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Nous autres, modernes

finkielkraut

Livres Essais

Alain Finkielkraut
Ellipses
360 p.

et si le mépris du passé était la source de nos vrais conformismes ? Alain Finkielkraut met en lumière les question inédites de la modernité.
le succès croissant des colères de Alain Finkielkraut se mesure à la hargne qu'il suscite chez ses victimes, tous ceux qui trouvent héroïque de se laisser porter par le courant du monde comme il va. Ce propagateur de mauvaise conscience a fini par convaincre un public de plus en plus large que, "dans un monde voué à l'innovation et à l'interaction continues, agir vraiment contre l'ordre établi, ce serai non plus foncé tête baissée mais ralentir, faire un pas de coté, lever la tête de l'écran, regarder derrière soi, débrancher." C'est parce qu'il n'y a aucun mérite particulier à faire bouger les choses, car elles se passent très bien de nous pour cela", que les conformistes ont besoin de se rebaptiser rebelles et que la critique académique doit qualifier de "dérangeantes" les œuvres qu'elle promeut alors que celle-ci ne dérangent – et parfois n'intéressent – personne.
Dans quatre leçons données à ses élèves de Polytechnique, Alain Finkielkraut assume sa dissidence, dans le sillage de Roland Barthes, qui notait dans son journal, le 13 août 1977 : "tut d'un coup, il m'est devenu indifférent de ne pas être moderne". Etre moderne, ce n'est pas seulement "aller de l'avant", mais aussi se croire supérieur à tous ceux qui nous ont précédés. L'ethnocentrisme géographique qui animait les certitudes coloniales s'est mué en un ethnocentrisme temporel méprisant les générations du passé, coupables d'erreurs et de naïvetés auxquelles – c'est notre grande fierté – nous ne sommes pas mêlés. Réfutant ce nombrilisme, Finkielkraut passe en revue les nouveautés de la condition moderne et les question inédites qu'elle pose à des contemporains qui ne lui paraissent pas meilleurs que leur ancêtres, mais moins généreux, tant la bataille de chacun pour une "vie prolongée" semble réduire l'intérêt pour celle des autres. Mais ses lecteurs habituels trouveront peut-être sa verve transformée par le cadre un peu bâtard de ces cours réécrits. Comme si la fulgurance du maître étouffait un peu sous le sérieux du professeur.

Eric Conan, L'express 13/10/05