ANTIQ RECORDS

Label metal extrême, France

Le 30/11/2011

Portés par la recherche d’œuvres intemporelles et atypiques, Sparda et Hyvermor d'Antiq Records révèlent au monde des groupes véhiculant des concepts forts et aboutis, souvent inspirés par l'Histoire. Ils ont accepté de rejoindre notre époque, le temps de répondre à nos questions.

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1. Pouvez-vous nous présenter votre label et son histoire ?

Nous avons commencé Antiq, nous étions trois, il y a deux ans. Le label a démarré sur les bases d'un ancien label, WHP, qui n'avait qu'une seule production à son actif. Nous avons commencé par de petites séries, et d'années en années nous en sommes aujourd'hui 2 ans et quelques mois après, à 11 productions. Entre temps, nous nous sommes retrouvés à deux depuis Juin, et c'est finalement plus pratique pour parler, car un label doit fonctionner avec de la réflexion mais aussi une part d'intuition. Il est à noter que nous avons toujours eu la volonté d'évoluer, mais de ne jamais renier le support cassette, qui est une part intégrante de notre activité. Antiq est un label " Do It Yourself ", ce qui veut dire que notre activité n'est déléguée à personne hormis la production matérielle de CDs. Nous mettons tout le reste au point.

2. Pourquoi avoir choisi ce patronyme ?

La mode nous relègue au passé, et le passé, nous le revendiquons fièrement. Tout passe, mais la musique reste. Si rien ne nous est resté des temps anciens, concernant la musique, c'est que techniquement, nous n'avons rien pu enregistrer. Aujourd'hui, nous avons décidé de fixer des œuvres dans le temps. Dans un sens moins philosophique, tous nos groupes ont des concepts qui s'attachent à des histoires ou des valeurs disparues pour certaines, oubliées pour d'autres. C'est Sparda qui a proposé le nom du label, et je trouve cela génial. Antiq, c'est l'Anti, soit le contrepied de tout ce qui a put être fait. Mais pas du non-conformisme classique. Un autre temps, d'autres espaces. Ce Q dont la barre s'arrête brutalement, comme te forçant à couper la parole, il tranche la discussion. Il contraint à reprendre son souffle après avoir osé le prononcer.

3. Pouvez-vous nous présenter les groupes qui sont signés chez vous ?

Il semblerait que nos groupes soient amenés à être renouvelés bientôt. Anceisural Eritance, par exemple, sort cette semaine son seul et dernier disque sur Antiq. J'aimais pourtant beaucoup ce projet de médiéval / black.

Braquemaard finalise en ce moment son album posthume. Ce sera, je pense, la dernière occasion d'entendre ce bijou de pure brutalité. C'est du brutal death, aux textes principalement axés sur la torture médiévale, et là une fois de plus, l'imagerie classique n'est pas au rendez-vous, puisque tout est pensé et étudié pour coller au concept avec le plus de vérité.

Échafaud, vieux routard d'Antiq, puisque le premier signé, est un projet de punk / crust et black'n'roll renaissance très inspiré par les châteaux de la Loire. En ce moment, un membre traîne en Allemagne, s'il revient, on lui casse la gueule, on se pinte avec lui, et on lui fait enregistrer un nouvel album. On n'a pas besoin de plus d'une heure pour faire tout ça.

Ê, projet Ê, est un groupe fort à concept, très avant-gardiste dans Antiq puisqu'il a le premier versé dans la Seconde Époque d'Antiq. C'est du doom death sumérien, ambiant, assez prometteur je pense, et il a mis la barre assez haute après la Première Époque en sortant son second album Kherubîm.

Hanternoz, un groupe de pagan de Bretagne. Inspiré de musiques traditionnelles des régions de France, Bretagne principalement, ce groupe nourrit de grands espoirs. Après le split sorti avec Ilbeltz et Ae, Hanternoz s'attachera à créer un nouvel album particulièrement travaillé.

Hierophante (doom old school / heavy / funeral), réalise en ce moment son deuxième album. Un album long, puissant, tout à fait inscrit dans la Seconde Époque.

La Chambre Ardente, groupe le plus honni de France, aura certainement envie cette année de repartir en croisade. Le duo de black brutal ultra-catholique et conservationniste va revenir je pense, et avec un concept plus sombre, plus lent et plus fatidique.

Yele Solma a particulièrement étonné avec son dark ambient vaudou. Je pense cependant que le groupe aura envie de s'essayer à un nouveau label plus proche de ses aspirations (vinyles, etc).

Ah, et un nouvel arrivant, Horror Freak. C'est un horror metal très inspiré, avec une imagerie de film d'horreur, un côté grandiloquent assez assumé.

En gros, en début 2012, le label va se retrouver à 6 groupes au lieu de 11, je crois. Ce qui nous laissera beaucoup plus de temps pour s'occuper de ceux là.

4. Quels sont vos critères de choix pour signer des groupes, comment les repérez-vous ?

Un groupe qui veut être signé par Antiq doit avant tout avoir foi en son concept, plus que foi en son succès. Un concept fort, porté par une volonté de vérité au-delà de tout effet de mode. C'est pas tout de faire de la super musique, mais mélanger des époques, de la fantasy, des anachronismes, pour nous c'est inacceptable. Nous servons l'histoire, nous recherchons dans le présent ce qui marquera le passé de demain. Nous ne cherchons pas des techniciens de la musique, mais des fanatiques de leurs propres musiques. En gros, quelqu'un de logique, qui fasse une musique à concept marqué, ou figurative, et qui aille jusqu'au bout de son raisonnement musical. Un terroriste de l'audition, en somme.

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5. Comment accompagnez-vous vos groupes avant et après la sortie de leur album ?

Nous établissons un rapport amical poussé avec les entités qui fraient avec nous, les membres de l'arthrolabel. Nous nous tenons au courant de toute nouveauté concernant leur travail, et cherchons à alimenter leur motivation par un dialogue obsessionnellement concentré sur la sortie en question. Dopé à mort, l'artiste invoqué va déployer des prodiges d'énergie et de créativité, et nous prenons garde à ne jamais laisser tomber cette motivation. A la sortie d'un album confidentiel (cassette, split), nous limitons les chroniques à une sizaine. Lorsque l'album a mûrit plus longtemps, nous faisons toute la promo de guerre : une bonne vingtaine de chroniques, quelques interviews. Nous dressons ensuite le bilan de la promo, puis plus longtemps après le bilan de l'album, car même si nous ne regrettons jamais une sortie, certains choix sont parfois nécessaires, comme après Hanternoz, Linceuls d'Ecume. Le choix de verser le label dans la Seconde Époque (ou Époque Hygiéniste) et de commencer la mise en chrysalide dès le milieu de l'année dernière.

6. En interview, les groupes aiment (de manière générale) se plaindre de leur label. Et vous, qu'avez-vous à leur reprocher ?

Oh, les labels ce sont les grands méchants en général... Les groupes Antiq sont les extensions de l'arthrolabel, et ils fonctionnent en cercles, les membres de ces groupes s'entraidant quelquefois. Ces groupes font le maximum qu'il est possible de faire, et nous en faisons autant. Nos groupes sont mûrs et intelligents, et j'aurais peut-être à reprocher aux groupes d'Antiq d'avoir tant de projets et de les réaliser si lentement. J'ai parfois envie d'être à l'autre bout du tube et de regarder en arrière. Certains projets sont basés sur des groupes d'années entières, figure toi ! Mais le temps fait souvent les choses, et c'est une erreur de vouloir accélérer sa course. T.T.T.

7. Par quels biais distribuez-vous vos productions ?

Nous vendons nous mêmes, de main à main, ou via Internet qui est le moyen inévitable aujourd'hui. Nos productions sont disponibles chez certains petits disquaires dans l'ouest de la France, et dans de multiples distros de tout les pays puisque nous tradons pas mal avec d'autres label. Nous nous déplaçons aussi à l'occasion de concerts pour apporter le vrai UG à la porte des salles, c'est Antiq qui se charge de ce métier car Antiq sépare deux corps :

  • Sparda, dans une attitude hermésiste, s'attache à la diffusion de nos supports phonographiques.
  • Hyvermor, dans une attitude hermétique, se concentre sur une connaissance plus grande de notre cercle d'évolution et d'influence.

8. Manager un label aujourd'hui, c'est accepter la fatalité de travailler à fonds perdus ou c'est lutter contre la dématérialisation du marché de la musique (je n'ose plus dire du disque) ?

On se fiche pas mal de la musique dématérialisée, ça ne nous concerne pas. Puisqu'on ne fait pas que de la musique mais un art total avec son imagerie, ses histoires... L'objet est aussi important que la musique. Ça nous embête de voir notre musique piratée sur le net, mais les gens qui s'intéressent à l'UG et qui vont télécharger une production de 50 exemplaires d'un groupe paumé du fin fond de la France sont des gens intelligents. S'ils aiment ils achèteront l'œuvre complète : musique et objet. Je ne pense pas que l'UG soit menacé par la dématérialisation. Donc oui, à notre échelle, on est voué à travailler à fonds perdus, et on préfère creuser ce trou et proposer un objet intéressant que faire dans la facilité. De toute manière, posséder une antiquité en format numérique, revient à ne posséder que 25% d'une œuvre et c'en est une vision faussée, de facto. Il vaut mieux ne rien posséder qu'être détenteur d'un fragment.

9. En parlant de marché, il en existe encore un pour les cassettes, ou vous ne proposez des œuvres dans ce format que par nostalgie ?

Nous voulons proposer la possibilité de posséder plusieurs œuvres en différents formats. La cassette, bien maîtrisée et masterisée, possède un son plus que correct et même agréable. La nostalgie n'entre pas en compte car nous utilisons encore ce support dans la plupart de nos écoutes. Certaines personnes achètent des cassettes.

10. Sur votre site, vous mettez clairement en garde les contrefacteurs qui essaieraient de vous plagier. Dior et Antiq Records, même combat ?

Nous ne comptons pas faire l'éducation de tout le monde. Quand nous avons eu des ripps, nous les avons montrés du doigt, fustigés, mais nous n'avons pas poussé des cris d'orfèvre pour autant. Nous montrons les ripp offs du doigt, mais nous ne faisons pas de cette chasse un idéal de vie. Nous les signalons simplement, comme on signale un trou dans un chemin : si on s'y prend bien, on peut l'éviter. Mais nous ne les tuons pas, nous réservons notre temps à autre chose qu'à ce genre de safari. Les gens qui ont des objets Antiq savent les reconnaître.

11. Existe-il une solidarité dans la scène UG, ou est-ce une lutte permanente pour la survie (seul contre tous) ?

Nous voulons juste promouvoir et faire connaître nos groupes occultes, cryptiques et détachés de tout. J'ignore pour ma part ce que tu appelles la scène UG. Nous adaptons notre fonctionnement à notre microcosme et aux temps. Antiq ne lutte pas pour survivre, nous nous contentons de nous mettre en chrysalide avant de grosses productions, et nous pouvons en certaines occasions fonctionner à un rythme très, très ralenti. Les changements d'Époque quant à eux, nécessitent plus d'énergie mais nous réussissons assez bien à verser les Époques.

12. D'ailleurs, avez-vous d'autres labels avec lesquels vous collaborez et que vous voudriez promouvoir auprès de nos lecteurs ?

Les lecteurs qui cherchent à obtenir des objets Antiq n'ont besoin de chercher qu'auprès de nous avec notre catalogue complet. Si vos lecteurs cherchent des productions conventionnelles, il existe de nombreux labels excellents, qui font très bien leur travail et sont très présents sur le net.

13. L'UG, est-ce une première étape avant la conquête du monde ou une fin en soi ?

La musique n'est ni une marche à gravir, ni un piédestal où se hisser je crois. La musique, c'est simplement le stylobate de la colonne sur laquelle notre vie est posée. Chaque objet que nous produisons, chaque pièce manufacturée et affûtée pour frapper un but, tout cela est réglé avec une précision terrible dont la portée dépasse de loin la simple pochette qu'on croise sur le net, ou la musique en ligne. Oui, le monde est déjà conquis en un sens, puisque nous faisons ce que personne ne fait, nous avons conquis notre réseau en le tissant. Mais grâce au système des Époques, nous faisons évoluer tout cela pour ne pas faire stagner nos projets.

14. Quels sont vos projets en cours ?

Nous sortons cette semaine un split album regroupant trois puissants groupes de la scène pagan / black d'Europe occidentale, dont nous sommes extrêmement fier. C'est la preuve que la Seconde Époque peut exister, qu'elle est viable, et même qu'il faut l'encourager. Ilbeltz, Hanternoz et Anceisural Eritance livrent un split qui est objectivement l'une des grandes réalisations du label et un objet de collection puisque limité à un nombre de 100 ! Au début de l'année 2012, il y aura également le premier et seul album posthume d'un groupe de brutal death, Braquemaard. Inspiré des tortures médiévales, avec un souci d'exactitude dans ses représentations, l'objet sera également assez beau, avec un grand livret plein d'illustrations. Nous nous mettrons en chrysalide début 2012 pour pas moins de 3 projets simultanés.

15. Comment les talents de demain qui se sont reconnus dans votre philosophie peuvent ils vous contacter ?

Ils peuvent nous envoyer un mail, et nous y répondons systématiquement :

antiq.label[@]gmail.com

Bien sûr, nous consacrons déjà énormément de temps à l'arthrolabel. Donc, en attendant de procéder à la mise en greffe, d'éventuels groupes auraient à faire leurs preuves, en montrant leur capacité à changer d'Époque à la demande du label, à proposer du matériel vraiment étonnant.

16. Vous qui êtes portés sur l'Histoire, comment souhaiteriez-vous que l'on se souvienne d'Antiq Records dans quelques décennies ?

Décennies ? Tu me permets de corriger par lustres ? Ahah !

Je pense pouvoir parler en tant qu'Hermetiste et au nom de l'Hermesiste, pour dire que nous souhaiterions que l'on ne porte pas sur Antiq le même regard que sur sa Première Époque. Ce n'est absolument pas la même chose. L'Époque Archéenne ou Première Époque est bien terminée pour les groupes Antiq. J'aimerai que, plus tard, on se souvienne d'Antiq comme « d'une volonté de regrouper des personnes, auditeurs et auteurs, de mêmes aspirations dans une corporation de gens voués à les promouvoir par l'Art. »

Mais après tout, nous verrons bien en temps et en heure.

T.T.T.

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