L'Antre des Damnés

L'Antre des Damnés Chapitre XXV

Fanzine black / pagan metal, France

Mars 2017

Le fanzine papier a été longtemps le seul média à mettre en lumière les groupes de metal underground. Aujourd'hui, Internet a sûrement pris un temps d'avance. Et pourtant, quelques irréductibles continue à respecter la tradition du format imprimé qui garde une place importante à notre cœur ! C'est ainsi que nous donnons la parole à Malphas et Korium pour vous présenter l'un des fanzines les plus éminents de l'underground : l'Antre des Damnés.

 1. Salut à vous, Malphas et Korium. Merci d’abord pour avoir bien voulu répondre à nos questions. L’Antre des Damnés œuvre depuis bien longtemps dans l'UG, puisque l’aventure a commencé en 2004 ! Et vous êtes toujours bien présents. Malphas, quel est le secret de cette longévité ?

Malphas : Tout d’abord, je tiens à te remercier de nous offrir cette opportunité, de pouvoir nous exprimer à travers votre webzine. Alors pour revenir un peu dans le passé, L’Antre... a été créé dans ma tête en octobre 2003, pour une sortie officielle du premier chapitre, en juillet 2004. À l’époque, nous sommes partis de rien, on souhaitait tout simplement apporter notre soutien à la scène black metal française, et aux groupes qui œuvraient pour elle. Nous ne nous étions pas vraiment fixés d’objectifs, quant à l’avenir de L’Antre... Cela dit, de manière générale, lorsque je me lance dans un projet, je n’ai pas l’habitude de faire les choses à moitié. Déjà, j’ai pris le temps nécessaire pour rendre cette parution officielle, ce qui n’a pas été une partie de plaisir, car l’administration française, qui n’est pas réputée pour faciliter les choses, aura bien joué son rôle ! Mais je n’ai pas baissé les bras, et j’ai pu surmonter les différents obstacles rencontrés. Une fois cet aspect administratif derrière nous, nous pouvions nous consacrer pleinement à L’Antre..., même si les premiers chapitres auront avant tout été un moyen de nous former, que ce soit dans la réalisation d’interviews, dans la rédaction de chroniques, mais aussi pour moi, dans la maitrise des outils informatiques, nécessaires à l’élaboration des mises en page et de la maquette. Maintenant, j’ai envie de dire qu’il n’y a pas vraiment de secret pour une telle longévité. Si L’Antre... est encore là aujourd’hui, c’est que je suis toujours animé par cette passion, (même si je n’apprécie pas trop ce mot, car c’est bien plus que ça pour moi), qui me suis depuis tant d’année, et qu’aujourd’hui, plus que jamais, le black metal coule toujours dans mes veines. C’est déjà une grande force qui permet de continuer et d’aller de l’avant. Et puis, il faut être sérieux, et garder une certaine rigueur dans notre travail, car il ne faut pas avoir peur de passer des heures et des heures, et des heures... sur la réalisation d’un chapitre. À ce titre, j’en profite pour remercier et témoigner toute ma reconnaissance à mes collaborateurs, qui n’hésitent pas à s’investir et qui sont toujours là pour me soutenir. C’est ce qui nous permet de garder un rythme de sortie plus ou moins régulier, et de présenter aux lecteurs, une nouvelle parution tous les 6 mois. Car il aurait été inconcevable pour moi de sortir un exemplaire une fois par an, ou une fois de temps en temps...

2. Korium, tu es présente dans l’équipe depuis 2015, si je ne m’abuse. Tu officies comme chroniqueuse et graphiste. Pour quelle raison as-tu poussé les portes de l’Antre ?

Korium : Oui effectivement j'ai rejoint l'équipe de l'Antre il y a deux ans maintenant ! J'y rédige des chroniques et j'y mène également quelques interviews. Alors concernant ma fonction de « graphiste », disons plutôt qu'en réalité, j'incarne depuis le chapitre 23 la mystérieuse entité qui se trouve sur les couvertures du zine. C'est quelque chose que nous avons tout de suite eu envie de mettre en place avec Malphas quand j'ai intégré le fanzine, nous voulions explorer et mettre un scène l’univers visuel qui correspondait à notre vision de l'Antre des Damnés.

Pourquoi ai-je poussé les ténébreuses portes de l'Antre ?! L'Art Noir faisant partie intégrante de mon être et de ma vie, il est devenu avec l'âge, de plus en plus frustrant pour moi de n'être qu'une simple auditrice, j'ai voulu m'investir en faisant quelque chose de constructif et de pertinent pour le BM.

3. Malphas, si j’ai bien lu l’édito du chapitre XXIII, 2015 a fait suite à un gros changement de personnel… Ce qui n’as pas dû être évident à gérer. Est-ce qu’en 2017, ça roule de nouveau mieux avec le staff actuel ?

Malphas : Oui, en effet, après la sortie du chapitre XXI, il y a eu pas mal de mouvements au sein de l’équipe de L’Antre... J’ai personnellement traversé une période assez chaotique au sein de ma vie privée, ce qui m’aura conduit à faire certains choix assez radicaux, mais ce fut pour la bonne cause ! Je dirais que le chapitre XXII aura servi de transition, avant de repartir sur de nouvelles bases, qui se sont dessinées, quelques peu plus radicales, et c’est ce qu’il fallait ! C’est également à ce moment là que j’ai rencontré Korium, qui aura su m’apporter tout son soutien. On a une vision très proche du black metal et de cette scène. Sans le savoir, elle est arrivée au bon moment, tout en apportant un second souffle à L’Antre…, et pour cela, je lui en serais pour toujours très reconnaissant !

C’est aussi à ce moment que nous avons été rejoints par Mad An Drez, qui a fait un travail remarquable au sein de L’Antre…, mais qui malheureusement pour des raisons personnelles, que je comprends parfaitement, nous a quitté après la sortie du chapitre XXV ! Donc je ne pourrais malheureusement pas te dire que tout roule de nouveau au niveau du staff, car nous sommes actuellement à la recherche d’une nouvelle plume, qui serait motivée pour nous rejoindre au sein de l’équipe. Ce qui n’est pas évident à trouver. Donc j’invite les personnes qui liront cette interview et qui se montreraient intéressées, à me contacter.

4. Les Souvenirs est l’une des rubriques les plus appréciées car elle vous est propre : vous invitez des membres éminents de la scène black metal à raconter leurs expériences les plus marquantes. Alors, du coup, quels sont les vôtres ?

Korium : Voilà ce qu'on appelle l'arroseur arrosé héhé !!

Si je devais choisir un album qui m'a particulièrement marqué plus jeune, je parlerai en premier lieu d'Elend, Les ténèbres du dehors. Un album si intense, puissant, extrême qu'il dépasse de loin certains albums de black metal en matière de charge émotionnelle. Les hurlements inouïes du chanteur mélangés aux choeurs angéliques des voix féminines fait de cet album un concentré de noirceur absolue.

Ensuite j'évoquerai la musique d'un homme, Johan Edlund, qui à travers son projet Tiamat m'a toujours plongé dans une profonde nostalgie et mélancolie bienfaitrices, notamment avec les albums Wildhoney et Prey. Deux bijoux qui m'accompagnent depuis bien des années, surtout les hivers quand le temps bas se prête au vague à l'âme.

Un autre album qui me tient très à cœur, c'est Arntor de Windir, une sacrée claque quand je l'ai découvert. Une œuvre magistrale qui me file encore des frissons à chaque écoute. C'est un majestueux voyage au cœur des terres scandinaves dont on ne souhaite pas en revenir. Cet opus est la perfection incarnée, ce riffing si singulier, les chœurs, l'accordéon, le clavier, tout est bon du début à la fin ! Ah Valfar et son sognametal ! C'était un compositeur absolument unique ! Il est l'un des rares musiciens dont la mort m'a vraiment peiné.

Dans un autre registre, impossible de ne pas évoquer Stronghold de Summoning. Puissant, envoûtant, mélodique, grandiose, épique, ce disque est tout simplement somptueux !

Et je finirai par Navigator d'Endstille. Un album exutoire qui à le don de me mettre les tripes en ébullition et particulièrement avec son titre Monotonus II, une véritable jouissance sonore ! Dommage qu'ils aient viré Iblis, le seul gars qui avait une juste vision sur la façon dont devait sonner leur musique.

Malphas : Oui, c’est vrai que c’est une rubrique qui est apparue assez tôt au sein de L’Antre…, et qui est très appréciée par les lecteurs. Et je me rends compte maintenant, à quel point elle peut torturer les personnes qui y participent ! Mais je vais me lancer…

Et donc, je me vois obligé de commencer par citer Mercyful Fate, et l’album Don’t Break The Oath, qui aura été ma première claque dans ce domaine musical ! Il est vrai que cette pochette jaune, avec le diable qui sort des flammes ne m’aura pas laissé indifférent. Et je me souviens encore la première fois que j’ai entendu cette voix si atypique, ces riffs, ces atmosphères... c’était tellement sombre, malsain… Pour vous faire une idée, laissez-vous envouter par le titre Come To The Sabbath… c’est juste magique !!!

Par la suite, et très peu de temps après, je suis tombé sur le premier Bathory ! Et là, pareil, c’est la première fois que j’entendais une telle voix aussi démoniaque, accompagnée par un son de guitare bien crade, pour une musique de possédé ! Il s’agit d’une véritable invitation à un voyage en enfer… L’album est très court, mais tout est dit ! J’ai su précisément à ce moment là, que j’avais trouvé ma voie… Quorthon restera à jamais pour moi un génie, et un créateur. La scène Black lui doit énormément, c’est indéniable !

Ensuite, il y a un groupe qui aura énormément compté pour moi, notamment avec ses 3 premiers albums, c’est Samaël ! Qu’est ce que j’aie pu me passer et me repasser leur Blood Ritual ! Là, on se situe dans un registre plus lent, très lourd, avec une voix de damné, mais cela reste profondément malsain… C’est également un groupe qui aura contribué à propager la flamme noire du black metal. Excellent !

Là, on s’éloigne un peu du black metal, avec l’album Epicus Doomicus, Metallicus, de Candlemass. Mais rien que le premier titre Solitude, aura réussi à m’hypnotiser, par sa mélancolique beauté. Les morceaux s’enchainent en nous entrainant dans des profondeurs de tristesse, pour finir par l’excellent A Sorcerer Pledge, et sa ligne de voix féminine. Frissons garantis !

Même si j’y suis venu assez tard, comment ne pas citer Darkthrone ! Les empreintes de Fenriz et Nocturno Culto, auront marqué de manière indélébile la scène black metal ! Et l’album Transylvanian Hunger, qui n’aura aucun mal à vous retourner les tripes, demeurera à jamais une pépite dans cet océan de noirceur.

L’année 1995 enfantera de ce qui demeure pour moi, Le chef d’œuvre en matière de black metal atmosphérique, avec Minas Morgul de Summoning ! S’il devait n’en rester qu’un, ça serait sans aucun doute celui-ci ! Tout y est présent, les voix de Silenius et Protector, la spontanéité, la froideur des guitares qui pleurent leurs mélodies… Avec plus de 70 minutes au compteur, je ne me lasse pas de l’écouter et je ne vois jamais le temps passer, tellement il m’emporte loin… très loin… Magnifique !!!

Restons en Autriche, pour parler d’Abigor ! C’est une formation qui s’est toujours située un peu à part, mais qui est immédiatement identifiable, notamment en ce qui concerne le son et le jeu des guitares. Son album : Nachthymnen (From The Twilight…), demeure une référence pour moi.

À présent, repartons en Norvège, avec les pionniers de la seconde vague du black metal ! Je me souviens encore de la découverte d’Immortal et de son Pure Holocaust ! Rien que la pochette a elle seule, me fascinait, avec ces 3 êtres grimés sur ce fond noir ! C’était simple, mais d’une sacrée efficacité ! Puis la musique bien sûr ! C’était rapide, violent… C’est un album que j’ai énormément écouté et qui tourne encore régulièrement chez moi.

Satyricon aura également beaucoup compté dans ma culture black metal. Dark Medieval Times, étant un album culte qui résiste au temps et qui me procure toujours autant d’émotions. L’intro à elle seule vous plonge dans un océan de ténèbres. Nous naviguons ici au cœur des glorieuses heures du black metal, où tout n’était encore qu’honnêteté et sincérité. Des valeurs qui aujourd’hui ont bien du mal à résister !

Quitte à faire grincer des dents, et quoi qu’on en dise, Burzum fait partie pour moi de l’un des piliers du black metal ! Chaque album avait une personnalité toute particulière. Mais pour ma part, j’ai un petit faible pour : Det Som Engang Var, et notamment pour le morceau : En Ring Til Aa Herske. Une voix de possédé, des parties à la fois très sombres et mélancoliques... Cet album fait partie des classique du black metal !

Et pour finir dans une profonde noirceur, je vais citer la formation Elend ! Il s’agit d’un groupe qui aura su surprendre à l’époque, par son audace de créer une alliance musicale, où se joignent le classique et les ténèbres, pour un résultat d’une intensité et d’une violence inouïe ! L’album : Les Ténèbres Du Dehors en est l’illustration parfaite ! Grandiose et majestueux !

5. Dans le même registre, quelle est l’interview dont vous êtes les plus fiers ?

Korium : Sans hésitation celle de Nasheim ! Sa musique m'a toujours énormément touchée et avec Malphas, nous voulions réellement en savoir un peu plus sur ce mystérieux one-man-band. Nous avions, au départ, très peu d'espoir de pouvoir le contacter et même de le persuader de répondre à nos questions, vu qu'il est l'incarnation même du misanthrope. Mais heureusement pour nous, il a accepté d'accorder sa première interview à un zine français avec l'Antre des Damnés.

Malphas : Alors pour ma part, j’en ai réalisé un sacré paquet depuis les débuts de L’Antre…, et il y en a certaines que je suis vraiment très heureux d’avoir pu concrétiser. Du coup, le choix pourrait s’avérer difficile. Mais finalement, je vais opter pour une interview très récente, puisqu’il s’agit de celle de Nargaroth, qui est parue dans le dernier chapitre en date. En effet, Ash étant une figure emblématique de la scène black metal internationale, ainsi qu’un personnage assez imprévisible, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Mais au bout du compte, il aura pris le temps de répondre à chacune des questions que je lui ai posé, tout en se dévoilant et en développant ses propos. Ce qui m’aura fait très plaisir, et aura également rendu cet entretien très riche et intéressant.

6. Autre rubrique importante chez vous, les Perles Noires avec le top 5 de chaque rédacteur sur le période en cours… Quelle est donc LA perle noire depuis le début du black metal ?

Korium : Quitte à faire ultra cliché, je répondrai sur le vif Transylvanian Hunger de Darkthrone. Ce duo norvégien a instauré le style black metal le plus pur qui soit, en évinçant toute autre influence stylistique. C'est un véritable coup de maître d'arriver, avec autant de minimalisme, à créer une musique aussi extrême, agressive inhumaine et sombre. Transylvanian Hunger est l'aboutissement de leur style, bien que j'éprouve aussi un grand attachement à Under a funeral moon.

Malphas : Déjà, lorsque je demande à certaines personnes de me citer 2 ou 3 albums qui auront marqué leur parcours musical, elles me disent que c’est une véritable torture, alors de n’en choisir qu’un seul… Mais puisqu’il faut faire un choix, je vais en profiter pour rendre hommage à une personne qui à mes yeux aura largement contribué à donner ses lettres de noblesse au black metal, j’entends par là : Quorthon, et je vais donc te citer : Bathory et son : Blood Fire Death !

7. On sent bien dans la qualité de vos chroniques que le black metal est votre raison d’être. Mais, dites-nous, vous intéressez-vous à d’autres courants musicaux ?

Korium : A cause ou grâce à mon métier, j'ai pendant des années écouté de tout pour le boulot, de la variété française à l'électro, de la musique classique à la pop, en passant par les musiques du monde et afro-américaines (ça j'avoue que ce fut assez douloureux!). Bien que j'y ai découvert des artistes talentueux et des albums de qualité, mon cœur est toujours fidèlement revenu à ses premiers amours c'est à dire le black, le doom des années 90 et tout ce qui a trait au dark ambient, darkwave, new-wave...

Malphas : Oui bien sûr, outre le black metal, il y a d’autres artistes qui passent assez régulièrement sur ma platine. Aussi, en fonction de mes humeurs, tu pourras entendre chez moi, des albums de formations telles que : Die Verbannten Kinder Eva’s, Elend, Sopor Aeternus, Arcana, Dark Sanctuary… Des artistes qui à première vue peuvent sembler loin du black, mais qui par l’intermédiaire d’atmosphères très sombres, tristes et morbides, s’en rapprochent finalement assez ! Quoi qu’il en soit, je baigne toujours dans des atmosphères ténébreuses, mortuaires et profondément mélancoliques.

8. Malphas, tu exprimes clairement ton dégoût pour ces groupes prétendant donner du neuf au black metal sans pour autant respecter les codes qui font pourtant sa particularité. Le public semble changer en même temps. Alors penses-tu que la scène, la vraie, va s’en remettre et que toute cette supercherie s’éteindra d’elle-même ?

Malphas : Déjà, je me permettrais de te reprendre lorsque tu dis que le public semble changer. En fait le public a changé, il n’y a aucun doute là-dessus. Il suffit de regarder autour de toi lorsque tu vas dans des salles de concert black ! Je me souviens encore à l’époque, au milieu des années 90, lorsque je me rendais à La Laiterie, à Strasbourg, pour assister aux No Mercy Festival, j’ai envie de dire que la salle était noire de monde, et cela, dans les deux sens du terme. C'est-à-dire que la salle était pleine, et que la couleur vestimentaire dominante était le noir ! Alors qu’actuellement, lorsque tu fréquentes des salles de concert black, d’une part, elles sont malheureusement très souvent désertes, et d’autres part, tu auras bien souvent sous les yeux les couleurs de l’arc en ciel, et tu pourras aisément voir des gens avec des dreadlocks, complètement défoncés, portant des t-shirts aux couleurs de la Jamaïque, avec un gros joint aux lèvres… Crois-moi, ça fait peur. C’était pareil lors d’un concert de Shining auquel j’ai assisté, j’ai pu voir dans le public, un mec, la casquette de travers sur la tête, en train de se dandiner sur la musique des suédois… Impressionnant….

Mais d’un autre côté, si tu observes certains groupes de « black », ce n’est pas mieux. Les gars montent sur scène avec des pantalons, t’as l’impression qu’ils ont chié dedans pendant trois semaines, tout en portant aux pieds les dernières Nike à la mode… Alors je sais que certains s’amuseront sans doute de mes propos, mais on parle quand-même de black metal, bordel !!!! Et tout ces codes, que ce soit le maquillage, les bracelets à piques, pour les groupes, ou encore les habits noirs… sont très importants et indissociables de ce style à mes yeux.

Et puis, il y a aussi d’autres choses qui sont assez exaspérantes, comme par exemple, lorsque tu vois que sur youtube, un gars t’explique comme créer du black metal sans instrument, rien qu’avec une souris à la main !!! Une fois de plus, quitte à me répéter, on parle quand-même de black metal, la musique du ressenti, celle qui te retourne les tripes… J’ai du mal à concevoir ce genre de choses…

Donc, je pense que tu auras compris, qu’en ce qui me concerne, il s’agit d’un vieux con sectaire qui répond à ton interview, et qu’il ne faut surtout pas me parler de toutes ces nouvelles mouvances qui tendent à diluer et assagir le black, et que tu retrouves sous des appellations comme : le Post Black, le Black Hardcore, le Shoegaze… et j’en passe.

Maintenant, en ce qui concerne la scène, la vraie, comme tu le soulignes dans ta question, je pense qu’elle continuera d’exister. Il y aura toujours des personnes comme toi, et comme nous au sein de L’Antre… pour défendre ses vraies valeurs, continuer à la faire vivre, et savoir faire le tri envers tous les imposteurs qui la polluent, afin de soutenir les groupes les plus sincères qui poursuivent leurs voix, en perpétuant la tradition du vrai black metal !

9. Vous avez recruté une « pointure » respectée de l'UG en la personne de Noktu (Celestia, Mortifera, Apparitia Recordings) dans vos rangs. Peux-tu nous dire comment l’occasion s’est présentée ?

Malphas : Alors cela s’est fait de manière très simple. Déjà, il faut savoir qu’à la base, Noktu est quelqu’un que je connais depuis de nombreuses années maintenant, et que j’ai eu l’occasion de rencontrer à plusieurs reprises sur des concerts. C’est quelqu’un qui nous a toujours apporté son soutien, que ce soit avec Epheles, en distribuant nos démos à l’époque, ou avec L’Antre…, en répondant à nos interviews, pour Celestia et Mortifera, et en distribuant également le fanzine, via Drakkar Productions. C’est une personne qui s’investit pour la scène, et que je respecte énormément. Et donc, à la base, un ancien collègue souhaitait réaliser une interview du groupe finlandais Satanic Warmaster ! Malheureusement il ne recevait aucune réponse à ses demandes. Je me souviens alors, que dans une discussion via mail avec Noktu, je lui en avais fait part. C’est ainsi qu’il m’a dit connaitre personnellement Werwolf, et qu’il pouvait lui demander. Ce qu’il a fait, et du coup, Werwolf a accepté l’interview qui aura été finalement réalisée, dans la foulée, par Noktu lui-même ! Suite à ça, il m’a dit avoir apprécié cet exercice, et ce qui devait être une intervention ponctuelle, si je puis dire, c’est terminé par son intégration officielle au sein de l’équipe. Noktu se chargeant essentiellement de réaliser des interviews. Maintenant, comme j’ai déjà pu avoir certaines réflexions à ce sujet, je vais me permettre d’en profiter pour éclaircir un point, pour ceux qui voient ici, une manière indirecte pour lui de se faire de la pub. Il est vrai qu’il lui arrive d’interviewer des groupes issus de son label ! Mais il faut savoir que Noktu ne m’impose rien et comme les autres membres de l’équipe, il me propose les groupes qu’il souhaite interviewer. Après, étant l’une des rares personnes qui signe encore des groupes qu’il apprécie réellement, je ne suis pas étonné de ses choix, et du moment que cela rentre dans le cadre et l’état d’esprit de L’Antre…, cela me convient parfaitement. Mais c’est lui aussi qui a réalisé les interviews de Romuvos, d’Inthyflesh, et celle de Kzohh, qui figurera dans le prochain chapitre. Des groupes qui ne sont absolument pas signés chez lui ! Voila pour cette petite mise au point !

10. Vous nous avez posé la question, et nous aimerions connaître votre propre avis : est-ce qu’Internet peut faire bon ménage avec les fanzines papier et surtout avec le côté underground du black metal ?

Korium : Eh bien ta question mérite qu'on s'y attarde légèrement. En soit, il faut bien avouer qu'Internet a été une sacrée révolution et qu'il est difficile aujourd'hui de pouvoir y échapper. Ça a un côté très pratique au quotidien même si, avec une technologie pareille, il y a forcément à en pointer certains effets pervers.

Pour faire le lien directement avec les fanzines, ne nous voilons pas la face et arrêtons avec le syndrome du rétroviseur, les années 90 sont belles et bien terminées, et le net est aujourd'hui, à mon sens, un élément indispensable pour toute entité culturelle, artistique ou musicale, autant dans la communication que la veille ou encore même les achats / ventes. Ainsi pour l'Antre des Damnés nous avons un site internet qui nous permet surtout de présenter le concept du zine, d'annoncer les futures sorties et avec la version plus moderne et fonctionnelle qui devrait voir le jour cette année, les internautes pourront effectuer leurs achats directement en ligne.

Après bien sûr ce site n'est qu'une « vitrine virtuelle », hors de question de proposer une version PDF consultable en ligne ou des chroniques sur le site! Non et c'est là qu'Internet présentera ses limites pour nous. Le black metal doit savoir rester un maximum dans l'ombre. Le fanzine est, à mon avis, l'apanage de l'underground dans le sens où c'est un media marginal qui reflète une culture, des valeurs et un authentique militantisme. Sa diffusion très limitée et le travail fourni par de sincères passionnés en fait un objet impérissable assez précieux.

Après je ne pense pas qu'Internet soit totalement incompatible avec l' UG si cela reste mesuré et contrôlé. Comme je l'affirme dans notre interview (Cf Chapitre XXVI de l'Antre des Damnés, sortie juillet 2017), votre site internet a toujours su rester attaché à l'underground tout en ayant un contenu de qualité, de même que Postchrist d'ailleurs, ce sont deux webzines que je respecte absolument. Mais malheureusement, avec l'explosion du web 2.0 on observe tout un tas de dérives. Certains webzines musicaux ont pour vocation de diffuser du contenu en masse et noient littéralement les internautes dans une surinformation qui s'avère très vite obsolète, les albums les plus underground se retrouvent jetés en pâture sur la toile et sont accessibles à tous tandis que beaucoup (trop!) de groupes de BM clament tout un tas de truc anti-société sur facebook et qui au final, se retrouvent être des purs produits du système en participant de cette façon à ce réseau social. Une vision qui ne correspond absolument pas à la mienne ni à celle que je me fais de l'Art Noir...

Malphas : D’une certaine façon, je vais te répondre oui, même si d’un côté, j’ai beaucoup de mal avec certains aspects d’internet !

Maintenant, dans le cadre spécifique de L’Antre…, et même en tant que défenseurs inconditionnel du format papier, il est évident que nous suivons le progrès et que nous utilisons internet, déjà ne serait-ce que pour contacter les groupes et réaliser nos interviews. Je ne me verrais plus trop aujourd’hui, en train de rédiger des questions à la main sur une feuille et d’envoyer tout ça à un groupe situé à l’autre bout de la planète. Je pense qu’ainsi, il nous faudrait plus d’un an pour sortir un chapitre ! Il est évident qu’il y a un aspect pratique indéniable, notamment au niveau du gain de temps ! En quelques clics, tu as toutes les infos que tu veux pour contacter les groupes, et préparer une interview …

Et puis internet nous permet aussi de faire notre promo lorsque nous sortons un chapitre. Là, c’est pareil, en quelques clics nous arrivons à prévenir nos lecteurs qu’une nouvelle parution est disponible. Et comme le signal Korium, il faut savoir que nous avons aussi un site internet pour L’Antre… www.lantre-des-damnes.com qui nous sert en fait de vitrine pour présenter le fanzine ! Celui-ci devrait d’ailleurs faire peau neuve dans les prochains temps. Ainsi comme tu peux le voir, nous utilisons Internet, surtout pour son côté pratique, mais sans aller dans la surenchère !

Sinon, il m’arrive aussi d’aller lire certaines interviews et chroniques sur le net. Mais il ne faut pas que ce soit trop long, car j’ai tendance à me lasser assez vite quant au fait de faire défiler les pages et de lire derrière un écran. C’est pourquoi là aussi, je pense qu’il faut savoir faire un tri parmi les sites les plus intéressants et pertinents ! Et sans faire de « lèche », La Horde Noire est un très bon exemple de ce que j’apprécie, tout comme vos collègues de Post Christ !

11. C’est une habitude, n’y dérogeons pas : à vous la conclusion !

Korium : Eh bien je vous remercie pour votre soutien. Je salue vos lecteurs et qu'ils n'hésitent pas à découvrir notre zine si ce n'est pas déjà fait !

Malphas : Je te remercie infiniment pour cette interview, que j’ai trouvée bien intéressante. Cela faisait d’ailleurs un bon moment, que je ne m’étais plus prêté à cet exercice. Pour finir, je vous souhaite encore une bonne continuation avec La Horde Noire, et que vos lecteurs n’hésitent pas à nous contacter pour en savoir plus sur L’Antre…

Atheos / Autocratôr