VOIVOD

Thrash metal, Québec

mars 2003

Voir un jour Denis 'Snake' Bellanger réintégrer Voïvod avec en prime Jason Newsted était un rêve de fan inespéré. Et pourtant, c'est arrivé ! Voïvod nous revient plus en forme que jamais avec son dixième album studio intitulé 'Voïvod'. Place à l'homme qu'on n'attendait plus, celui qui a sauvé le groupe d'un split certain, j'ai nommé Snake !

Denis, pourrais-tu nous raconter les circonstances de ta réintégration dans le groupe ?

J'avais quitté le groupe en 1994 pour diverses raisons. Je ne pensais pas qu'un jour je reviendrais à leurs côtés. Mais il se trouve que les gars avaient quelques problèmes avec leur bassiste chanteur. Ils m'ont alors proposé de réintégrer la formation. J'ai assez vite accepté. La décision n'a pas été très difficile à prendre car j'étais revenu dans le monde de la musique depuis un an. Je jouais dans un groupe local pour le plaisir mais cela a suffit pour me redonner goût à la musique. Quand l'occasion de rejouer dans Voïvod s'est présentée, j'étais ravis. Pratiquement dans la même semaine, Jason Newsted téléphonait aux autres pour savoir comment le groupe allait et également pour continuer à travailler sur leurs projets communs. Jason nous a rejoints dans la foulée.

Est-ce qu'il t'est déjà arrivé de regretter d'avoir quitté Voïvod ?

Pas en 1994. Disons que mon départ était nécessaire à cette époque. Je trouvais le monde du metal déprimant. C'était la grande époque du grunge. Pas mal de groupes de metal en ont souffert. Par ailleurs, j'avais quelques problèmes de drogue. Nos chiffres de vente étaient très décevants. Tout cela a fait que j'ai décidé de faire un break. Tu sais, quand j'ai commencé Voïvod, j'avais dix-huit ans. Je n'avais rien connu d'autre. Je me suis retrouvé à la trentaine en me disant que j'étais passé à côté de certaines choses que je n'avais pas eu l'occasion de faire. J'ai donc arrêté la musique pendant un an, le temps de reprendre mes esprits. Je me suis loué un chalet dans la forêt. Je n'avais plus envie de rester en ville. Je voulais rester à l'écart du milieu musical. Je pense que j'ai pris la bonne décision. Je ne voulais pas demander aux gars du groupe de m'attendre pendant six mois à cause de mes problèmes. Si je leur avait demandé, ils auraient peut-être accepté mais je ne pouvais pas leur imposer ça. En ce qui concerne le nouvel album, je pense qu'il est assez proche de 'Angel Rat', à savoir du heavy rock psychédélique.

Voïvod est également capable de faire dans le metal féroce. Pourquoi avoir décidé de pratiquer un style plus soft ?

La création de cet album a été très spontanée. Dès le début, nous avons décidé de rendre nos chansons un peu plus rock et moins progressives. Certaines chansons sont probablement plus abordables. Mais la plupart sont assez percutantes. Je ne les trouve pas si softs que ça. Cet album est le résultat de nos expériences. Je pense également que Jason a apporté une touche inédite dans l'esprit de Black Sabbath, chose que l'on ne retrouve pas dans nos albums précédents.

Que penses-tu du chant et de l'attitude sauvage que tu adoptais à tes début ?

Tu as très vite laissé tombé cet aspect avec l'âge? Je pense que c'était une époque explosive. Nous sommes arrivés en même temps que Slayer et Metallica. C'était la grande vague du metal. Des idées et des nouveaux concepts émergeaient de partout. Je me souviens de notre accoutrement de l'époque. On était habillé de cuir, de clous, de pics en tous genres, de cartouchières. Tout cela représentait le monde post-nucléaire et la violence urbaine que nous décrivions dans nos concepts. Cela allait avec la musique. Cette fougue est encore présente mais on l'exprime différemment. On ne manque pas d'énergie. Mais il est clair que c'est une autre époque.

Avant que toi et Jason intègrent le groupe, j'avais entendu des rumeurs de split. Est-ce que tu penses que sans vous deux, Voïvod se serait séparé ?

Je pense que notre retour a contribué à remotiver Away (batterie) et Piggy (guitare). Pour eux, il était inconcevable de repartir avec un autre chanteur. L'intégration de Eric Forest avait déjà été difficile. Mais il se trouve que j'ai accepté leur proposition. Ma décision a également motivé Jason. Ce dernier était très excité à l'idée que je revienne. Je suis un peu inquiet en ce qui concerne Jason. Il a toujours mille projets en tête depuis son départ de Metallica. Il ne reste pas en place. Est-ce que tu penses qu'il restera dans Voïvod ? Il est certain que Jason est un homme très occupé. Mais je pense qu'il exprime une certaine appartenance dans ce groupe. Jouer avec nous était l'un de ses buts dans la vie. Mais il a bien d'autres projets. Il met beaucoup d'énergie dans sa maison de production Chophouse Records. Je n'ai pas de boule de cristal, mais je pense qu'il y a un lien fort entre nous. Ce n'est pas la première fois que nous travaillons ensemble. Nous sommes de vrais amis. Je suis confiant en l'avenir. En tout cas, il va faire un bon bout de chemin avec nous avant de passer à autre chose.

Êtes-vous toujours amis avec Eric ? Qu'en est-il de ce procès qu'il vous a mis sur le dos pour cet accident de la route ? (ndr : sur la route du Wacken, le van du groupe est allé dans le fossé. Eric s'est retrouvé paralysé des jambes. Il remarche avec une canne à présent)

En fait, je ne sais pas trop. Je pense que la poursuite n'est pas abandonnée. L'affaire est en suspend. La vérité, c'est qu'il n'y a rien à débattre. C'est de la faute à personne. On voit parfois Eric dans les clubs à Montréal. Il semble accepter tout ce qui est arrivé à présent. Il n'y a plus d'animosité entre nous.

Beaucoup de gens voient Voïvod comme une formation 'culte'. Est-ce que cela signifie quelque chose pour toi ?

Disons que nous n'avons jamais fait les choses comme les autres. Nous avons tracé notre propre voie car tout était à faire. Nous faisons office de pionniers. Ce n'est pas la peine d'épiloguer plus là-dessus. Voïvod est un groupe connu et respecté, mais il n'a jamais brassé beaucoup d'argent.

Il vous a souvent fallu avoir des activités annexes pour survivre. Que penses-tu de cette situation ?

Je pense qu'on n'est pas les seuls artistes à en souffrir. Il faut persévérer à un tel point que parfois, on en vient à se considérer comme des martyres. C'est la société dans laquelle on vit qui empêche les artistes de bien vivre de leur musique, d'être rémunérés à leur juste valeur. Tu sais, on fait vivre beaucoup de monde, les maisons de disques, les magazines etc., mais une chose est sûre, on est toujours les derniers à être payés. Je considère que toute l'énergie dépensée pour la sortie d'un album vaut vraiment le coup. Pour l'instant on essaye de ne pas être trop exigeants au niveau business, en espérant qu'on aura un jour un juste retour des choses. Il va bien falloir qu'on assure notre retraite. Certaines personnes nous traitent de vendus. Il nous arrive de suivre certaines tendances, oui, c'est vrai, parfois nous sommes des vendus, mais on en a besoin. Il faut parfois faire face à certaines réalités. Ce métier est difficile. J'en connais beaucoup qui n'ont pas tenu un an dans ce milieu.

Peux-tu nous parler de Away, votre batteur et fondateur du concept de Voïvod ?

On dit qu'il est un peu particulier, il plane un peu. Certains disent qu'il est schizophrène.

Qu'en est-il exactement ?

Away est un étrange personnage. Je le connais depuis l'école. C'est un type original avec ses grands yeux ouverts qui fixent le néant, on se demande souvent ce qui lui arrive (rires). Mais contrairement à ce qu'on pourrait penser, il a les pieds sur terre. Il est assez réservé. Il aime se concentrer sur son art. Il a des idées très précises sur ses créations artistiques et il n'est pas prêt à faire des compromis mais il faut le laisser faire. Au final, il finit toujours par nous sidérer. En plus, c'est un batteur exceptionnel.

Parle-nous de Piggy à présent?

Je pense que Monsieur Piggy sera un jour considéré à sa juste valeur pour tout ce qu'il a accompli dans le domaine de la guitare. Actuellement ce n'est pas le cas. Je vois souvent des magazines comme 'Guitar player' qui citent en exemple des guitaristes quelconques, qui n'ont rien inventé. Moi je verrais plutôt la tête de Piggy en couverture de ce magazine plutôt que Mick Mars de Mötley Crüe et ses trois accords minables. Actuellement, j'entends des tas de groupes influencés par son jeu. Il y a par exemple Neurosis, les Foo Fighters dont le dernier single présente des accords typiquement voïvodiens. Un jour je suis sûr que les gens réaliseront que tous ces accords viennent de ce gars-là ! (rires). Sa façon de jouer, de s'accorder est unique. Dans le groupe, on adore Piggy. On aime bien le taquiner gentiment. C'est un peu notre souffre-douleur (rires).

Un dernier message pour vos fans ?

J'espère que vous apprécierez notre dernier album car nous y avons mis beaucoup d'efforts. Les choses se présentent bien. Nous allons commencer par une tournée américaine, puis nous allons enchaîner par l'Europe cet été.

Vu dans TRANSIT. Texte : Laurent Divergent