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L'Ane mort et la Femme Guillotinée

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Romans, Nouvelles & Théâtre

Jules Janin
1829
170 pages

L'âne, c'est Charlot et la femme guillotinée, c'est Henriette. Le narrateur de cette sombre histoire les a rencontrés par hasard et a immédiatement succombé au charme de Henriette. Mais Henriette ne le regarde même pas.

Alors, le narrateur devint triste et morose. Pour passer le temps, il se trouve des occupations morbides comme répertorier la laideur morale ou arpenter Paris, plutôt la nuit, en quête des évènements horribles. Il n'hésite d'ailleurs pas à passer à la morgue pour se faire raconter l'histoire des derniers arrivés. Au hasard de ses pérégrinations, il va rencontrer d'étranges personnages : vagabonds philosophes ou anciens suppliciés.

Après la mort de Charlot, Henriette continue son chemin et va croiser celui du narrateur à plusieurs reprises. Celui-ci pourra alors assister en témoin passif mais privilégié à son ascension fulgurante et à sa descente aux enfers, toute aussi rapide. Il sera là à toutes les stations de son calvaire : l'hôpital, la maison close, la prison, l'échafaud et même le cimetière des suppliciés.

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L'étrangeté de « L'Ane Mort et la Femme Guillotinée » commence dès sa genèse. Jules Janin (1804 – 1874) est un critique reconnu à une époque où souffle sur la France littéraire une vague de romantisme noir et frénétique. Le livre est au départ une parodie du genre par laquelle il veut dénoncer le goût pour le morbide et le macabre qui agite ses contemporains, et surtout le « Dernier Jour d'un Condamné » de Victor Hugo.

Comme il veut caricaturer, Janin va rassembler en un seul texte tous les éléments chers aux romantiques frénétiques pour en faire un joyeux mélange aussi indigeste que possible. Et Janin n'y va pas de main morte puisque puisqu'on retrouve tout ce qu'il peut y avoir de glauque pour l'époque : des exécutions capitales, des expérience scientifiques étranges, des maisons de prostitution, la prison pour femmes, un geôlier difforme et des cimetières. Le tout est plus ou moins tenu par une intrigue échevelée et frénétique, à savoir l'étrange relation entre le narrateur et Henriette. Et pour finir, il y a le narrateur qui se révèle être voyeur et sadique.

Et pourtant, malgré cette volonté de créer un monstre difforme de la littérature, c'est un classique, certes un peu corsé, du romantisme noir qui va voir le jour. Certains iront même jusqu'à rattacher Jules Janin à l'école de désenchantement, mouvement littéraire où on retrouve Balzac, Stendahl ou Nerval et qui proteste contre le fait que le romantisme soit devenu une littérature fréquentable et qu'en conséquence, elle soit devenue commerciale.

Le destin un peu bizarre de « L'Ane mort et la Femme guillotinée » me semble dû au fait que Janin a oublié d'inclure une dimension fantastique à son récit. Même si l'ambiance générale du livre est fantastique, le récit ne l'est pas et il semble bien que le critique, même en voulant parodier, n'a pas réussi à se dégager du récit réaliste. Et cela donne une certaine cohérence au récit et l'a empêché de sombrer dans le grotesque.

Janin essaiera bien par la suite d'écrire des contes dits fantastiques mais il n'arrivera jamais à la qualité de cette « parodie ».

Le livre est entré dans le domaine public et est disponible sur internet (Gallica). Il a aussi été édité en son temps chez Marabout dans la petite bibliothèque excentrique.

Tryphoninus