PRAEDA

Black metal, France

déc. 2003

1 - Salut, pourrais-tu présenter ton groupe ? Est-ce là ton premier projet ou as-tu joué dans d'autres groupes auparavant ?

PRAEDA :" Eden?hèle " est un projet solo de Dlaumor. Dlaumor, c'est l'envers de ma personne, c'est le résultat d'un travail intérieur, l'entité en état de crise, qui fait ressurgir ce qu'il y a au plus profond de moi, de plus sensible, de plus sombre, de plus visionnaire. Finis le doute qui tue l'être, fini la peur de la folie contenue par la morale et le c?ur. Il fallait que le voile de l'illusion se lève et sentir le monde autrement, parler aux arbres, voir les signes etc?C'est ce que j'ai vécu dans l'isolement volontaire en montagne pour mettre en musique ce que je ressentais et j'en suis fier car je suis d'une nature réservée. Le Black métal peut avoir une charge émotionnelle très forte. Quand j'ai eu ma guitare entre mes mains d'adolescent, tout ce que j'aimais jouer, sans connaître, c'était cette musique pleine de hargne et de mélancolie mélangée.
INKISITOR est un autre projet qui m'a poussé hors de moi, tant en ce qui concerne le concept où je me suis immergé dans un imaginaire sordide et violent, avec une réelle confrontation spirituelle et humaine avec le chanteur, et tant au niveau physique où je travaillais la batterie et la guitare jusqu'à épuisement.

2 - Pour "Heden?hèle" tu as tout fait tout seul?volonté de tout contrôler ou manque de musiciens motivés ? Ce n'est pas trop dur de tout maîtriser en tant que musicien ?

C'était surtout une nécessité de m'isoler pour " Eden?hèle ". Après j'ai commencer à jouer avec le batteur de Madryal mais il a arrêter son instrument. Aussi je m'investis complètement dans mes projets et mon mode de vie suit. Je suis un artiste sans concession. C'est un travail constant et pas une " répèt du samedi ". Le temps que je gagne à ne pas avoir à expliquer la musique à d'autres je le perds en travaillant tous les instruments. Il est évident que l'osmose entre de bons musiciens enrichis considérablement la musique.

3 - Comment en es-tu venu à signer avec Sacral ? As-tu été contactés par d'autres labels ? Pourquoi avoir choisi Sacral ? Es-tu satisfait de leur boulot ?

J'ai envoyé la démo "eden?hèle " sans la voix à quelques labels. Sacral m'a contacté car il voulait incorporer PRAEDA dans la " Série noire " où six groupes de métal français seraient représentés. Ça a prit trois ans. Sacral est le label d'un passionné de métal. Il veut produire beaucoup de groupes et donc minimise l'investissement pour chacun. C'est un choix de sa part et il suffit de le comprendre. Je m'arme de patience, reste correct et doit me débrouiller.

4 - La production de ton album est bien puissante ! Où as-tu allé enregistrer ? Qui s'est occupé des enregistrements et du mixage ? Avec le recul en es-tu satisfait ?

Merci pour le compliment. Je ressens toujours les frissons de la puissance à son écoute. J'ai fait ce que j'ai pu avec les moyens que j'avais : un PC avec lequel j'ai du apprendre à enregistrer et mixer. J'avais si peu de mémoire que je n'avais que la version finalisée de l'album a donner pour le mastering (passage du son dans un pré ampli à lampes).

5 - Le lay-out est superbe?Peux-tu présenter l'artiste qui a effectué les desseins ? Lui as-tu donné des indications ? Que représente le dessin ?

Voilà une collaboration fructueuse. Renaud a été très à l'écoute de ce que je voyais et très efficace. Nos deux univers se sont bien accordés : ses paysages à l'encre de forêts de montagnes enneigées correspondaient exactement à ce que j'avais vécu. Les éléments des textes sont très bien représenté. Les idées étaient discutées par téléphone et je recevais les esquisses par courrier. Je le remercie pour son talent et pour cette expérience stimulante.

6 - Pourquoi ce choix de chanter en français ? Les textes s'éloignent des clichés du black?y'a-t-il un concept ? Peux-tu m'éclairer sur la signification des textes ("Un Homme" en particulier) ? Pourquoi avoir mis des textes pour des titres correspondant à des instrumentaux ? Est-ce que pour toi les textes dans le métal ont leur importance ?

Le français est ma langue maternelle et je voulais que les textes soit directement compréhensible, car les sensations et sentiments sont encore plus difficilement traduisibles dans une langue étrangère. Aussi pourquoi le faire ? Je ne tiens pas à cacher le sens derrière la sonorité que je trouve d'ailleurs très bonne dans notre langue. Le concept de l'introspection et la mise en abîme de soi peut être différents selon les personnalités. En tant qu'artiste je me dois de donner ce que je ressens et non pas être conforme à des clichés. " Un homme " a été une osmose entre Boris et moi. Au bout d'un mois d'isolement je décide de lui écrire. Le lendemain je reçois ce texte : nos lettres se sont croisées. Il a très bien compris l'état dans lequel je me trouvais et j'y ai ajouté ce que j'avais écris. Les instrumentaux sont ce que j'appelle des "édens ", des moments de plénitude et de contemplation. Ce sont des sortes de Haïkus (poésie japonaise de trois vers) : des condensés de sensations. Ecrire les textes est un véritable travail et réclame l'intelligence de l'écriture et de la culture pour les rendre intéressant : c'est assez difficile pour moi.

7 - Pourquoi ne pas avoir traité de satanisme ou de thèmes plus chers au black ? Que penses-tu de ces gens qui estiment que seul le black sataniste est le vrai black ? Tu as des convictions religieuses en accord avec les messages récurrents du black ? Selon toi le black a-t-il un quelconque message à faire passer ? Et toi au travers de ta zique tu as un message ?

Je pense qu'il faut cesser d'en parler. Cela favorise le terrain pour les idées sectaires. Le satanisme n'est pas une religion et il n'y a pas besoin de louer Satan pour ne penser qu'à soi, être misanthrope ou accepter ses propres défauts comme fatalité. Dans "furie" je traite de la paranoïa de soi en regard de l'autre et du sentiment viscérale de l'injustice. La fuite aurait pu être la haine, l'extermination, l'adoration du mal et de la souffrance. L'évolution a été de fuir, de quitter, de voyager et de se consacrer à soi, à la nature et à un projet. Le black n'est qu'une étiquette marchande ou de style musicale. Ce sont souvent les idées les plus sectaires et bêtes qui s'approprient un mouvement, la voix la plus forte qui fait parler d'elle. On a déjà vu ça avec les skins pour le Ska. Il y a beaucoup d'exemples dans l'histoire.

8 - La politique a t elle sa place dans le black ? En général le seul mouvement s'y essayant reste le Nazisme?doit-on proscrire ces groupes alors qu'ils portent un message de haine qui n'est plus virulent que ceux celui des légions d'antichrétiens ?

Le nazisme n'est pas de la politique. Qui va proscrire ? Non ne prenons pas les gens pour des abrutis. Il faut laisser la liberté d'expression mais informer sur les dangers de ces idées : ils doivent se renseigner et apprendre à diriger leur haine, non pas vers des codes sectaires mais juste se pendre? ces questions m'agacent car il y a tellement de thèmes politiques beaucoup plus intéressants à discuter comme le commerce équitable et le développement durable qui est une nécessité d'économie écologique et humaine, la taxe Tobin sur les flux financiers pour plus de transparence et l'éradication des paradis fiscaux, les énergies renouvelables contre les dangers du nucléaire, ne pas privatiser les domaines publiques de la santé, de l'éducation et du social, les manifestations des intermittents contre la mort des petits spectacles en touchant leurs indemnités chômages, les manifestations de victimes de licenciements abusifs du capitalisme, le nazisme et les idées fascistes qui perdurent dans l'histoire : Bosnie, Rwanda et maintenant Côte d'ivoire etc? voilà de véritables problèmes que d'ailleurs la musique hardcore traite. Aussi le métal doit-il rester seulement une esthétique ? Si c'est pour dire des conneries, oui !

9 - As-tu le désir de jouer live ? Que penses-tu du public français à ce propos ?

Je ne sais pas si je corresponds à une scène métal. J'ai entendu d'un mec que Praeda était une musique de pédé. Je méprise sa bêtise et ne compose de toute façon pas pour des abrutis aux sentiments et sensations bien limitées. Quelle vie pauvre il doit avoir. J'ajoute que je ne suis pas homosexuel.

10 - As-tu commencé à composer pour un nouvel album ? Y'aura-t-il une évolution ? Quel en sera le concept (s'il y en a un) ?

Cela fait longtemps le deuxième album de Praeda germe mais je n'ai pas eu le temps ni l'occasion de le faire pousser. En ce jour du 8 décembre 2003 il a complètement changer de direction, en rapport à un début d'enregistrement de juillet derrière ma batterie. Depuis, j'ai des acouphènes permanents. Aussi je me tourne vers l'electro et la techno mêlées au concept de la piraterie.

11 - As-tu d'autres projets musicaux (métal ou non) ? Penses-tu que les musiciens doivent s'éparpiller dans de multiples sides projects en faisant un groupe pour chaque nouvelle idée ou que le musicien doit concentrer toutes ses idées dans un même projet afin de l'enrichir ?

J'ai un projet au violon mêlant musique électronique et indienne, un répertoire pour piano et électro à enregistrer, et un deuxième Inkisitor. L'autre question est vraiment intéressante et je me la suis effectivement posée. La réponse que je me suis faite est qu'il faut savamment mélanger les idées pour faire évoluer la musique et habituer nos oreilles et nos sens à de nouvelles expériences. Mais gare à ne pas perdre le fil, la trame, la construction musicale. Car il ne s'agit pas d'un fourre-tout. Comme tout hybride il peut y avoir du raté. Ceci a le mérite d'être tenté et c'est moins dangereux que la génétique.

12 - Ton avis sur la scène black française (public, presse, labels, groupes?) ?

Je me suis un peu éloigné de la scène car j'y ai rencontré très peu de gens qui me correspondent. En général je n'y trouve pas assez d'esprit critique. Je réponds volontiers aux interviews mais déplore parfois le manque de pertinence et les clichés des questions. Elles doivent vraiment s'intéresser aux albums, aux textes, à la musique et laisser l'artiste parler, non pas le restreindre à un milieu. Aussi je joue plus que je n'écoute ou ne lis la presse spécialisée métal.

13 - Quelles sont tes influences musicales ? Tes albums de chevet ? Que me conseillerais-tu dans les nouveautés fort nombreuses ?

Elles sont énormes et multiples. J'en ai fait une liste sommaire pour Ody'métal zine 7. Je me souviens que j'hallucinais sur "Pieces" de Dismember puis "Anthems?" d'Emperor. En ce moment j'écoute Manu le malin. C'est recherché et efficace avec du gros son sans guitare.

14 - Je te laisse le mot de la fin?

Vous pouvez m'encourager et me poser des questions sur " praeda@caramail.com ". Une certaine Hécate devait s'occuper du site de PRAEDA mais bon plus de nouvelles?Merci à toi Thibaut et à ceux qui me soutiennent?

Dr Jabuse