avec précision les actes à dissimuler : "l'agression sexuelle commise par un prêtre" ainsi que "la tentative d'agression à l'encontre de jeunes des deux sexes ou avec des animaux". Quelle autorité morale accorder à cette institution quand ses représentants en sont réduits à de telles monstruosités ?
Le secret est imposé aussi bien au coupable comme à la victime, l'un comme l'autre devant "promettre solennellement d'observer sans faute le secret sous peine d'excommunication", le silence étant tenu au nom du Saint Office. Ordre est intimé aux évêques de mener leur enquête "avec le plus grand secret" et "dans un silence perpétuel". [...] Le rapport a été utilisé jusqu'en 2002, date à laquelle d'autres directives ont été données par une Eglise catholique apparaissant de plus en plus comme une mafia qui protège l'ignoble au détriment de la justice et des centaines de victimes.
Mais l'affaire ne s'est pas limitée aux Etats Unis d'Amérique en vertu de l'étendue planétaire des ingérences papales. Quelques jours après la révélation de CBS, les médias anglais se sont fait, eux aussi, l'écho d'un scandale similaire au sein du royaume anglican. Le document diffusé par le Vatican en 1962 avait, en fait, été transmis à tous les evêques de la planète. Il n'est donc pas douteux qu'une traduction française puisse être exhumée d'un des multiples évêchés de notre pays...
Jocelyn Bézecourt
www.atheisme.org

Un prêtre accusé de pédophilie devant les assises du Territoire de Belfort
LURE, Haute-Saône (AP) -- Le procès d'un prêtre de 47 ans, accusé d'atteintes sexuelles sur trois adolescents, s'ouvre lundi devant la cour d'assises du Territoire de Belfort, qui siège à Lure en Haute-Saône sous la présidence de Marie-Agnès Crédoz.
En détention provisoire depuis 27 mois, André Montrichard, qui avait été aumonier des collèges et lycées de Belfort puis curé de la paroisse, comparaît pour ''tentatives de viols sur mineurs de 15 ans par personne ayant autorité et atteintes sexuelles sur mineurs de 15 ans par la même personne''. Sa défense est assurée par Me Alain Dreyfus-Schmidt.
Le prêtre est soupçonné de s'être livré à des actes pédophiles sur des adolescents entre 1989 et son arrestation en juin 1998. C'est un médecin qui avait alerté la justice après avoir découvert des traces de sévices sur l'un des jeunes garçons. Par la suite, plusieurs victimes présumées du prêtre se sont fait connaître de la justice.
Pour trois d'entre elles, des garçons âgés de 12 et 15 ans au moment des faits, il y a prescription de l'action publique. Le prêtre comparaît donc pour des gestes commis sur trois autres garçons, âgés de 12 et 13 ans au début des agressions, qui se sont déroulées sur plusieurs années. André Montrichard aurait profité des dissensions entre ces adolescents et leurs parents pour les attirer chez lui ou dans sa chambre lors de camps de vacances. La première victime, âgée aujourd'hui de 22 ans, a subi les faits lors d'un camp de vacances en 1991 alors qu'elle avait 13 ans. Le jeune homme souffre depuis de graves problèmes psychiques avec l'émergence d'une tendance pédophile. Le second, âgé de 17 ans, et abusé au cours de cathéchisme en 1995 alors qu'il avait 12 ans, présente des tendances suicidaires. Seul le dernier, âgé de 19 ans, semble avoir réussi à préserver son équilibre mental; les faits ont été commis alors qu'il avait 13 ans, le prêtre était un ami de la famille. Le prêtre ne souffre pas de troubles mentaux, selon les experts qui ont préconisé une thérapeutique chimique.
Par Le National

L'Abbé Bissey
Au premier jour du procès de l'évêque de Bayeux pour "non-dénonciation d'atteintes sexuelles sur mineur de quinze ans", le tribunal est revenu sur l'attitude de l'écclésiastique et de son bras droit, après que la mère d'une victime les eut avertis des "actes de pédophilie" commis par l'abbé Bissey.
C'est la première fois qu'un évêque comparaît pour de tels faits. Le procès de Mgr Pican, accusé de "non-dénonciation" des actes de pédophilie de l'abbé Bissey, s'est ouvert, jeudi 14 juin, devant le tribunal correctionnel de Caen (Calvados). Pour répondre à une question de Me Jean Chevais, avocat des parties civiles, qui cherchait à savoir si aujourd'hui encore l'évêque se bornerait à ne pas dénoncer l'un de ses prêtres accusé de pédophilie, l'ecclésiastique a répondu : "Ma conscience ayant joué dans l'option ultime de mon choix personnel : non." Et d'ajouter plus tard qu'aujourd'hui, face à un tel cas, "(il) le (conduirait) à se dénoncer". "Je m'investirai plus personnellement que par délégation", a assuré Mgr Pican. Le prévenu s'est dit "écrasé par le volume des confidences qui lui sont faites" mais reste néanmoins fier de ce que tous "peuvent s'adresser à (lui) comme à quelqu'un qui n'a pas dénoncé".
Premier à témoigner, Michel Morcel, vicaire général et donc bras droit de Mgr Pican au moment des faits, est celui à
qui la mère d'une victime était venue, en décembre 1996, révéler les agressions sexuelles commises sur son fils par le Père René Bissey quelques années auparavant. Il a reconnu avoir transmis à son évêque toutes les informations, mais il est devenu très évasif quand il lui a été demandé de détailler ces informations.
Les deux ecclésiastiques ont reconnu que les termes d'"actes de pédophilie" avaient bien été employés. "J'ai été convaincu de la réalité des faits rapportés par le Père Morcel, a affirmé Mgr Pican, compte tenu de la nature spirituelle des relations que le vicaire entretenait avec la mère" de cette victime "Pour moi, il s'agissait d'attouchements", a cependant affirmé Mgr Pican, qui a plaidé "une erreur d'appréciation" de la gravité des actes. L'ecclésiastique a assuré avoir découvert ceux-ci comme une "révélation" lors du procès de l'abbé en octobre dernier. Un procès en assises à l'issue duquel le prêtre avait été condamné à dix-huit ans de réclusion pour viol et atteintes sexuelles sur mineur de 15 ans. Selon leurs dires, ni l'un ni l'autre n'ont cherché à en savoir plus sur la nature des agressions commises par le prêtre ni alors ni plus tard, lorsque le Père Bissey a reconnu devant le vicaire général avoir agressé d'autres jeunes garçons."Nous étions dans une situation très délicate par rapport à l'état de santé de René Bissey, qui était très dépressif", a plaidé M. Morcel. Soumis au feu roulant de questions du président du tribunal, Emile Hector, et d'un des avocats des parties civiles, Me Jean Chevais, Michel Morcel a reconnu n'avoir jamais douté de la véracité des faits rapportés par Mme X... Interrogés également sur les mesures conservatoires prises pour empêcher le prêtre de récidiver, les deux responsables catholiques ont répondu qu'ils pensaient que les faits étaient anciens. Mgr Pierre Pican, toujours par l'intermédiaire de son vicaire général, aurait conseillé à René Bissey de suivre une psychothérapie, mais celle-ci n'a commencé qu'en avril 1997, soit quatre mois après la démarche de Mme X...
"C'est le manque d'investigations autour des autres victimes qui a manqué à notre vigilance", a déclaré l'évêque.
Au président qui s'étonnait que l'abbé Bissey soit resté au contact d'enfants après ses aveux, il a répondu qu'il avait été "attentif au suivi de l'action par (son) vicaire général". Concernant le manque d'intérêt pour les victimes, Michel Morcel a déclaré : "Je devais continuer à assurer la proximité avec cet homme." L'évêque lui aurait seulement demandé "d'être présent, proche de cet homme pour qu'il prenne conscience de la responsabilité de ses actes".
Mgr Pierre Pican, 66 ans, déjà entendu lors du procès de l'abbé Bissey, risque jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 300 000 francs d'amende.
LEMONDE.FR | 14.06.01 | 19h44, Avec AFP et Reuters

Première condamnation d'un évêque depuis la Révolution
- Mgr Pierre Pican, condamné mardi à trois mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé les actes pédophiles de l'abbé Bissey, est le premier évêque dans ce cas, un jugement qui devrait faire jurisprudence en matière de non-dénonciation dans le cadre du secret professionnel.
Mgr Pican, 67 ans, est le premier évêque de France à être condamné par la justice depuis la Révolution française. Un jugement que l'évêque de Bayeux-Lisieux a accueilli sans un mot avant de quitter le tribunal, sans faire de commentaire.
"J'espère que cette condamnation sera l'occasion pour l'Eglise d'une prise de conscience pour ne plus couvrir ce type de faits, de délits et de crimes", a noté mardi à l'issue du jugement Me Jean Chevais, avocat de familles de victimes.
Du côté des parties civiles, cette nouvelle n'a pas soulevé l'enthousiasme mais plutôt un soulagement à l'issue de trois années de combat contre le silence de l'Eglise. Trois années déjà marquées par la condamnation en octobre 2000 de l'abbé René Bissey à 18 ans de réclusion pour viol et atteintes sexuelles sur mineurs de 15 ans entre 1987 et 1996.
"Il faut qu'aujourd'hui la loi canonique suive la loi républicaine", a déclaré Daniel Rebillard, le père de Yann, la victime principale, en sortant de l'audience.
"La protection des enfants passe avant tout et passe surtout avant la défense de l'image de l'Eglise. Je dis l'Eglise, ça pourrait être n'importe quelle institution, le combat aurait été le même", a noté Me Chevais.
Selon l'avocat "le secret professionnel va évoluer, en tous cas c'est une décision qui va faire jurisprudence". Une jurisprudence qui devrait s'appliquer à tout responsable d'institution, quelle qu'elle soit, soumis au secret professionnel.
"Il y a une remise en cause évidente et il y a une réduction du champ du secret professionnel", a commenté Me Thierry Massis, avocat de Mgr Pican, qui considère que "le contexte d'aujourd'hui sur les questions de la pédophilie a sûrement joué un rôle dans l'évaluation de la question du secret".
Un secret professionnel qui était en effet au coeur des débats lors du procès de Pierre Pican les 14 et 15 juin. Mais le tribunal correctionnel de Caen dans ses motivations a été clair: il n'y avait pas eu confession ni confidence à proprement parler entre l'abbé Bissey et Mgr Pican, René Bissey s'étant entretenu avec l'évêque à le demande de ce dernier.
De plus, le tribunal a considéré que Mgr Pican s'était délibérément abstenu de dénoncer son abbé, le protégeant lui plutôt que les enfants.
Lors de l'énoncé du jugement, l'évêque de Bayeux-Lisieux a également été condamné à verser 1 franc symbolique de dommages et intérêts à chacune des quatre parties civiles, une somme conforme à ce qu'elles avaient réclamé.
L'évêque bénéficie d'une période huit jours pour faire appel.
A Paris, le père Stanislas Lalanne, porte-parole de la conférence des évêques de France, a pris "acte avec regret" de la condamnation de Mgr Pican, "même si la peine infligée est moins importante que celle qu'avait réclamée le procureur de la République"
04 septembre 200
CAEN (AFP)

L'Eglise et la justice s'opposent sur la question du secret dans une affaire de viol
Un religieux appartenant à la congrégation des frères de Saint-Jean a été mis en examen pour "viols par personne ayant autorité" par le juge d'instruction du tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine), Thierry Bellancourt. Cette affaire, révélée par Le Parisien du 5 octobre (2001), pose à nouveau la question du secret professionnel reconnu aux ministres des cultes. Selon les premiers éléments de l'information judiciaire ouverte le 27 juillet (2001), le religieux aurait abusé d'une jeune fille domiciliée à Boulogne-Billancourt, mineure au moment où les faits ont commencé. Le suspect a été placé sous contrôle judiciaire.
Au cours de ses recherches, la police judiciaire des Hauts-de-Seine a découvert qu'une enquête préliminaire avait été ouverte auprès du tribunal ecclésiastique (ou officialité) de Lyon, à la demande de l'évêque d'Autun (Saône-et-Loire), Mgr Raymond Séguy. Celui-ci est en effet l'évêque responsable de la congrégation des frères de Saint-Jean, fondée en 1975 par le Père Marie-Dominique Philippe. Cette enquête a été confiée au Père Jacques Braux, vice-official (juge ecclésiastique) du tribunal de Lyon, dont dépend le diocèse d'Autun.
Le juge d'instruction de Nanterre a demandé au Père Braux la communication des pièces en sa possession. Celui-ci a refusé, invoquant le secret professionnel des ministres des cultes. Passant outre, le juge a délivré une commission rogatoire à la police judiciaire, qui a effectué, le 6 août, une perquisition dans les locaux de l'officialité. Selon le Père Maurice Bouvier, official de Lyon, les policiers ont saisi "une quantité importante de documents et de dossiers informatiques, relatifs notamment à des procédures canoniques qui n'ont aucun rapport avec l'enquête canonique portant sur un prêtre de la congrégation de Saint-Jean". En particulier, les services de police auraient emporté des dossiers concernant des demandes de nullité de mariage, "touchant au plus intime de la vie des personnes", insiste le juge ecclésiastique. Plusieurs couples auraient déjà écrit à l'archevêché de Lyon, craignant que leurs problèmes conjugaux ne soient divulgués sur la place publique. Parmi les documents saisis se trouveraient également des échanges de correspondance entre l'officialité de Lyon et le Saint-Siège. Leur saisie pourrait être assimilée à un vol de courrier diplomatique.
ENQUÊTE D'UN TRIBUNAL ECCLÉSIASTIQUE
Pour le Père Bouvier, la démarche du juge d'instruction de Nanterre constitue "une violation particulièrement grave du secret professionnel protégé par les lois de la République". L'officialité interdiocésaine de Lyon a donc adressé au juge Bellancourt, il y a deux semaines, une demande de restitution des pièces saisies et d'annulation de la procédure.
Au parquet de Nanterre, on reconnaît que la situation est "inédite". Pour les spécialistes en droit canonique, il ne fait aucun doute que les enquêtes des tribunaux ecclésiastiques sont couvertes par le secret professionnel. "Une des fonctions de l'évêque est de rendre la justice à l'intérieur de son église. Par conséquent, la juridiction ecclésiastique fait partie de l'exercice du culte et doit être protégée comme telle par le secret professionnel", affirme le Père Jean-Paul Durand, doyen de la faculté de droit canonique de Paris. Sur ce point, l'Eglise catholique s'appuie sur un arrêt de la Cour de cassation du 29 mars 1989, rendu dans une affaire concernant l'officialité du diocèse de Nouméa (Nouvelle-Calédonie). La haute juridiction avait rappelé que "nul ne peut être contraint à produire en justice des documents dont il a eu connaissance dans l'exercice de ses fonctions et touchant à l'intimité de la vie privée des personnes".
Dans un communiqué du 5 octobre (2001), l'officialité de Lyon précise qu'elle "entend bien participer, dans la mesure de ses moyens, au travail de la justice". Mais elle se refuse à "trahir la confiance qui lui est accordée par les croyants". Déjà, dans le procès pour "non-dénonciation d'atteintes sexuelles sur mineur de quinze ans" contre Mgr Pierre Pican, évêque de Bayeux (Calvados), en juin, l'enjeu était la question de la "confidence".
* Xavier Ternisien, Le Monde, 09 octobre 2001, p. 22, lemonde.fr | 08.10.01 | 17h15

Monseigneur Pican invite les victimes de l'abbé Bissey au pardon
Non seulement l'évèque de Bayeux et Lisuex, Mgr Pican, condamné en septembre (2001) à trois mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d'atteinte sexuelle sur mineurs, ne fait pas amende honorable, mais il demande aux victimes des actes pédophiles de l'abbé René Bissey "un moment de pardon".
Invité lundi 24 décembre (2001) sur France Bleu Basse Normandie, le prélat les a interpellées en c sens : "Aux victimes du père BIssey ; j'oserai dire : qu'elles aient la patience [...] de profiter de toutes les occasions pour qu'un moment de pardon, peut-être, puisse être formulé dans l'intime de leur coeur en direction de l'auteur", a-t-il déclaré,
Mgr Pican a toutefois nuancé ses propos en reconnaissant que ce pardon ne pourrait probablement pas intervenir 'avant des années".
Interrogé sur sa condamnation, le prélat a déclaré :"J'ai eu le sentiment, qui demeure un peu, des immenses limites de la justice humaine". Et il a ajouté, pour que l'on comprenne bien :"Je ne suis pas de près ou de loin, impliqué dans cette affaire. Je le suis en qualité de responsable."
Libération, 26 décembre 2001, p. 12

Pédophilie: L'Église canadienne se soustrait aux directives de Rome
L'Église catholique canadienne n'entend pas faire traiter les cas de pédophilie chez ses prêtres par les tribunaux ecclésiastiques, allant ainsi à l'encontre des directives adressées en novembre dernier par le Vatican à tous les évêques catholiques. Elle laissera plutôt aux tribunaux civils le soin de juger les responsables d'agressions sexuelles, estimant ces juridictions plus aptes à examiner ce type de cause.
Les scandales de moeurs qui ont éclaboussé l'Église catholique au cours des dernières années ont forcé le Vatican à édicter une procédure visant à trancher les cas d'agressions sexuelles et de pédophilie dans les rangs de ses prêtres. Une lettre envoyée en novembre à tous les évêques catholiques du monde, dont le contenu n'avait jusqu'alors pas été ébruité, détaille les procédures à suivre: les clercs fautifs seront soumis à un procès ouvert, soit devant un tribunal ecclésiastique local, soit devant la congrégation vaticane. Ces procédures exemptent donc les évêques d'aviser les autorités judiciaires des cas soumis à leur attention.
Rome exercera ainsi une forme de contrôle sur le problème qui a maintes fois entaché l'image de l'Église catholique. Publiée mardi dans l'Acta Apostolicæ Sedis, la publication officielle du Vatican, la lettre envoyée aux évêques avait été validée par un document Motu Proprio signé par le pape Jean-Paul II.
Au Canada toutefois, pas question de se plier à cette directive, indique Mgr Peter Schonenbach, secrétaire général de la Conférence des évêques catholiques du Canada. Lors d'un voyage à Rome en novembre dernier, le président de cette conférence, Mgr Jacques Berthelet, et Mgr Schonenbach avaient d'ailleurs fait savoir au cardinal Joseph Ratzinger, l'auteur de la directive, que ces procédures ne pourraient pas être appliquées au Canada. "Nous avons déjà une longue histoire de protocole dans chaque diocèse pour que les évêques sachent comment gérer ce genre de problème. Quand il y a soupçon d'activité criminelle, nous travaillons tout de suite de concert avec les autorités compétentes de justice. Et ça, nous ne pouvons y déroger", explique Mgr Schonenbach. Mgr Ratzinger s'est d'ailleurs rendu à leurs arguments, reconnaissant que la qualité du système de justice canadien le permet.
Le recours à un tribunal ecclésiastique pourrait survenir dans le cas d'un évêque appelé à statuer sur le traitement à accorder à un prêtre ayant déjà purgé une peine de prison à la suite d'une condamnation, suggère Mgr Schonenbach. Il rappelle que les tribunaux ecclésiastiques s'apparentent aux tribunaux professionnels des médecins et des avocats et qu'ils peuvent traiter les causes de délits commis contre l'eucharistie et le sacrement de pénitence. Mais selon lui, ils demeurent inadéquats pour les causes d'agressions sexuelles commises à l'endroit de mineurs.
La politique de justice en vase clos du Vatican étonne l'avocate criminaliste Sophie Bourque: "Par contre, la position de l'Église catholique canadienne est conforme à la position de transparence qui prévaut dans la société à l'heure actuelle, où on demande de plus en plus de transparence de nos institutions. Mais il faut dire qu'on a eu notre lot d'incidents, avec les cas de l'orphelinat de Terre-Neuve, d'Hubert O'Connor en Colombie-Britannique et des autochtones dans les orphelinats, un dossier qui n'est d'ailleurs pas réglé. L'Église canadienne a été sur la sellette et obligée de prendre position avant d'autres Églises."
Selon l'avocate, la décision d'intenter des poursuites criminelles contre un agresseur devrait appartenir à la victime et non à l'Église. Le droit criminel canadien n'oblige pas un individu à dénoncer un crime à la police, rappelle-t-elle. La Loi sur la protection de la jeunesse au Québec prévoit toutefois que toute personne ayant connaissance d'un cas d'agression sexuelle commise sur la personne d'un mineur doit le signaler à la Direction de la protection de la jeunesse.
Le père Francis G. Morrisey, professeur à la faculté de droit canonique de l'Université Saint-Paul, juge favorablement les nouvelles directives du Vatican. "Je crois que la décision du Saint-Siège montre une volonté de prendre très au sérieux les cas de pédophilie. D'ailleurs, cette décision n'empêchera pas la poursuite des responsables en vertu du droit civil. [...] En même temps, cette décision témoigne d'une volonté de centralisation additionnelle de la part du Vatican, ce qui constitue un élément négatif."
Il faut situer les directives portant sur la pédophilie dans l'ensemble des nouvelles dispositions annoncées en latin dans le dernier annuaire Acta Apostolicæ Sedis (Actes du Siège apostolique), faisant le point sur l'activité de la Curie romaine en 2001. Selon le nouveau Code de droit canonique promulgué sous l'autorité de Jean-Paul II en 1983, certaines offenses devaient dorénavant s'ajouter à la liste dont le traitement est réservé au Vatican, soit, en fait, à la Congrégation pour la doctrine de la foi, héritière contemporaine de l'Inquisition. "Mais on ne savait pas quelles offenses précisément", a expliqué le professeur Morrisey, joint hier à Ottawa. "Les anciennes normes de 1962 restaient en vigueur jusqu'au 11 novembre 2001. Maintenant, on sait qu'une dizaine de situations, dont celles ayant trait à la pédophilie, devront être référées obligatoirement à la Congrégation pour la doctrine de la foi."
Ces offenses se regroupent sous trois types de délits: ceux contre l'eucharistie (par exemple, "jeter les saintes espèces"), ceux ayant trait aux sacrements de pénitence (par exemple, la violation du secret de confession), les fautes contre la morale en fonction du sixième commandement du Décalogue ("luxurieux point ne sera de corps ni de consentement"), dont, justement, les relations sexuelles avec des mineurs.
Jusqu'au 11 novembre dernier (2001), l'évêque pouvait donc lui-même intenter des poursuites pour ce genre de faute en vertu du droit canonique. Dorénavant, il doit obligatoirement référer la cause au Saint-Siège. D'ailleurs, selon le professeur Morrisey, certains évêques ne sont tout simplement pas "équipés" pour mener de tels procès, qui nécessitent des enquêtes préliminaires et un jugement en bonne et due forme. "Mais si nous avons le document du pape accordant l'autorité à la Congrégation et la liste des offenses, nous ne connaissons pas la liste des procédures à suivre", a ajouté le professeur de droit, qui juge cette situation regrettable. "C'est toujours un secret et c'est très embêtant. On ne sait toujours pas comment seront menés les procès canoniques."
Les situations nationales varient. Certains pays en Amérique latine et en Europe (dont l'Espagne et l'Italie) ont signé un concordat avec le Vatican stipulant qu'une décision ecclésiastique a un effet civil, par exemple dans les cas de divorce. Ce n'est pas le cas aux États-Unis et au Canada, où le droit de l'État conserve sa préséance sur l'Église.
Jeanne Corriveau, Stéphane Baillargeon, Le Devoir Edition Internet, 10 janvier 2002.

Pédophilie : des instructions difficiles
Les informations judiciaires relatives à des viols ou des atteintes sexuelles sur des enfants, sont des affaires extrêmement difficiles à instruire, pour lesquelles la justice souffre d'un manque de moyens criant.
Selon le ministère de la Justice, le nombre de condamnations pour crimes sexuels (viols) concernant des mineurs est passé de 331 en 1990 à 599 en 2000, tandis que les condamnations pour délits sexuels passaient dans le même temps de 1.861 à 4.425. " Ces dossiers sont, la plupart du temps, de véritables casse-tête chinois. Les accusations portées sont très graves et les éléments de preuves extrêmement difficiles à rassembler ", reconnaît Me Costantino, avocat de l'association Enfance et Partage.
L'administration de la preuve est au cœur de cette difficulté, dans des affaires qui se résument souvent à la parole de la victime, parfois difficile à décrypter ou analyser, contre celle de l'accusé. " Il existe une opposition entre, d'un côté, une logique de souffrance, de passion, de conviction, et de l'autre une logique judiciaire dans laquelle le travail central reste d'établir des infractions et de rassembler des éléments de preuve ", explique Yvon Tallec, de la section des mineurs au parquet de Paris.
Si, dans les affaires de viols, les expertises médicales permettent parfois d'établir clairement les faits, parvenir à des certitudes juridiques est plus difficile dans les instructions portant sur les attouchements sexuels, qui relèvent du tribunal correctionnel.
La Nouvelle République du Centre Ouest - 18.01.2002

L'Eglise catholique américaine face aux abus sexuels des prêtres
Elle vit sa plus grave crise depuis un siècle. En pleine semaine de Pâques, deux des trois principaux hebdomadaires américains, US News et Time, se demandent si l'Eglise peut "sauver son âme" ou "se sauver elle-même". Le troisième, Newsweek, avait déjà consacré sa couverture, il y a un mois, au scandale des prêtres pédophiles, sous le titre : "Le sexe, la honte et l'Eglise catholique". Le sujet ne quitte pratiquement pas la première page des quotidiens.
Les révélations sur les agressions sexuelles commises par des prêtres et, plus encore, la mise au jour des efforts de la hiérarchie pour étouffer ces affaires, en proposant aux victimes de se taire en échange d'énormes indemnisations, provoquent un malaise dans les rangs catholiques et une avalanche de condamnations de la part des non-catholiques.
Cette crise, la plus grave qu'ait connue l'Eglise américaine depuis un siècle, est née de la découverte qu'un ancien prêtre du Massachusetts, John Geoghan, aujourd'hui condamné à dix ans de prison pour avoir abusé d'un enfant, avait fait en réalité 130 victimes au cours d'une longue carrière qui l'avait mené de paroisse en paroisse, l'archevêché de Boston se contentant de le muter à chaque nouvel incident. Le cardinal Bernard Law, archevêque depuis 1984, est désigné comme complice dans certaines plaintes de victimes, et un prêtre de Boston a demandé sa démission.
LA QUESTION DU CÉLIBAT
Un deuxième cardinal, l'archevêque de New York, Edward Egan, est mis en cause car lui aussi, quand il était évêque de Bridgeport, dans le Connecticut, préférait muter les prêtres accusés d'agressions sexuelles plutôt que de les dénoncer ou de les suspendre. Le diocèse de Bridgeport a dû payer, en 2001, entre 12 millions et 15 millions de dollars aux victimes de six ecclésiastiques.
L'archevêque de Washington, le cardinal Theodore McCarrick, n'a pas hésité, lui, quand le curé de Saint-Augustin, la plus ancienne paroisse noire de la capitale américaine, a été accusé par deux femmes d'avoir abusé d'elles il y a vingt ans. Le Père Russell Dillard, bien qu'ami personnel du cardinal, a été suspendu, le 21 mars, sans même être autorisé à s'expliquer devant ses paroissiens.
Son cas montre, d'ailleurs, l'impropriété du mot de pédophilie pour rassembler ces affaires car, le plus souvent, les personnes agressées sont des adolescents ou, s'agissant du Père Dillard, des adolescentes ; les pédophiles, au sens strict, semblent peu nombreux. Cependant, la blessure causée par l'agression est liée au statut de l'agresseur autant qu'à l'âge de la victime. "Qu'un prêtre s'en prenne à vous sexuellement, c'est comme si la loi de la gravitation universelle cessait de s'appliquer", dit David Clohessy, un consultant politique de Saint-Louis, dans le Missouri, qui a créé un site Internet pour les "survivants" (www.survivorsnetwork.org).
Quinze ans après les affaires révélées au milieu des années 1980, il est clair que la hiérarchie de l'Eglise américaine n'a pas pris les mesures qui s'imposaient. "Ce qui l'a emporté, c'est ce que nous appelons la culture du clin d'œil approbateur", n'hésite pas à déclarer Scott Appleby, professeur d'histoire du catholicisme américain à l'université catholique Notre-Dame, dans l'Indiana. "Je ne dis pas, ajoute-t-il, que les évêques sont portés à l'indulgence envers les pédophiles ou envers les prêtres ayant des relations sexuelles avec des mineurs, mais il y a un climat général d'impunité pour ceux qui ne respectent pas le vœu de chasteté."L'explication de ce climat réside sans doute, en partie au moins, dans la baisse du recrutement des prêtres. Aussi la question du célibat est-elle de nouveau posée, non parce qu'il serait la cause de comportements déviants ou agressifs, mais parce qu'il détournerait de la prêtrise de nombreux jeunes gens désireux de vivre pleinement leur vie selon les normes d'aujourd'hui ou bien redoutant de ne pouvoir assumer le sacrifice de leur sexualité.
Les propos de Jean Paul II dans sa lettre aux prêtres pour le Jeudi saint, rendue publique le 21 mars, ont été ressentis par beaucoup comme allusifs et plus soucieux du tort causé à l'Eglise que des souffrances endurées par les victimes. Le pape ayant parlé du "mystère du mal" auquel ont succombé les coupables, la journaliste Maureen Dowd commentait, cinglante, dans le New York Times : "Il n'y a rien de mystérieux dans la pédophilie. C'est un crime."
Comme le dit un prêtre, on ne peut pas imaginer de principes de vie plus à contre-courant de la société américaine que les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. En outre, l'anticatholicisme ne dort jamais tout à fait dans un pays où il fut aussi virulent et souvent plus violent que l'antisémitisme. En même temps, souligne M. Appleby, l'Eglise catholique est aux Etats-Unis, en dehors de la puissance publique, l'organisation qui entretient le plus grand nombre d'écoles et d'hôpitaux, ce qui lui vaut un large respect. Encore faut-il qu'elle en soit digne.
Patrick Jarreau, LE MONDE | 27.03.02 | 16h10

Un désaveu pour le clergé
Sans qu'aucun chiffre précis puisse être avancé, le nombre de prêtres accusés d'agressions sexuelles sur des mineurs serait d'environ deux mille, les faits s'étant produits au cours des trente dernières années. De nombreuses plaintes ont été déposées après les révélations retentissantes du mois de février concernant un ancien prêtre du Massachusetts. Certaines évaluations situent autour de 1 milliard de dollars le montant total des indemnisations que les diocèses pourraient devoir verser aux victimes et, parfois, à leurs familles.
Les catholiques sont extrêmement critiques quant au comportement de la hiérarchie face aux délinquants sexuels. Une étude menée de l'institut de sondages Zogby International montre que 75 % des Américains se disant catholiques ont un jugement négatif, exprimé aussi par 56 % de ceux qui vont à la messe chaque jour. Globalement, la confiance des catholiques dans leur clergé est tombée de 84 %, en octobre 2001, à 68 % aujourd'hui. A Boston, où de nombreux fidèles demandent la démission du cardinal Bernard Law, une "contre-messe" du Vendredi saint doit être organisée, en signe de protestation, à l'extérieur de la cathédrale.

L'Eglise catholique irlandaise gravement atteinte par un scandale de pédophilie
Trois mille témoignages de sévices
L'Eglise catholique irlandaise est rattrapée par son passé. Le premier scandale public suscité par les révélations d'abus sexuels commis sur des enfants par des membres du clergé irlandais remonte à 1994. Depuis, des centaines d'adultes ont fait connaître les sévices sexuels, voire les viols dont ils avaient été victimes, dans des institutions gérées par l'Eglise : collèges, orphelinats, centres d'apprentissage, maisons de redressement, hôpitaux.
Plus de 3 000 personnes ont proposé de témoigner des abus qui leur ont été infligés. En janvier dernier, l'Eglise et l'Etat se sont entendus pour les indemniser - en échange d'un abandon de leurs poursuites judiciaires - pour une somme qui pourrait s'élever à 500 millions d'euros, dont un quart sera versé par les congrégations religieuses. Ces violences et ces crimes ont, pour la plupart, cessé à la fin des années 1970.
PLAINTES SANS SUITE
Mais des sévices ont continué, ternissant gravement l'image de l'Eglise, à mesure qu'ils étaient rendus publics. Ils étaient le fait de prêtres ou d'enseignants d'écoles catholiques, parmi lesquels plusieurs ont été jugés et emprisonnés. Le cas le plus connu est celui du Père Sean Fortune, qui s'est suicidé en 1999 après avoir été inculpé d'abus sexuels sur 66 enfants. C'est à son propos que ce dossier, si embarrassant pour l'Eglise et, à un moindre degré, pour le gouvernement de centre droit, qui est proche d'elle, défraie à nouveau la chronique, après la diffusion par la BBC le 19 mars - puis par la télévision irlandaise le 2 avril - d'un documentaire accusant le Père Fortune d'avoir poussé au suicide quatre jeunes garçons et mettant en cause Mgr Brendan Comiskey, évêque de Ferns (sud-est de l'Irlande) pour n'avoir donné aucune suite aux plaintes formulées contre le prêtre dès les années 1980.
L'évêque, âgé de 66 ans, a été contraint de démissionner le 1er avril. Il a remis en personne sa démission au pape qui l'a acceptée samedi 6 avril. Dimanche, le cardinal Desmond Connel a reconnu à Dublin le "terrible mal" fait à des enfants par "certains de ceux qui étaient nos frères". Il a présenté les excuses de l'Eglise aux victimes, lors d'une messe de commémoration du bicentenaire de l'ordre des Frères chrétiens. Cet ordre, pilier du système éducatif irlandais depuis deux siècles et présent dans une vingtaine de pays, est l'un de ceux dont la réputation a été flétrie par des actes pédophiles commis en son sein.
Le gouvernement a chargé le juge George Birmingham, l'un des plus respectés du pays, d'enquêter sur les actes pédophiles dont sont accusés plusieurs prêtres. Les victimes demandent que toute la lumière soit faite, rien de plus mais rien de moins. "Je continue de croire en Dieu, mais je ne crois plus du tout dans les institutions de l'Eglise", déclarait au quotidien Irish Times, Marie Collins, une quinquagénaire qui habite Dublin. Un prêtre a abusé d'elle lorsqu'elle avait 13 ans.
Jean-Pierre Langellier, Le Monde, 9 avril 2002, p. 6, LE MONDE | 08.04.02 | 15h23

Jean-Paul II : la pédophilie, " péché effroyable "
"CES ABUS sont immoraux à tous points de vue et la société les considère à juste titre comme un crime ; c'est aussi un péché effroyable aux yeux de Dieu " : c'est en ces termes que, pour la première fois hier, Jean-Paul II s'est exprimé sur la grave crise que traverse l'église catholique aux Etats-Unis en raison des actes pédophiles commis par des prêtres.
Dans un discours adressé aux treize cardinaux américains réunis au Vatican jusqu'à ce soir, le pape qui s'est déclaré " profondément peiné ", a affirmé que " les gens ont besoin de savoir qu'il n'y a pas de place dans le clergé (...) pour ceux qui veulent faire du mal à la jeunesse ".
Exprimant sa " solidarité aux victimes de violences sexuelles et à leur famille où qu'elles soient ", le souverain pontife a invité les fidèles à ne pas oublier " l'immense bonté spirituelle et sociale " d'une vaste majorité des prêtres américains.
" Une grande oeuvre d'art peut être imparfaite mais sa beauté demeure ", a estimé le souverain pontife. Ces deux jours de confrontation pourraient permettre de définir la façon dont l'Eglise américaine sanctionnera les prêtres pédophiles et sa position quant à la remise d'éventuels coupables aux autorités judiciaires. Le Code de droit canon prévoit des punitions pouvant aller jusqu'à l'interdiction d'exercer le ministère.
Quant au président de la conférence épiscopale américaine, Mgr Wilton Daniel Gregory, il a déclaré hier qu'au sein de l'église catholique aux Etats-Unis, " la lutte continue pour s'assurer que les séminaires et la prêtrise ne sont pas dominés par des hommes homosexuels ". En janvier dernier, le Vatican avait autorisé les recteurs des séminaires à recourir à des psychologues pour déterminer la personnalité d'un candidat au sacerdoce.
Philippe Baverel, Le Parisien, mercredi 24 avril 2002, p. 15

Tolérance presque zéro de l'Église catholique américaine
Après plusieurs mois de scandales qui ont gravement ébranlé l'institution aux États-Unis, la conférence épiscopale de l'Église catholique américaine réunie à Dallas a renoncé vendredi à exclure les prêtres pédophiles mais a décidé que les coupables se verraient interdire tout contact avec les paroissiens.
Les évêques ont mis plusieurs mois à définir une politique nationale, dont la charte devra recevoir le feu vert du Vatican et être respectée par les 178 diocèses du pays. Elle a été approuvée à Dallas par 239 voix contre 13, sous les applaudissements de l'assemblée.
À lire: les principaux points de la charge
"À compter de ce jour, personne qui soit connu pour avoir sexuellement abusé d'un enfant ne travaillera dans l'Église catholique aux États-Unis", a déclaré l'évêque Wilton Gregory, qui présidait la conférence. Il a présenté des excuses au nom de son institution pour sa "reconnaissance tragiquement lente de l'horreur" de la pédophilie.
En vertu de la politique définie par la conférence, les coupables d'abus sexuels passés ou à venir resteront techniquement prêtres mais se verront interdire tout travail lié à l'Église, de la célébration de la messe à l'enseignement dans une école paroissiale ou aux soupes populaires. Bref, les coupables seront tenus à l'écart des paroissiens.
Les prêtres peuvent toujours être défroqués mais la décision reviendra à l'évêque, sur l'avis d'un conseil composé principalement de laïcs.
Depuis janvier, date où le scandale des prêtres pédophiles a éclaté, au moins de 250 des 46 000 prêtres américains ont été suspendus ou ont démissionné après des plaintes pour abus sexuels. Quatre évêques ont également quitté leurs fonctions mais aucun n'a démissionné pour avoir mal géré les cas de prêtres pédophiles.
Avant la réunion, il y avait des rumeurs selon lesquelles les évêques allaient adopter une politique de "tolérance zéro" et défroquaient tous les prélats accusés d'abus sexuels. Une idée finalement abandonnée par la conférence épiscopale qui a argué qu'il semblait injuste de condamner des évêques en fin de carrière pour des faits qui dataient de plusieurs dizaines d'années en arrière.
L'évêque de Salt Lake City, George Niederauer, membre du comité qui a présenté la charte, a expliqué que ce programme permettrait de protéger les enfants. Mais les victimes se sont dites indignées d'une telle décision.
Sheila Daley, une membre du mouvement catholique libéral "Call to action", a qualifié cette charte de "faible" et "inadéquate". "Tant que les auteurs (de ces abus sexuels) peuvent utiliser le mot "Père"" pour se décrire, ils restent susceptibles de leurrer d'autres victimes", a-t-elle souligné. Son mouvement était favorable à la politique de "tolérance zéro" pour les auteurs des agressions les plus graves et à la politique de "deuxième chance" pour les auteurs de délits moins importants.
Selon le Cardinal Anthony Bevilacqua de Philadelphie, cette politique reflète le besoin de montrer une "compassion digne du Christ" aux évêques.
Associated Press - Dallas

Le secret de la confession, jusqu'où
par Marion Festraëts
L'Express du 10/02/2000
[L'Express en ligne du 06/09/2001 - Le tribunal correctionnel de Caen a condamné mardi 4 septembre Mgr Pierre Pican à trois mois d'emprisonnement avec sursis et 1 franc de dommages et intérêts aux quatre parties civiles pour n'avoir pas signalé à la justice, alors qu'il en avait connaissance, les agissements pédophiles du père René Bissey. Il s'agit de la première condamnation pénale d'un évèque depuis la Révolution française.]
Mgr Pierre Pican avait-il eu connaissance des penchants pédophiles du père René Bissey? Et, si oui, pourquoi l'a-t-il laissé au contact des jeunes sans le dénoncer? La justice tranchera
Depuis le 11 septembre 1998, jour de son arrestation, le père René Bissey, 55 ans, attend son procès en cour d'assises derrière les barreaux de la prison de Caen. Le curé est accusé d'avoir agressé sexuellement et violé une douzaine de jeunes garçons entre 1985 et 1996, profitant des liens d'amitié et de confiance tissés avec leurs familles pour mieux abuser d'eux. Une affaire dramatique, mais presque banale: ces dernières années, on a vu se multiplier les affaires de pédophilie mettant en cause le clergé catholique, du bas de l'échelon aux degrés les plus élevés de la hiérarchie - comme en Belgique, en Irlande, au Canada, aux Etats-Unis et en Autriche, où la révélation des mœurs du cardinal Groer divise l'Eglise depuis 1995.
Mais dans l'affaire Bissey - et pour la première fois en France - l'institution ecclésiastique est directement impliquée, au-delà du simple cas personnel: Mgr Pierre Pican, évêque du diocèse de Bayeux-Lisieux, a été mis en examen le 24 janvier, par le juge d'instruction Antoine Brugère, pour "non-dénonciation de crime" et "non-dénonciation d'atteinte sexuelle sur mineurs de moins de 15 ans", à la suite de la plainte déposée par quatre des familles des victimes, constituées parties civiles. En clair, on accuse Mgr Pican d'avoir su, mais de n'avoir rien dit et pis, peut-être: d'avoir laissé faire. Au nom du secret de la confession?
Dès la fin de l'année 1996, la mère de l'un des enfants agressés aurait alerté l'évêché, sans vouloir entreprendre d'action judiciaire. Convoqué par sa hiérarchie à deux reprises - en décembre 1996 et avril 1997 - le prêtre aurait avoué ses penchants pédophiles avant d'être expédié pour six mois en maison de repos puis réintégré dans une autre localité, avec mission de prendre en charge l'Action catholique de la jeunesse. "Mgr Pican avait eu connaissance des faits dès la fin de 1996, soutient Me Patrick Quentin, l'avocat des quatre familles. Il est inadmissible que René Bisset ait été replacé en paroisse en juillet 1998, pour s'occuper des jeunes. C'était tout simplement l'inciter à recommencer!"
Réagissant à sa mise en examen, Mgr Pican a déclaré dans un communiqué que cette affaire soulevait "des questions graves et délicates ayant notamment trait à la place et au rôle du secret dans notre société, en vue de la protection de la personne humaine". Un exposé qui ne cadre pas avec sa réaction lors du dépôt de la plainte des familles en juillet. Il avait alors affirmé: "Les accusations qui sont portées contre moi [...] ne reposent sur aucune réalité et sont infondées. [...] Je n'avais pas été informé des actes reprochés au père Bissey." Oui ou non, l'évêque savait-il? Et, s'il savait, l'argument du secret est-il recevable?
L'Eglise continue de fermer les yeux
Au moment où l'on évoque enfin au grand jour le drame de la pédophilie, alors que toutes les institutions y sont désormais attentives et n'hésitent plus à dénoncer, que l'Education nationale a fait son mea culpa sur la loi du silence, qui a prévalu pendant des décennies, pour enfin mettre en place une série de mesures de protection des enfants, l'Eglise continue de fermer les yeux sur les affaires qui l'éclaboussent - en n'omettant jamais d'avoir un mot de compassion pour les victimes. A l'annonce de la mise en examen de Mgr Pican, de nombreux membres de la hiérarchie se sont indignés que l'on fasse peser un tel soupçon sur l'un des leurs, et ont mis en garde contre tout amalgame entre les agissements du père Bisset et leur non-dénonciation par Mgr Pican. Certains fulminent même contre "ces juges et ces procureurs qui cherchent depuis longtemps à se payer des évêques" et "qui ont enfin réussi"...
Pour sa part, Mgr Louis-Marie Billé, président de la Conférence des évêques de France, a déclaré être "confiant dans le fait que, si Mgr Pican a tu ces choses, il l'a fait parce qu'il a estimé en conscience être tenu au secret de telle manière qu'il ne pouvait pas faire autrement". De son côté, Mgr Joseph Duval, évêque de Rouen, réclamait le 2 février sur l'antenne de Radio chrétienne en France un non-lieu pour Mgr Pican: "C'est la question du secret professionnel [...] qui est en jeu. Si un prêtre dans l'exercice de son ministère, confession ou autre, connaît un fait condamnable, il est tenu par le secret professionnel et ce secret doit être respecté, c'est la loi." Ou plutôt c'était la loi. L'Eglise s'appuie sur un arrêt de la Cour de cassation de 1891 - antérieur à la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat - indiquant que les prêtres étaient tenus de conserver le secret d'une confidence reçue en confession aussi bien que dans le cadre d'une simple conversation. Mais aujourd'hui cette règle ne prévaut plus dès lors qu'une personne est en danger. Le Code pénal prévoit depuis 1992 que les sanctions prévues dans le cas de violation du secret professionnel ne s'appliquent pas dans les situations de sévices sur mineurs de moins de 15 ans.
Le bulletin du secrétariat de la Conférence des évêques de France rappelait même en 1998 que "le Code pénal réprimant la non-assistance à personne en péril s'applique à l'ensemble des personnes tenues au secret de par leur appartenance institutionnelle. Médecin, mais plus largement chacun des protagonistes d'un secret confié, juge, enseignant, prêtre, directeur spirituel...". Dans un Dictionnaire de théologie catholique de 1941, Nicolas Iung écrivait déjà: "Il sera permis de dévoiler un secret chaque fois qu'il n'y aura pas d'autre moyen d'éviter qu'un tiers ne subisse injustement un tort sérieux." Par ailleurs, l'usage veut qu'un évêque ou qu'un supérieur de séminaire ne soit jamais le confesseur des prêtres de son diocèse ou de ses séminaristes, pour "garder sa liberté de parole et de mouvement". Encore faut-il que cette liberté serve à quelque chose.
Le bénéfice du doute pour les prêtres
Pourtant, l'institution ne semble pas prête à faire la moindre concession sur cette sacro-sainte loi du secret: si le père Stanislas Lalanne, porte-parole de la Conférence épiscopale, reconnaît que "l'Eglise se trouve peut-être en situation de fragilité car elle est en contact permanent avec les enfants et les jeunes", il insiste sur "le respect absolu de la confidence reçue, qui fait partie de la tradition de l'Eglise". En observant que, "pour le dépositaire du secret, celui-ci peut donner lieu à un conflit de conscience entre le respect de la confidence reçue et le bien des personnes", le père Lalanne met en garde contre "une société du droit de savoir, de la transparence, où tout doit être dit". Quant au père Charles Bonnet, supérieur du séminaire d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), il déclare ne pas être "persuadé qu'il soit très sain qu'un évêque aille dénoncer ses prêtres: ce serait trahir leur confiance". Un argument irrecevable aux yeux des familles des victimes, qui ne se satisfont pas des justifications embarrassées de la hiérarchie ecclésiastique et jugent impardonnables les atermoiements des évêques: "Il ne peut pas y avoir de secret professionnel dans ce domaine-là, assène Me Quentin. Chacun se défend comme il peut, mais l'Eglise n'est pas crédible. Elle se trompe en voulant protéger ses moutons noirs."
Pour le père Charles Bonnet, le bénéfice du doute doit s'appliquer aux prêtres mis en cause par des dénonciations potentiellement calomnieuses: "Je suis pour la circonspection. Les rumeurs vont vite. Des cas de vengeance, j'en ai connu. Dans des affaires récentes, on a pu voir beaucoup de fausses accusations. Il faut être très prudent, car, lorsque la justice a quelqu'un dans le collimateur, elle le broie." Dans les affaires récentes, on a surtout vu beaucoup de condamnations. A trop privilégier la prudence, l'Eglise semble finalement se dérober à son nécessaire examen de conscience, protéger les coupables et faire peu de cas des victimes.
Longtemps muette, l'institution ecclésiale se décide à affronter le cas des prêtres déviants
L'Eglise catholique est-elle enfin prête à faire la lumière sur ses affaires de pédophilie? Après la triste chronique judiciaire de cet automne - René Bissey, un prêtre du Calvados, et André Montrichard, un abbé belfortain, condamnés aux assises à dix-huit et huit ans de réclusion; Gérard Mercury, un prêtre récidiviste du diocèse de Bordeaux, mis en examen - l'institution ecclésiale, longtemps accusée d'avoir péché par son opacité et ses réticences à affronter ce sujet, se décide à "prendre la mesure du problème", selon Mgr Louis-Marie Billé, président de la conférence épiscopale. La pédophilie sera ainsi à l'ordre du jour de la prochaine assemblée annuelle des évêques de France, réunie à Lourdes du 4 au 10 novembre. Une première, en forme de mea culpa: "Si nous pensions que tout allait bien, nous n'en parlerions pas", souligne

D'après L. Cascioli