IN EXTREMIS

inextremis

Fanzine, France

février 2010

Couramment, dans les discussions, on oppose les fanzines en papier, plus "élitistes" aux webzines, trop "démocratiques"; à mes yeux, les deux support seraient plutôt complémentaires, touchant chacun leur public et se nourrissant l'un de l'autre. C'est pour cela que La Horde Noire a ouvert depuis longtemps une rubrique "Fanzines". Et In Extremis y trove tout naturellement sa place. Malgré son petit format, sa qualité et le bon esprit de son unique concepteur a vite attiré notre attention. Il nous fait l'honneur de nous répondre dans un entretien fleuve.


1.Hello jean ! Rappelle-nous d'où tu es et surtout, depuis quand tu traines ta veste à patsch dans le milieu métal...Quel à été ton parcours métallique?

J'habite Lille depuis quelques années maintenant, la région Nord/Pas-de-Calais tout en haut du pays, une ville bien vivante entre Paris, la Belgique et l'Angleterre. Auparavant j'étais plutôt sur Lens d'où je suis natif, en plein bassin minier à une 30aine de kilomètres de là. Tu sais les terrils, le chômage, l'alcoolisme, un bien beau coin où les clichés ont la vie dure, l'idéal pour un suicide avant 30 ans. Ma conversion au hard-rock/métal c'était au début des années 80, le cd n'existait pas, internet non plus, le moyen-âge en somme. C'est l'album "Back In Black" d'Ac/dc qui a fait que... ensuite tout s'est enchaîné progressivement. Avec l'émergence des différentes vagues telles que le thrash, le death-metal puis le black, mes goûts ont évolué, se sont radicalisés, le parcours classique d'un passionné de métal. Sinon des vestes patchées y a longtemps que j'en porte plus, par contre j'ai gardé les cheveux.

2.Bon alors j'ôte la mienne pour pas avoir trop l'air con ! Ensuite, dis-nous quels étaient les premiers groupes qui t'ont fait tomber du côté obscur de la force métallique ? A tes yeux, sont-ils bons comparés aux nouveautés que tu épluches régulièrement dans In Extremis Newsletter ? D'ailleurs, quels sont tes références pour la décennie 2000 ?

Tous les grands dinosaures classiques de l'époque m'ont traumatisé : en heavy-metal Judas Priest, Maiden, Accept, Saxon, Manowar mais aussi des trucs plus anciens comme Black Sabbath, Deep Purple, Thin Lizzy. Rapidement c'est le speed/thrash qui m'a botté le cul : Slayer, Metallica, Exodus, Venom et puis la vague allemande. J'ai vite baigné dans tout ce qui était hardcore/crossover aussi comme SOD, Agnostic Front, Judge. Ces skeuds de l'époque ont évidemment toujours un goût de nostalgie irremplaçable, mais je suis pas du genre à cracher sur ce qui sort aujourd'hui, comme ces vieux cons qu'on a tous croisé au moins une fois. Le genre de mec qu'a tout fait, qu'a tout vu, qu'ils aillent se faire foutre eux et leurs certitudes ! Le métal vit toujours et il bande comme un taureau, j'ai aucun doute là-dessus. Mes groupes incontournables du nouveau millénaire? Faudrait que je retrouve mes playlists radio et que j'me replonge dedans, mais j'ai pas trop de temps à ça. Depuis 2000 rares sont les groupes en fait qui ont apporté quelque chose de nouveau je trouve, mais je vais t'en citer quelques-uns qui me viennent à l'esprit sans trop d'efforts : Anaal Nathrakh, Necros Christos, Repugnant, Deathspell Omega, Watain, Melechesh, Peste Noire...

3.Ok ; In Extremis fut d'abord une émission radio à la longévité enviable. Etais-tu bien suivi par les chefs et les auditeurs? Un bon souvenir / un grand moment de radio qui te revient ? Pourquoi avoir arrêté ?

S'agissait d'une toute petite radio locale autour de Lens, avec un rayon d'action de 30 bornes maxi... et encore fallait pas qu'il y ait trop de vent. On va dire que j'ai été toléré jusqu'à un certain point par les responsables de la station. Le problème c'est que même si j'étais seul pour l'animation et la technique, on était une petite bande de potes à se réunir chaque jeudi soir. Il faisait une telle chaleur dans ces studios qu'évidemment on buvait un peu pour ne pas mourir déshydratés pendant les 3 heures que duraient l'émission. Je vais t'épargner les détails mais il y a eu quelques dérapages : un extincteur vidé dans le studio, une horloge qui faisait freesbee à l'occasion, plus des fréquentes flaques d'urine qui apparaissaient comme par magie après mon départ. Je suis pas parano de nature, pourtant à un moment donné j'ai pensé à une conspiration, haha ! Sinon, du coté des auditeurs, on va dire que c'était plus ou moins suivi selon les périodes. J'avais pas de système de mesure tel que l'audimat pour la télé, mais vu les appels téléphoniques que je pouvais avoir, on va dire une 20aine d'auditeurs réguliers + quelques autres occasionnels. J'ai arrêté ça il y a 2 ans 1/2 je crois parce que j'éprouvais plus ce plaisir que j'ai ressenti pendant les 8 premières années. J'ai attendu un peu histoire de voir si ça revenait, puis j'ai préféré arrêter que de faire ça sans flamme. J'ai déjà un boulot pas passionnant des masses, alors c'est pas pour devoir endurer des trucs dont j'ai pas envie à coté. 9 ans de radio je pense que j'ai donné.

4.Puis In Extremis s'est transformé en format papier. Même si traditionnellement, les labels préfèrent travailler avec les fanzines plutôt que les webzines, ce support est-il encore reconnu par les jeunes lecteurs ?

L'aventure papier a commencé en même temps que la radio, pas dès le début de l'émission, mais les 2 "incarnations" d'In Extremis ont vécu en parallèle pendant 5-6 ans je crois. Mais c'est vrai que depuis l'arrêt de l'émission-radio je persévère essentiellement sur papier. C'est moins immédiatement jouissif que de gueuler dans un micro comme tonton Zégut, tu as moins les retours immédiats des auditeurs qui te remercient pour une découverte, mais ça me convient comme ça. Moins d'adrénalyne mais plus de réflexion. Aujourd'hui je touche surtout beaucoup plus de monde, alors c'est tout bénéf. Sinon c'est vrai qu'il n'y a qu'un intérêt limité pour les zines papier en France, jeunes métalleux ou moins jeunes d'ailleurs, ça n'est pas une question d'âge. A l'heure du « tout internet », rares sont ceux qui continuent de lire la presse (officielle ou pas) et même d'acheter des disques. On est à une époque de la consommation immédiate et du tout gratuit, mais comme mon torche-cul est gratos justement il circule assez bien. Maintenant sur 300/350 exemplaires, est-ce que les gens lisent la totalité de ce que j'écris, c'est la question cruciale... alors j'évite de me la poser.

5.Ecrire n'est pas donné à tout le monde, surtout pour décrire du son ; comment as-tu senti ta compétence en la matière ?

Je sais pas trop. On va dire que j'me suis lancé sans trop me poser de questions. J'ai toujours aimé lire/écrire, et vu certains retours de lecteurs ça m'a conforté. Fallait pas m'encourager ! Si je savais pas trop comment faire à la base, il y a une chose dont j'étais sûr c'est que je ne voulais pas écrire des chros à la Micheland. Ce mec, quand tu le lis t'arrives jamais à savoir à quoi ça ressemble, et surtout si au final c'est bien ou pas. A part ça je ne suis pas musicien, alors je parle essentiellement en ressentis et en images, en comparaisons et en émotions.

6.La forme de ta newsletter a hésité avant de se présenter en 1 p. cut'n'past. Pourquoi ne pas être passé directement au fanzine, vu la densité des articles ? Que penses-tu de ces fanzines qui s'engouffrent dans le put'n'past flamboyant, truffé d'images de cul, peut-être pour mieux appâter le lecteur puceau?

C'est pas vraiment de l'hésitation, plutôt une manière de diversifier mes numéros. Qui sait, peut-être un de ces 4 j'arrêterai le cut'n'paste? Si je continue une telle mise en page, ce n'est pas pour forcément me la jouer old-school avec tout ce que ça sous-entend d'intransigeance, d'intolérance et de certitudes. C'est juste parce que ça m'amuse de faire ça comme ça, et que surtout c'est le genre de zines que je préfère lire. Parfois je pense que je pourrais sortir des numéros moins fréquemment, et en en rassemblant 3 chaque semestre, en écrivant plus gros aussi ça ferait un bon gros zine... que je vendrais 5 euros comme tout le monde. Sauf qu'en écouler 50 copies maximum ne m'intéresse pas vu le temps que j'y passe. Je préfère donc moins de pages, du texte imprimé en tout petit, et pouvoir en tirer 300 minimum de chaque. Pour l'esprit ou la présentation, chacun fait comme il le sent, je n'ai aucune leçon à donner.

7.Rappelons qu'In Extremis a trouvé sa vitesse de croisière et tire en moyenne à 300 exemplaires gratuits. As-tu des partenaires métal fidèles qui te fournissent en cd promos et qui te financent les copies ? Jusqu'ou te distribuent-ils ?

Je reçois beaucoup moins de promos depuis que j'ai stoppé ma carrière de radiologue, mais c'est aussi la nouvelle façon de fonctionner des labels qui te fournissent des codes d'accès pour télécharger leurs albums et les écouter sur un pc de merde comme un geek. Moins de promos, c'est pas plus mal, auparavant j'avais des fois même pas assez de place pour parler de mes propres achats, j'avais tendance à focaliser sur les promos qu'on m'envoyait. Aujourd'hui c'est plutôt 30% de promos en provenance des labels, le reste en achats propres, échanges avec collègues zineux ou autoprods directement envoyés par les groupes. Certains labels continuent à m'envoyer régulièrement leurs prods comme No Colours, Debemur Morti, Emanes Metal, I Hate, Inferno... mais ils sont peu nombreux. Pour le financement des copies je propose des encarts-pub à chaque numéro, alors selon les périodes je ramasse plus ou moins de contributions, du coup fatalement je mets plus ou moins la main au portefeuilles. Et j'ai effectivement pas mal de contacts pour distribuer mes newsletters aux 6 coins de l'hexagone : soit des disquaires, des mecs qui font des dépôts aux concerts, des autres zines papier qui envoient le mien avec le leur, mais le plus gros part via les commandes des distros comme Forgotten Wisdom, Duke, etc... je tiens à les remercier tous pour l'aide précieuse, ils se reconnaîtront.

8.Sortir une telle newsletter si régulièrement n'est-il pas chronophage pour ta vie privée ? Mon entourage pourtant constitué pour partie de rédacteurs métal, est toujours admiratif devant les 70 chroniques fumantes présentées à chaque sortie, sans compter les interviews...

Les interviews ça va assez vite, à part lorsque les gars se la jouent stars et mettent des plombes à répondre. En interview, le plus gros du boulot c'est pas moi qui le fait de toute façon. Pour les chros, 70 à 80 chros par numéro avec 2 mois 1/2 en général entre chaque sortie, ça te fait qu'une chro par jour en moyenne. Des fois j'ai plus de temps alors j'ai un gros rendement, d'autre fois pas d'inspiration ni de temps alors je peux ne rien écrire pendant une ou 2 semaines entières. Et effectivement j'me garde du temps pour faire des trucs à coté, dès que je peux je voyage. Là bientôt j'me casse 15 jours avec mon sac à dos.

9.Vu que tu ne connais pas la langue de bois (et c'est tant mieux !), penses-tu perdre des soutiens ou déclencher des irritations dans l'UG ? Vu les merdes qui sortent parfois, ou les réactions stupides de certains métalleux, t'arrive-t-il de vouloir tout lâcher ?

L'underground je m'en cogne, tu as juste ceux qui font ça par passion et ceux qui sont motivés par le fric (black-metal ist fric?). Quand tu vois que le boss d'un des labels black-metal les plus respectés, pas seulement en France mais au niveau mondial (je ne donnerais pas plus de précisions pour ne pas mouiller ma source), balance à la poubelle mes zines qu'il vient de recevoir à cause de chros pas en sa faveur, tu peux te poser des questions sur l'existence de l'esprit underground. Mais tout lâcher à cause d'une mauvaise réaction d'un label, d'un groupe ou d'un lecteur, sûrement pas. C'est plutôt l'inverse ça me booste à continuer ! De toute façon, mieux vaut déclencher de la réaction négative que susciter l'indifférence. A vrai dire si j'écris c'est pas seulement pour flatter l'ego (plus ou moins démesuré) des groupes qui me plaisent, si au passage je peux agacer quelques ayatollahs de l'underground qui croient détenir en eux la vérité absolue, c'est avec plaisir que je leur pisse à la raie.

10.Choisis obligatoirement le moins pire en te justifiant si tu en ressens le besoin :

B.H.L. / Houellebecq ?
Entre ces 2 têtes à claques mon cœur balance. Difficile de le supporter BHL, dans le genre « politiquement correct » on fait pas mieux... et sa grognasse est encore pire. Houellebecq sans aucun doute pour sa fameuse phrase : « l'islam est la religion la plus conne au monde » (j'en parle justement dans mon prochain édito)... même si je t'avouerais ne l'avoir jamais lu.

Néo-métal / glam ?
J'ai picoré un peu des 2 styles, à des époques différentes évidemment. J'adorais des groupes glam comme Mötley Crüe ou Faster Pussycat dans les 80s, même Gary Glitter le précurseur pédophile je connais moins mais j'aime quelques-unes de ces chansons. Ils avaient tous des looks de tarlouzes pas possibles mais les 2 premiers Crüe sont terribles je trouve. En néo, le père Cavalera et son Soulfly ont enregistré de bons trucs aussi, même si globalement c'est pas l'intégrité qui étouffent tous les groupes qui ont foncé dans le créneau métal/rap/tribal... mais bon, niveau intégrité est-ce pire que tous les clônes mélodeath suédois?

Israël / Palestine ?
Entre les colonisateurs qui se réfugient toujours derrière la shoah 65 ans après, et les barbus intégristes qui rêvent d'annihiler tout mécréant, je ne choisis pas. Qu'ils crèvent tous au nom de leur dieu !

Bouchon ou chichon ?
Bouchon... plutôt capsule puisque je bois surtout de la bière. Tiens, je sais pas si t'es au courant mais en Belgique et dans le Nord de la France il y a risque de pénurie, les brasseries Jupiler sont en grève. Ça va être atroce, Haïti à coté c'est de la rigolade.

Fion ou nichons ?
Les 2 mon colonel, là c'est carrément inhumain de devoir choisir.

La Bible satanique de Lavey / Le traité d'athéisme de Onfray ?
Onfray sans hésiter, j'aime assez ce mec. C'est le genre en l'écoutant parler t'as l'impression de devenir plus intelligent. Pour moi croire au diable c'est croire à dieu, et je suis profondément athée.

Un Rambo / n'importe quel film de Almodovar ?
Rambo c'est pour les militaires frustrés au QI d'huître. Perso j'ai tout fait pour ne pas faire mon service militaire, alors les films de guerre très peu pour moi. Almodovar sans hésitation. Même s'il est surtout connu pour ses premiers films bien chauds, j'ai aussi adoré les derniers : Etreintes Brisées, Volver, Mauvaise Education. Et Penelope Cruz sa muse, heu comment dire... aaaaaaaaargh !!!!

11.Qu'écoutes-tu en répondant à nos modestes questions ?

Le 1er album d'Affliction Gate qui sort chez No Colours, franchement terrible pour l'amateur de Benediction / Bolt Thrower. Le nouvel Hellish Crossfire aussi qui démonte bien, si t'aimes le vieux thrash des 80s (je crois savoir que t'es fan de Tankard) mais avec des influences death et heavy en plus, c'est à ne pas rater. Et puis aussi le nouveau mini-cd de Deep Vein qui devrait sortir en split avec Hypokras d'ici le printemps. Que du bon !

12.Et bien je te conseille à mon tour le dernier Abadden, du bon thrash anglais bien plombé. L.H.N. souhaite encore une longue vie à In Extremis !!!

Merci pour ton soutien indéfectible depuis tout ce temps, j'apprécie beaucoup. De mon coté j'vais tâcher de sortir encore quelques numéros avant de prendre ma retraite.

Autocratôr